L’amour n’est-il pas aussi risqué qu’une MST ?

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Depuis quelques années, je garde précieusement un prospectus que j’affiche dans chacun des endroits où je vis. Il est là, près de moi comme un rappel à l’ordre quotidien, comme un Jiminy Cricket qui me dit de faire attention. Qu’a-t-il de si particulier ce petit format A6 ? C’est juste un bout de papier glacé qui présente la photo en noir et blanc d’un préservatif.

Mais ce qui importe surtout, c’est le slogan rattaché à cette image : « Dommage… Ils n’en ont pas fait pour votre cœur… »

Pendant mon adolescence, par chance, j’ai été dans un collège qui mettait en place chaque année un moment d’éducation à la sexualité, animé, le plus souvent, par des infirmières. Ce temps venait s’ajouter aux cours de biologie sur le fonctionnement du corps humain.

Et l’amour bordel !

Le mois de mes premières menstruations, je me souviens de ce fameux soir où je me suis retrouvée assise entre mes parents, sur leur lit, et où, prenant leur courage à deux mains, ils m’ont parlé de sexualité : « Tu sais pour faire l’amour, c’est toujours mieux d’attendre d’être vraiment amoureux. » ; « Tu dois faire attention, certains garçons sont prêts à dire n’importe quoi pour arriver à leurs fins. » ; « Si tu ne te protèges pas bien tu risques beaucoup de choses ! Maladies, enfants… Et avoir un enfant trop jeune, ça peut avoir de lourdes conséquences sur ton avenir. »

Pilules, préservatifs, stérilets, avortements, dépistages… j’ai eu droit à toute la panoplie de la prévention. Mais ce dont tout le monde a oublié de me parler c’était d’amour, de sentiments.

Une nuit et puis s’en va

C’est donc seule, mal préparée que j’ai découvert la douleur que l’on ressent après une nuit passée avec un garçon qui ne rappellera plus jamais. Nous avions été au lycée ensemble et nous nous étions retrouvés par hasard sur Toulouse. Surpris et heureux de cette rencontre, nous nous sommes revus, le temps d’une soirée, pour partager nos souvenirs et échanger sur notre vie post-lycéenne. C’est vrai qu’il me plaisait, et bien que je ne lui ai rien dit, il avoua avant mon départ que c’était réciproque. Alors n’écoutant plus la raison et saisis par l’envie, nous avons passé la nuit ensemble. Mais le lendemain, lorsque je l’ai appelé pour savoir s’il souhaitait donner une suite à ce moment partagé, pas de réponse, en essayant par message, pas de réponse non plus. Je compris assez rapidement que je n’en aurai surement jamais. Orgueilleuse et réaliste, je n’insistai pas plus longtemps.

Côté coeur, coté corps

A ce moment-là, je me suis interrogée : « Ai-je été maladroite ? » ; « Je n’aurai pas dû céder si vite. » ; « Quel genre de fille suis-je ? » ; « Je ne lui demande pourtant pas la lune, ni le mariage, mais une simple réponse. »… Puis un mécanisme d’auto-défense s’est mis en place. Pour me protéger je suis devenue insensible, mettant mes sentiments au placard. Pour percer ma carapace je ne demande plus seulement de montrer patte blanche mais la chèvre en entier. Mon corps et mon cœur sont devenus complètement détachés l’un de l’autre suivant la fameuse citation de Lucrèce : « En se gardant de l’amour, on ne se prive pas des plaisirs de Vénus ; au contraire, on les prend sans risquer d’en payer la rançon. »

Vous avez « L’amour pour les nuls » ?

Et pourtant quelques années après cette soirée, j’ai fait l’expérience de l’amour. Une relation qui a duré un an et quelques mois, en fait 2 mois de pur bonheur et un an de galère. Une passion aveuglante durant laquelle j’ai souffert du manque de réciprocité. Mais je n’arrivais pas à y mettre un terme, c’était trop tard, j’étais ensorcelée, j’aimais de tout mon cœur, j’aurai tout donné. Bien entendu, cette histoire s’est transformée en chagrin d’amour, un chagrin qui dura lui aussi un an et quelques mois. Une belle dépression durant laquelle j’ai pleuré, je me figeai plusieurs jours incapable de bouger, je laissais s’accumuler les obligations, je ne maitrisais plus le désordre qui s’installa peu à peu, je ne voulais plus voir personne parce qu’un seul sujet me préoccupait et par manque d’intérêt pour autre évènement extérieur.

Mais où était le fameux manuel « L’amour, pour les nuls » ? Encore une fois, c’est seule, plus vulnérable que jamais, que j’ai découvert les affres de l’amour. Après cette histoire, ce sont mes « je t’aime » que j’ai enfermé à double tour.

Bilan : Quelle que soit la situation, le préservatif, la pilule, j’étais parée ! Pour ça aucun risque ! Et pourtant j’ai été blessée, et pourtant ça m’a rendu malade, et pourtant ça aura aussi certainement un impact sur mon avenir !

 

 

Hélène, 26 ans, volontaire en service civique, Toulouse

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