Etudiant étranger, sans-papier dans la machine à papier

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Le matin quand mon réveil sonne à 6h15 le réflexe est toujours le même : j’allume mon PC et je vais sur le site de la sous-préfecture pour prendre un rendez-vous ; la réponse est toujours la même : « Il n’existe pas de plage horaire disponible, veuillez réessayer ultérieurement ». Je suis un étudiant sans-papiers depuis septembre. Mon titre de séjour d’étudiant d’une durée d’un an a expiré. Je suis dans mon septième mois de procédures pour l’obtention de mon titre de séjour. Oui, attendre huit mois pour un titre de séjour d’un an !

Au coeur de la mécanique administrative

Tu sais, quand t’es étudiant et que t’as plus de titre de séjour valable, y’a pas de situation plus stressante. Tu peux rien faire sans qu’on te demande ton titre de séjour, aucune démarche ne peut être faite sans qu’on te demande ce sacré sésame. En septembre quand j’ai commencé mes démarches j’ai jamais cru que ça allait être si difficile. J’ai pris le formulaire, j’ai envoyé le dossier « complet » d’après moi, sauf qu’à chaque fois que j’ai envoyé mon dossier il m’a été renvoyé après un mois et demi et les motifs sont variables : « dossier incomplet, la personne qui vous prend en charge ne dispose pas de ressources suffisantes, etc. ». La dernière fois que mon dossier m’a été renvoyé c’était vers mi-janvier, il y avait du nouveau, la lettre me notifiait que « l’envoi par la voie postale n’est plus possible à partir du 1er janvier » et qu’il fallait prendre rendez-vous sur le site pour avoir un rendez-vous et déposer son dossier. J’ai cru que c’était plus facile pour moi, je suis allé direct sur le site et j’ai attendu trois mois pour décrocher un rendez-vous.

Au guichet, on me dit : « Allez prendre rendez-vous sur le site »

Avoir un rendez-vous c’est une chose, l’obtention d’un tire de séjour en est une autre ; pendant les trois mois que j’ai attendu pour un rendez-vous, j’ai écouté les conseils que mes amis m’ont donnés : « Va à la préfecture et explique-leur la situation ». Quand t’arrives à la préfecture tu fais la queue pendant une heure et demie, une fois arrivé au guichet, peu importe ta situation, tu ne tiendras pas plus d’une minute car la réponse est toujours la même, les personnes au guichet ont un seul mot à la bouche : « Allez prendre rendez-vous sur le site ; allez prendre rendez-vous sur le site, je ne peux rien faire pour vous ». A un moment donné j’ai cru qu’il y avait un bug sur le site, j’ai imprimé des captures d’écrans du site et je me suis déplacé, encore une heure d’attente, une fois devant le guichet : « Madame, je crois il y a un problème sur votre site, cela fait deux mois qu’on me dit qu’il n’y a pas de plage horaire libre pour prendre rendez-vous ». Et la réponse est la même : « prenez rendez-vous sur le site ». Mais moi j’aimerais bien prendre rendez-vous, donnez-moi juste l’occasion de le faire, cela fait deux mois que je suis sur ce site H-24 même quand je suis dans les toilettes, en cours, dans les transports j’essaye de prendre rendez-vous !

Pour vivre il faut travailler et pour travailler il faut un titre de séjour

Peuvent-ils imaginer une seconde combien ces tracas ont un impact sur nos études, sur notre stabilité, parce qu’être dans une situation irrégulière nous pousse à vivre dans des conditions de précarité. Sans titre de séjour, tu ne peux pas travailler donc pas d’argent, comment payer le loyer ? Comment se payer à manger ? Se soigner ? Et encore pire, même à l’université on te demande ton titre de séjour pour pouvoir t’inscrire et à la préfecture on te demande une attestation d’inscription pour avoir un titre de séjour ! Cette situation est d’autant plus révoltante qu’on te demande de fournir tes relevés bancaires pour voir si tu vis bien. Mais pour vivre bien il faut bien travailler et pour travailler il faut bien un titre de séjour. Si nous vivons dans des situations précaires c’est une situation voulue par la lenteur des démarches administratives et imaginez même pas l’impact que cela représente sur nos résultats à la fac : vivre la peur au ventre de se faire contrôler et finir dans un charter alors que la veille tu étais assis dans un amphi et tu suivais un cours sur les droits de l’homme. J’ai pas peur de retourner chez moi mais je ne veux pas qu’on me renvoie cette image d’étudiant étranger qui est venu avec un statut d’étudiant et qui voudrait rester en France pour de bon.

Rendez-vous dans vingt jours !

Au moment où j’écris ces lignes j’ai pu avoir un rendez-vous après presque quatre mois d’attente et neuf mois de précarité administrative. Le rendez-vous est prévu dans vingt jours, il durera vingt minutes, et tout retard supérieur à cinq minutes conduira à l’annulation du rendez-vous, et les agents au guichet se réservent le droit de ne pas accepter de prendre votre dossier. Vous inquiétez pas pour moi, j’ai mis toutes les chances de mon côté, je ne voudrais pas retourner passer mes journée à essayer de prendre rendez-vous sur le site de la préfecture. Je vous tiens au courant de la suite de mon histoire…
Boubacar, 25 ans, étudiant en licence de sciences politiques, Ile de France
Crédit photo Steven S Flickr CC

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1 RÉACTION
  • Sala Ouedraogo 11 mai 2015

    Touchant témoignage et c’est tellement vrai! Je comprends ce que tu vis (je l’ai subi aussi) ; j’attends la suite en espérant une bonne nouvelle. Bon courage à toi

RÉAGIS