Non, je ne suis pas une princesse

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Pour la Semaine des droits de la femme, organisée à Perpignan, des jeunes femmes réunis à l’AFEV témoignent de quelques stéréotypes sexistes, pour mieux les déconstruire. Si possible, avec une bonne dose d’humour !

Nous aussi on a le sens de l’orientation !

Je commence à me demander si les pires machos ne seraient pas… mes copines ! Parce que, comme dirait mon ultra-feministe de mère , pour qu’il y ait des bourreaux, il faut bien qu’il y ait des victimes ! En présence de filles et de couples de mon entourage, je commence à me dire que certaines tendent le bâton pour se faire battre : et que je te minaude pour un verre, et que je te fais le chaton pour que tu me fasses des bisous, et que “oh mon amoureux, il faut que tu me répares ça, je sais pas le faire ! » (l’amoureux en question n’ayant pas un doctorat en moustiquaires, on peut douter de sa capacité si évidement supérieure à réparer celles de tes fenêtres…). Et je ne parle pas de celles à qui la moindre contrariété fait piquer une crise de larmes… Allez les meufs, un petit effort, nous aussi on a le sens de l’orientation !

Clémentine, 25 ans

La cuisine ou la lutte contre le sexisme, il faut choisir…

Dès que j’ai été étudiante, je me suis promis inconsciemment de ne jamais cuisiner !

A chaque fois, que j’étais invitée, je venais avec des plats tout faits ou des boissons, mais hors de question de cuisiner. C’était ma fierté revendiquée que de dire : « Je ne suis pas une femme au foyer, derrière les fourneaux ! ». Pour moi, être étudiante, c’était entrer dans le monde de la modernité, un monde où  les femmes pouvaient être ce qu’elles voulaient ! Nullement cantonnées aux fourneaux et aux enfants.

Et puis….il y a eu T. , le colocataire de mon mec, un mec super convivial, qui invitait tout le temps. Et qui CUISINAIT, à merveille. Je me rappellerais toujours de ces pâtes brocolis anchois, improbable mais divin…Et surtout, T. avait et a toujours une conscience forte de la provenance des produits, de leur qualité…j’ai alors basculé et je me suis rendue compte que pour lutter contre le sexisme ambiant, j’étais devenue une consommatrice inconsciente, qui achetait tout et n’importe quoi ! Je me sentais soudain un objet-cible du capitalisme !

Aujourd’hui, je suis dans une AMAP, je soutiens un ami agriculteur, j’en fais la promotion dès que je peux, je regarde de prés ce que j’achète, je déguste, et surtout je cuisine….

Yasmina, 34 ans

J’aurais aimé…

J’aurais aimé avoir la classe en mettant un costard. J’aurais aimé pouvoir mettre des baskets sans avoir de réflexions. J’aurais aimé pouvoir porter des gros pulls et des pantalons larges sans sentir que les yeux autour de moi doutent de ma féminité. J’aurais aimé avoir une barbe et des cheveux tout fous. J’aurais aimé ne pas dépenser de l’argent chez l’esthéticienne. J’aurais aimé ne pas avoir une pseudo obligation de me maquiller, ni de devoir me dépatouiller avec mes cheveux le matin. J’aurais aimé pouvoir avoir cette fierté d’avoir enchaîné des conquêtes amoureuses sans honte. J’aurais aimé pouvoir devenir un guerrier Massaï. J’aurais aimé avoir ces facilités masculines , j’aurais aimé mais je ne suis qu’une nana !

Valentine, 18 ans

Non, je suis pas une princesse !

Non je ne suis pas en sucre ! Et oui, vous me fatiguez tous à prendre des pincettes face aux femmes. Elles ont l’air si fragiles, si sensibles. A fleur de peau ! Et nia nia et nia nia nia ! mais arrêtez, c’est franchement nul.

Pensez vous réellement que nous réfléchissons à tous nos faits et gestes pour qu’ils soient glamour, sensuels et élégants ? que dalle ! J’adore faire le crabe sur une piste de danse. Je ne chante pas “joyeux anniversaire” comme Marilyn mais plutôt comme José du bar d’à coté. Je sais ce que je veux et je n’attends pas l’amour pour m’amuser avec un homme. (OOOOh !!!).

Idem, tu crois qu’on pleure dès qu’on voit un chaton, qu’on aime les enfants et qu’on ne boit que du rosé ?! Pour ma part je mange avec les doigts, je bois aussi du whisky, bon, oui les chats me font quelque chose, mais que sur le site “des homme et des chatons”. De l’élégance, du raffiné mais en naturel !

