Erasmus : comment je profite de ma jeunesse… en Italie

Bologne
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J’ai décidé de partir l’année dernière en Erasmus pour une période de dix mois en Italie. Comme beaucoup de jeunes qui ont pris la même décision, je partais pour avoir une nouvelle expérience enrichissante aussi bien du point de vue universitaire qu’humain. J’avais d’abord pensé à l’Angleterre, parce que l’anglais est valorisé dans le monde professionnel. Mon université n’avait, dans ma discipline, que des accords avec Cardiff. J’étais moyennement convaincue par la destination. J’avais certes envie de partir mais pas n’importe où.

« Vous partez pour étudier. Pas pour faire la fête »

L’Italie me trottait dans la tête depuis longtemps, depuis que j’avais choisi l’italien comme troisième langue au lycée. Mais je n’étais pas sûre de mon niveau et surtout de moi-même. Puis je me dis qu’il fallait tenter le coup. C’était le moment de réaliser un petit rêve que je couvais depuis longtemps. J’ai demandé une seule destination. Et pour dix mois. C’était quitte ou double.

La réunion d’information à laquelle nous avions eu droit n’avait apporté aucun éclaircissement sur les démarches administratives ou ce que pouvait nous apporter notre éventuel départ. À vrai dire, cela avait même tout pour décourager. Le responsable répétait que « partir en Erasmus c’est un sacrifice, cela a un coût ». En effet lorsqu’on compare les bourses Erasmus françaises à celles d’autres pays (1000€ pour un an en France, contre 300€ par mois en Italie), on comprend vite qu’il va falloir compter fortement sur le porte-monnaie de ses parents, si on peut. L’austérité du responsable allait jusqu’au discours moraliste du genre : « Vous partez pour étudier, pas pour faire la fête ».

On se fait bien des idées sur comment ce sera une fois là-bas, les cours, l’appartement, le mode de vie, etc. On s’imagine que partir dans un autre pays européen ne change pas beaucoup au niveau culturel. En réalité même un proche voisin comme l’Italie est extrêmement différent.

Des deux côtés des Alpes au-delà des clichés

Il a fallu aussi affronter les clichés des deux côtés des Alpes. Avant de partir j’entendais dire toutes sortes de choses : des « Italiens passent leur temps à boire du café » à « l’administration là-bas est encore plus lente et inefficace que la nôtre », en passant par les amis qui imitaient l’accent italien en roulant les « r » ou qui éclataient de rire en lâchant des « tutti quanti » et des « basta » à gogo. Une fois installée en Italie j’en ai également entendu de belles sur les Français. Apparemment nous sommes « sales », « arrogants » (ce n’est pas toujours faux) et notre café est imbuvable (on s’habitue…). L’obsession numéro un, en matière de comparaison entre cousins européens, est le bidet. Pour nous – j’ai eu du mal à le faire comprendre à mes amis italiens -, c’est une antiquité rétro que nos grands-mères avaient dans leurs salles de bains dans les années 50. Pour eux, c’est le nec plus ultra de la propreté corporelle.

Bien sûr, Erasmus, ce n’est pas ce que l’on croit ou dit. Non je n’ai pas fait de « grosses soirées Erasmus », non je n’ai pas bu comme un trou et non je n’avais pas que quelques heures de cours à la semaine. J’avais entre 14 et 18 heures de cours et un travail personnel, en période de révisions, de 30 heures hebdomadaires. En Italie, les examens ne portent pas seulement sur le cours qui a été fréquenté, mais aussi sur les lectures obligatoires. Les épreuves ne sont pas toutes passées en même temps, mais tout au long de l’année. J’ai donc dû beaucoup travailler, le système universitaire italien étant plus exigeant (et bien plus intéressant, je trouve) que le nôtre. Cela ne m’a pas toutefois empêché de passer du bon temps.

