On m’avait tellement dit : « tu dois réussir ! »… J’ai foncé, tête baissée

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Comment on passe de tout gérer à ne plus savoir rien faire ? Comment chaque matin on se réveille avec la boule au ventre, des larmes dans les yeux et un sentiment tellement fort d’impuissance ? Comment on craque à bout de nerfs un soir de novembre ? « Epuisement moral Madame », a écrit et répété le médecin, comme pour que ça rentre bien dans mon cerveau qui refuse d’accepter la réalité.

Tout est allé très vite, ou du moins trop vite pour que je ne puisse comprendre

Un jour, j’ai eu l’impression que tout allait bien, que j’étais épanouie dans mon travail et reconnue. Puis, insidieusement, le lendemain, je me suis retrouvée débordée par une somme de choses : vexations, frustrations, fatigues et angoisses. Soudain, je ne me lève plus, le retard s’accumule et l’envie me fuit. Je suis lasse de tout, n’ai plus la force de rien. La culpabilité me ronge, le tunnel semble ne jamais s’achever. Je suis incapable de lever le petit doigt sérieusement, me noie dans de fausses urgences et me cache pour pleurer derrière mon PC.

Je sombre, j’atteins le point de non-retour

Non mon employeur n’est pas un enfoiré de patron, et, non je ne suis pas juste une nana qui a splitté parce que ses hormones la rattrapent. Personne n’a souhaité ce gâchis. A l’heure des bilans et des choix, je ne peux que constater à quel point j’ai accordé de l’importance à mon travail. Dix ans de luttes, de joies bien sûr également, de réussites, mais à quel prix ? J’ai tellement été ma fonction que j’en ai oublié de vivre, et ne sais plus bien qui je suis.

Je vais quitter mon emploi, un poste de cadre associative, bien payé, hyper intéressant… Un poste qu’on ne quitte pas comme ça, pour «rien » en principe. Je vais le faire quand même, parce que ces derniers mois mon envolée professionnelle s’est transformée en enfer, et parce qu’aucun boulot ne justifie de se laisser bouffer à ce point.

On m’avait tellement dit : « tu dois réussir », j’ai foncé, tête baissée

Je me suis fourvoyée, bien-pensante, certaine de mes capacités, j’ai perdu en route l’ambition collective. J’ai couru, déplacé des montagnes, refusé de reculer, convaincu pour avancer encore. Puis continuer m’est devenu impossible, je n’ai plus su lutter. Quand je me suis retournée, j’avais rétréci, j’étais à terre, seule et vidée. Trois semaines d’arrêt maladie pour accepter de se dire que rien ne va plus, que le sens de la vie est ailleurs.

Une rencontre avec ma direction et tout est dit. Les années défilent, les souvenirs aussi. Rien n’est vraiment réel, si ce n’est que je n’y retourne plus et que tout m’échappe alors que je suis encore dans les effectifs salariés… Je n’irai plus faire mes 40/50 heures par semaine, ne prendrai plus les trains pour mon domicile, ne rentrerai plus dans un hôtel en fin de journée poser mon sac de travailleuse itinérante, mon corps fatigué et mon cerveau en rupture de stock.

Il m’aura fallu du temps et des pleurs pour comprendre

Dehors on me prend pour une folle. Pourtant au fond de moi, je sais qu’un nouveau chemin s’ouvre… Si le travail était si bon qu’on veut bien nous le dire, Hitler ne l’aurait pas célébré sur les portes d’entrée des camps nazis… Alors oui, je vais me reposer ! Et dans cette société qui voudrait que tous les parcours soient longilignes et bien rangés, je vais revendiquer le droit à l’erreur, prendre le temps de la réflexion, de la recherche universitaire. Et… oui je me projette ! Sachez-le bien vous qui me regardez comme si vous jugiez ma déperdition ! Pour enrichir une pratique, il faut parfois s’arrêter pour l’analyser, prendre du recul, et continuer son chemin de façon cohérente ! Je descends donc au prochain arrêt, besoin d’air et de me refaire… Vous rejoindrai plus tard les ami-e-s !

Envie de vous dire que la réussite n’est pas celle que les autres définissent pour vous, mais celle que vous vous choisissez, indépendamment des règles sociales établies.

Envie de vous dire qu’au-delà du travail, il existe un truc qui s’appelle la qualité de vie et l’impérieuse nécessité de faire de ces quelques années où l’on respire un moment chouette.

Envie de vous dire surtout, qu’un monde sans accrocs, sans ruptures devient vite pauvre et lisse, comme dans les romans de science-fiction que l’on referme inquiète.

Envie de vous dire enfin que je vais bien et que le monde ne s’est pas écroulé parce que je quitte mon emploi ! Il continue même de tourner en dilatant mon précieux temps !

Il y a quelques mois à peine, alors que j’animais une formation, les jeunes en service civique m’ont demandé ce qui faisait que je ne me définissais plus comme « jeune ». Je leur avais alors répondu que ce qui faisait la différence entre eux/elles et moi, c’était que je ne me levais pas avec tout à construire, que j’avais une place dans la société, un emploi stable, que je me sentais assise, installée, loin des questionnements de ma jeunesse…

J’ai comme l’impression de rajeunir tout d’un coup !

 

Zaza, 30 ans, non demandeuse d’emploi, Toulouse

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1 RÉACTION
  • jeanneburger 24 février 2014

    Merci pour cet article. Il fait du bien… du coup pour la suite on souhaite quoi? du bon, du beau, du temps pour voir venir les choses et les apprécier …

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