Mélanie, 22 ans

Mes cheveux, ma féminité

Depuis que j’ai des cheveux sur ma petite tête blonde, j’ai eu des coupes plutôt longues, du carré jusqu’à mi-dos. Mais depuis plus d’un an maintenant j’ai adopté une coupe très courte. Ce que l’on peut aussi appeler une coupe « garçonne ». Vous comprendrez par là qu’il s’agit d’une coupe de cheveux qui se rapproche de celle des garçons. Plusieurs personnes ont trouvé ça chouette, culotté, voire même « courageux » selon les termes d’une dame croisée dans un train. En revanche, d’autres m’ont clairement fait comprendre que cela n’était plus très féminin même si ça m’allait bien. Parce que quand même c’est sympa comme ça, c’est une coupe qui « a du caractère », mais pour une femme hein, « c’est pas facile non ?! ». Et bien si. Je vis très bien avec cette coupe de cheveux. Elle me correspond. Et je me sens bien plus féminine comme ça.

Jeanne, 25 ans

« Hey monsieur… Oh t’en vas pas… T’es mignon tu sais… »

Ce soir en rentrant chez moi, j’ai, comme d’habitude, traversé la longue avenue de la gare… Et encore un fois j’ai entendu le fameux « Hey Mademoiselle ! » Oui vous savez les filles, celui qu’on entend à tous les coins de rues. Alors bon je me retourne, on ne sait jamais, si ça se trouve c’est un gentil gars qui veut me prévenir que j’ai fait tomber mon téléphone. Mais…non c’est le bon lourdo qui continue sa tirade : « Ouais, tu sais que t’es jolie toi ? Dis moi t’as pas un 06 ? Hey…t’en vas pas…j’veux pas te draguer ! ». Alors franchement pourquoi les mecs ont le droit d’accoster n’importe laquelle d’entre nous sans que ça fasse bizarre, voire même être normal?

Imaginez, moi qui croise un type et qui lui lance : « Hey monsieur…ça va ? Dis moi, t’as pas un numéro à me passer…. Oh t’en vas pas…t’es mignon tu sais… ». Je pense que je me heurterais à un bon haussement de sourcil accompagné d’un regard choqué voir méprisant ! Alors, on en est où de l’égalité des chances

Morgane, 18 ans

Dictionnaire sexiste

Sur les droits de la femme, il y a des progrès à faire même dans la dictionnaire ! Exemple, quand je regarde la définition dans le Larousse, alors que l’homme a pour synonyme : « Individu », la femme n’en a même pas. Sans parler des définitions qui réduisent la femme au « sexe faible » par opposition à celle du « sexe fort ». Non mais sérieux, il faut se réveiller là ! Autres exemples : « Toute fillette et toute femme, sans qu’il faille parler pour autant d’hermaphrodisme, éprouve un sentiment d’infériorité du fait même qu’elle est femme. » Ou encore : « Être femme » c’est « Ne pas être douée d’une grande force physique » et aussi : « L’enfant aspire « vers le haut » à rejoindre les adultes, et plus précisément son père ! » Mais n’ayez crainte chers défenseurs des droits de la femme, ma conclusion prendra la forme d’une citation d’Honoré de Balzac qui vous redonnera le sourire : « L’une des gloires de la Société, c’est d’avoir créé la femme, là où la nature a fait une femelle ».

Vanessa, 23 ans

Laquelle de vous deux joue l’homme ?

Je suis une nana amoureuse d’une autre nana. Notre relation a souvent étonné, car on ne ressemble pas aux clichés « lesbiens » (cheveux courts, style masculin…) C’est même plutôt le contraire. Ces différents styles ont même des noms : « butch » (la lesbienne masculine) et « lipstick » (la lesbienne féminine) ! Ce qui me fait plutôt sourire car déjà que l’on rentre dans des cases aux yeux des gens (hétéro, bi, homo), dans ces cases il y a encore des cases…

Durant notre relation on a déjà eu droit à des phrases clichées du genre : « Alors laquelle de vous deux joue l’homme ? » Que répondre, on est deux femmes, aucune ne joue le rôle de l’homme. Évidemment je comprends à peu près l’idée de cette question, mais quand on y réfléchit elle n’a pas tellement de sens, car combien de fois avons-nous pensé d’un couple que c’était la nana qui « portait la culotte » ?

On a eu droit à ce type de réflexion aussi : « Quel gâchis ! » Sous-entendant que l’on prenait la place d’un homme! Et pourtant… C’est ma plus belle relation. Et le fait qu’on ait le même sexe n’a fait que renforcer notre complicité… Évidemment ces clichés vont aussi dans le sens des hommes. Et non tous les gays ne sont pas efféminés, ne portent pas des slims et des foulards de haute couture… Même si ceux là, je les aime bien 😉

Mais, même avec un “gaydar” avisé, certains ne se laissent pas démasquer si facilement ! Finalement il existe beaucoup de bis et gays, hommes et femmes, qui ne ressemblent à aucun stéréotype et je trouve ça vraiment bien, c’est réconfortant et ça donne un effet de surprise !

