A l’hôtel ! C’est ma vie de Roumaine en France

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A 18 ans, Cristina est arrivée de Roumanie avec des rêves de « vie plus belle » en France. Cinq ans plus tard, avec son mari et son enfant, elle survit d’un hôtel à l’autre. Avec force de détails, son histoire livre un visage sur le quotidien d’une Roumaine immigrée à Paris.

 

J’ai grandi en Roumanie, dans un village à la campagne, à Valeni de Munte. J’ai été élevée par mes parents et mes grands-parents. A 7 ans, mes parents ont divorcé. Je suis restée avec ma mère, mais la perte de mon père m’a marquée à tout jamais. Depuis, j’ai l’impression que je me suis renfermée sur moi-même. Je n’arrive plus à me faire des amis aussi facilement qu’avant et je n’ai plus confiance en personne.

J’ai été à l’école jusqu’à 16 ans et deux ans plus tard, j’ai fait mon premier voyage à l’étranger, en France. Je suis venue ici pour trouver du travail et pour essayer d’avoir une vie plus belle.

Je suis quelqu’un de simple, qui aime s’occuper de sa famille. J’espérais juste que notre vie deviendrait meilleure.

D’une cabane en bois à l’hôtel

Au début, j’ai habité dans une tente au parc floral de Vincennes. C’était comme une grande cabane. Elle était faite en bois et recouverte par des bâches en plastique. On avait un grand lit, une armoire et même un poêle avec lequel on se chauffait lorsqu’il faisait froid. C’était presque la belle vie, surtout l’été.

Pour la nourriture, on se débrouillait comme on pouvait : on était inscrit aux Restaurants du coeur et l’après-midi, on faisait de la récup de produits périmés dans les poubelles des supermarchés.

Tout se passait très bien jusqu’à ce que le maire de la ville nous envoie dans un foyer. A ce moment-là, ma vie a été bouleversée.

Juste après avoir emménagé dans ce foyer avec mon mari, rencontré en Roumanie en 2009, son père et ma mère, j’ai appris que j’étais enceinte, l’une des meilleures nouvelles de cette période-là. Comme je devais accoucher, on nous a fait déménager dans un hôtel à l’extérieur de Paris.

Depuis, on n’arrête pas de changer d’endroit. Hôtel après hôtel, je sens que je ne suis plus maîtresse de ma vie. Il y a tout le temps des limites, des interdictions, je n’ai presque plus de vie intime.

Aujourd’hui, j’habite dans un hôtel Formule 1 du 18ème arrondissement de Paris. Mon petit garçon a 4 ans et je l’élève avec plaisir. Même si la vie est parfois difficile, c’est la seule chose qui me remonte le moral. J’ai été embauchée en service civique à Romcivic. Ça m’a beaucoup aidée : j’ai réussi à inscrire mon enfant à l’école, à avoir la sécurité sociale. J’espère avoir la chance de trouver un travail décent et pouvoir louer un appartement.

Obligée de dépendre de quelqu’un

La vie à l’hôtel est très difficile. Il n’y pas de cuisine pour que je fasse à manger à mon petit garçon. La salle de bain commune est dans le couloir. Elle est en sale état et sent vraiment mauvais parce que les nombreuses personnes de l’étage qui l’utilisent ne nettoient jamais les douches.

Dans la chambre, il y a des cafards et c’est vraiment petit. Je ne pense pas que ce soit une chambre pour trois personnes.

Chaque jour, je suis obligée d’aller chez ma belle-mère qui habite dans un centre d’hébergement d’urgence pour préparer à manger à mon fils et me laver. Ce que je n’aime pas du tout car je suis quelqu’un d’assez discret. Même si nous faisons partie de la même famille, je ne veux pas être obligée de dépendre de quelqu’un.

Le patron de l’hôtel est en plus très raciste. Nous ne pouvons rien faire dans la chambre, tout ce qu’on fait le dérange.

J’ai vu mon assistante sociale et quand je lui ai expliqué les conditions dans lesquelles je vivais, elle m’a dit qu’elle allait essayer de faire quelque chose. Ça fait déjà un mois, je n’ai aucune nouvelle.

Je ne sais donc pas si je vais déménager ou rester définitivement dans cet hôtel. 

Désorientée à force de déménager

Je suis triste parce que mon fils venait juste de se faire des amis à l’école où il était quand on a dû déménager. C’est vraiment difficile pour un enfant de 4 ans de se faire des copains dans une école et, après, d’être obligé d’aller dans un autre établissement.

Comme on passe notre temps à déménager, je me sens désorientée.

J’espère qu’un jour, tout rentrera dans l’ordre et que l’on pourra se reposer un peu, car cela fait 5 ans que nous sommes dans la même situation.

Chacun d’entre nous devrait lutter pour avoir un bon niveau de vie. De mon expérience dans ce monde parfois dur et misérable, je retiens que la famille est la chose la plus importante dans la vie d’une personne.

 

Cristina, 23 ans, ancienne volontaire en service civique à Romcivic, Paris

Crédit photo Alexandre Martin / Sur la photo : une jeune fille rom de la troupe des Kesaj Tchavé venue donner un spectacle à Paris. 

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1 RÉACTION
  • light 23 novembre 2016

    Courage ! J’espère que ta vie va s’améliorer !

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