Là-bas, personne ne se prend la tête

J’ai décidé de rester et de m’inscrire de nouveau à l’université en Italie. Mon choix a été beaucoup critiqué, voire même remis en question. Je fais le saumon, pendant que les étudiants italiens fuient en France, parce que leur patrie ne finance (presque) plus la recherche et l’éducation, moi je m’installe. L’économie est en berne, il faut choisir ce qu’il y a de mieux, là où il y a plus de possibilités, là où il y a « un futur ». L’Italie, à cause de la crise, mais aussi et surtout par rapport à sa situation politique, n’est peut-être pas la meilleure destination, je l’admets. Je vais avoir beaucoup de mal à me faire une place, parce que je suis étrangère et que les postes sont limités. Pourtant, je suis là : comme 40% des étudiants partis en Erasmus et qui ne sont jamais retournés dans leur pays d’origine. En réalité, Erasmus a probablement permis à certaines personnes de se jeter à l’eau et à d’autres, déjà prêts pour un départ définitif, à essayer en ayant la garantie de pouvoir revenir, et de ne pas avoir de décalages dans leurs diplômes.

Ce qu’il y a de beau, c’est que grâce à ce système, on peut voir comment se passent les choses ailleurs, du point de vue universitaire, mais aussi culturel. Oui, pour reprendre un lieu commun « cela ouvre des horizons », mais cela permet aussi de se remettre en question et de faire des choix, parfois très personnels, comme le mien. Je suis restée parce que je me sens plus à l’aise dans la culture italienne, les liens avec les autres sont plus solides et plus forts. Personne ne se prend la tête, s’il y a un problème, il y aura toujours une solution. Du point de vue universitaire, on est plus autonomes et traités comme des adultes qui commencent déjà à former des projets de recherche. Une erreur ou un examen qui ne s’est pas bien passé n’est jamais considéré comme un échec et on n’est pas humilié par les professeurs. Étant donné le contexte économique et les prévisions sur ce sujet, j’ai voulu arrêter de me mettre ou me laisser mettre la pression. J’ai 21 ans, j’ai envie de profiter de ma jeunesse, je ne veux pas faire les « meilleures études » ou être la meilleure, je ne cherche pas à les finir à tout prix et à trouver un travail le plus vite possible. Je veux voyager, faire des rencontres, apprendre des choses, et surtout, profiter de ma vie, même si je dois en payer le prix avec une carrière retardée.

Alice, 21 ans, étudiant en Géographie, Bologne (Italie)

Crédit photo Luca Volpi

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8 RÉACTIONS
  • Georges 18 février 2015

    Bravo, Alice! Tu as pris le bon choix, bonne chance.
    P.S. Un article écrit d’una façon excellente

  • Tony 18 février 2015

    Je suis fier de toi Alice. Même si par cette décision nous sommes amené à moins nous voir… Mais finalement, dans une relation amicale, il semble que ce ne soit pas la quantité qui compte, mais bien la qualité! Hâte de repasser une journée avec toi, où comme si rien n’avait changé.

  • Elise 19 février 2015

    Je suis partie en Erasmus à Bologne l’année dernière et si j’avais pu faire comme toi je me serais également re-inscrite à la rentrée dernière ! Profite bien de cette bella citta 🙂

  • Antoine 5 mars 2015

    c’est impressionnant ! j’ai fait le mm choix que toi après mon année à Parme, pour aller cette année à Bologne, pour le master
    comme quoi, le monde est petit
    l’unique problème est sur le financement. étant en eramus on peut bénéficier de différents types de bourses (université, région, …). pour s’inscrire directement en italie, on voit directement la différence rien qu’en payant les frais d’inscriptions à l’université (jusqu’à 2 000 € en master pour l’année)
    mais qu’importe, vivre avec peu d’argent ne gache pas le plaisir de vivre à bologne

    bonne continuation

    • Antoine 10 mars 2015

      Pour ce qui est des bourses, des amis boursiers m’ont dit que l’an prochain, le nombre de bourses devrait diminuer à Bologna
      pour la prime au mérite, je ne risque pas de l’avoir (malheureusement pour mon portefeuille) car je suis un étudiant dans « la moyenne »

      il est vrai que les infrastructures sont au top, surtout que les italiens, de leur programme et des livres sur lesquels ils sont interrogés, ont plus de travail personnel et donc les BU sont bien utiles (et faciles d’accès)
      je n’ai pas encore beaucoup de cours (le master est pour l’an prochain) et je ne les suis pas tous dc sur le dernier point, je ne suis pas tout à fait d’accord, sachant qu’à Rennes, l’enseignement que je suivais était de bonne qualité, mm si moins approfondi

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