Lucrèce, 23 ans

Sport de fille !

Lorsqu’on est au primaire on commence tous à faire du sport, mes copines faisaient toutes de la danse classique, ou du moderne jazz, ou encore de la gym, enfin tous ces trucs qui te font porter un caleçon moulant ou un tutu rose (tellement classe, chic et féminin parait-il).

Alors j’ai testé la danse pour faire comme toutes les VRAIES filles dignes de ce nom, une année mais en vain ! C’était pas ce sport là qui me correspondait, c’était pas moi tout simplement. Moi j’étais fan de mon père, et lui il était fan de RUGBY alors pour me rapprocher de lui je pense qu’au début je faisais semblant de m’y intéresser … sauf que c’est devenu une vraie passion, et dans notre famille une vraie INSTITUTION.

Et pourquoi pas … LE RUGBY ?! Quand j’en ai parlé à ma mère, on aurait dit que je lui annonçais la fin du monde. « Mais c’est pas pour toi ! Tu vas avoir le nez cassé. C’est pas digne d’une fille enfin ! C’est un sport pour les garçons, c’est trop masculin tout le monde va te prendre pour un homme après ».

Quand on est petit c’est évidemment les parents qui commandent, et qui peuvent financer l’activité qu’on souhaite faire, alors j’ai dû m’en faire une raison et renoncer à ce sport de « mâles ».

J’ai donc pratiqué le tennis, un sport ni trop féminin ni trop masculin. Ça convenait à mes parents. Je ne paraissais pas masculine aux yeux des autres, c’était le principal.

Aujourd’hui, je suis un peu déçue de ne jamais avoir pratiqué le rugby, ce sport qui me fait encore vibrer. Lorsque je vois le peu de copines qui pratiquent le rugby féminin j’aimerais vraiment faire partie de leur équipe. Une solidarité et une complicité énorme s’en dégage.

Maintenant que je peux le financer, pourquoi pas ? Mais à 19 ans, commencer de zéro dans une équipe déjà constituée c’est ça qui me freine un peu. Il faut juste que je me lance !

Laetitia, 19 ans

 

Crédit photo arbitrage13.e-monsite.com

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3 RÉACTIONS
  • Laurie 10 mars 2014

    Pour Laetitia qui a peur de se lancer dans le Rugby, j’ai juste envie de te dire « Fonce!! ». J’ai commencé le Foot à 20 ans et même si parfois j’étais un peu jalouse des filles qui avaient commencé toutes petites et qui avaient un niveau de dingue, j’ai quand même réussi à prendre du plaisir à jouer avec elles ^^ et croit moi que je me la pète quand je dis à des mecs que je joue au foot 😉 et il m’arrive souvent de faire des matchs avec mes potes, je suis la seule fille, mais je me défend plutôt bien!
    Alors n’hésites pas! FONCE!!! Il n’est jamais trop tard!

    Et pour toutes les autres, je me reconnais beaucoup dans vos articles, moi qui n’ai jamais vraiment été dans les cases « filles » 😉

    Allez la bises à toutes!!

  • Laetitia 9 avril 2014

    Merci pour ton conseil Laurie, j’ai discutée avec une amie qui joue déjà au rugby et qui m’a dit plusieurs fois de m’inscrire dans son équipe et on a fait un pacte, à la rentrée de septembre si je réussie mon concours sur Perpignan je m’inscrit directement ! 😉 ahah
    Bisous bisous

  • Prescillia 1 mai 2014

    Je me reconnais parfaitement dans le portrait de Laetitia, moi aussi je suis passionnée par le rugby, dans ma famille on ne jure que par ce sport. Mon père étant entraineur d’une équipe, j’ai voulu m’y inscrire, seulement il ne l’a jamais voulu… il ne m’a jamais donné d’argument valable, ni expliqué pourquoi.
    Je suis alors passée par la danse moderne pendant 3 ans, j’aimais mais sans plus. Puis fais du handball pendant 1 an, j’adorais mais j’étais dans une mauvaise équipe niveau ambiance et solidarité du coup j’ai préféré arrêter !
    Le rugby me fait toujours très envie, je veux tellement en faire mais je n’arrive toujours pas a convaincre mon père, même si je suis majeure, je suis étudiante, je n’ai donc pas d’argent pour m’inscrire… J’ai 20 ans et le jour où je pourrai m’y lancer, ce sera bien trop tard…
    Si j’ai une chose à dire à Laetitia, c’est : Si tu peux, LANCE TOI avant que ce soit trop tard. Écoutes ton cœur.

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