Le terrible secret de ma grand-mère

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Née en 1968, ma grand-mère m’a presque élevée avec ma petite sœur. Elle avait une mine toujours triste. Cela devait être dû à la nostalgie de son pays. Je me suis toujours demandée pourquoi elle n’y était jamais retournée. Mon père me disait que cela ne me regardait pas, comme si j’étais une enfant qui ne savait pas comment le monde fonctionne.

Murée dans un silence absolu

A mes 16 ans, ma grand-mère m’a offert un album photo avec sa mère et ses sœurs, mes tantes. Ses yeux se sont imbibés de larmes. Je l’ai écoutée silencieusement.

Elle a grandi dans une famille de trois enfants, elle était l’aînée. A l’âge de sept ans, sa mère l’a emmenée voir une femme âgée qui était censée faire d’elle une femme pure, mais cette femme a détruit ma grand-mère. Elle n’a pas contredit sa mère, elle s’est débattue, mais que faire quand deux femmes vous tiennent les bras et les jambes écartés ? Après cela, elle s’est murée dans un silence absolu. Elle n’a jamais pardonné à sa mère. Ses amies avaient vécu la même chose, mais ne se sont jamais plaintes. Sa mère, qui avait vécu la même chose, cette horrible torture, a osé faire de même à sa fille. C’est Dieu qui l’a créée comme ça, elle n’avait pas le droit de changer sa nature.

Rejetée par sa famille

Ma grand-mère considérait qu’elle n’était plus une femme entière. A ses 19 ans, sa mère, toujours elle, l’a mariée de force avec un vieil homme de quarante ans son aîné. Elle n’avait pas le choix, suite à l’ultimatum imposé. Elle a vécu cinq ans avec cet homme, à subir abus et violences physiques et morales. Elle n’était toujours pas tombée enceinte. On disait d’elle qu’elle était une sorcière et une « saleté de stérile ». Personne ne s’est posé la question de savoir si ce n’était le mari qui avait un problème. Après six ans de vie avec son mari, il a fini par la quitter. Sa famille ne voulait plus d’elle, son père était mort et sa mère ne voulait pas en entendre parler. Sa sœur l’a emmenée à l’hôpital après un accident. Là, elle a rencontré Joséphine, une femme qui travaillait pour une association de femmes ayant vécu l’expérience de ma mamie. Elles ont fait plusieurs démarches pour que ma grand ma puisse quitter l’Afrique. Elle a demandé asile à l’ambassade française. La dame a été tellement émue qu’elle l’a reçue sept mois après.

La France, une bouée de secours

Pour ma grand-mère, la France était une bouée de secours. Elle a été logée, est retournée en formation pour apprendre la langue française et chercher un emploi. Elle a commencé par être femme de ménage pendant quatre ans, puis elle a fait des études d’infirmière mais elle a raté l’examen deux fois avant de l’avoir. Après cinq ans, elle est allée à l’hôpital pour parler de son problème à un médecin. Elle a subi une intervention et a bénéficié d’un suivi psychologique pour se réadapter à ce nouveau corps inconnu. Après cela, elle a eu mon père, et deux autres garçons qui lui ont donné un peu de lumière dans sa vie sombre. Maintenant, elle travaille toujours en tant qu’infirmière, pas loin d’ici, à Delafontaine, pour être proche de nous, vu que mes parents ne sont jamais là. Elle ne pense pas un jour pardonner à sa famille, elle a tellement de haine envers eux que j’ai peur qu’elle se détruise elle-même. Mais elle ne m’a jamais dit ce que c’est, cette horrible chose qu’on lui a faite.

Aminata, 15 ans, lycéenne en classe de seconde au Bourget

Crédit photo : Moustapha Emeira

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