Je suis une Française de seconde zone

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Marion vient de l’île de la Réunion, elle en a ras-le-bol des clichés et elle l’écrit ! 

 

 

Exotisme, quand tu les tiens…

Je suis exaspérée à chaque fois que quelqu’un me pose des questions sur l’île de la Réunion du genre : « Le soleil ne te manque pas trop ? » « Ah, les gens sont plutôt à la cool chez toi, non ? » « J’imagine que la plage était pas loin de chez toi ? … »

C’est moi ou les gens ressentent le besoin de me parler de ma région pour être sûrs de bien renforcer les clichés qu’ils ont sur les îles ?

Sans même savoir où se situe l’île, en ne sachant rien de son climat et de ses habitants, j’ai l’impression qu’ils veulent juste se rassurer, se dire que c’est bien « l’île-cliché » qu’ils ont en tête. On me parle toujours de ce qui est très différent de la métropole.

Vous parlez d’identité nationale ?

Pourtant, mon île reste une région française comme les autres, avec  ses citoyens français, son taux de chomâge, son inflation, etc.  Chez nous aussi, les gens meurent dans des accidents de la circulation. Chez nous aussi, des femmes sont battues à mort par leurs partenaires. Chez nous aussi, les gens se droguent, boivent et se suicident. Mais, on ne me parle jamais de ça.

Quand on me parle de mon île, on me parle de chaleur, de soleil et de fruits tropicaux.

Je sens toujours que je saoule tout le monde avec tout ça, pire, que je parle dans le vide. C’est toujours cette impression de n’exister qu’à travers le cliché du « pays-colonisateur ».

Qu’on vienne me dire que c’est parce que la distance avec la métropole est trop grande, qu’on vienne me dire que c’est parce que les habitants sont peu nombreux (plus de 800 000), qu’on vienne me dire que ça n’est pas si terrible, qu’on me trouve les excuses les plus idiotes pour m’expliquer tout cela ! Et ensuite, qu’on vienne me parler d’identité nationale, qu’on vienne me parler de l’amour de la patrie, des valeurs de la République, j’écouterai avec attention ces débats complètement vides de sens qui me rappelleront que je suis une citoyenne française de seconde zone.

Ma mère s’est fièrement mariée avec un blanc

Je me souviens d’une membre blanche d’un syndicat étudiant où je militais qui était venue, quelques jours, à la Réunion et qui nous avait sorti : « Ah je veux repartir en sachant parler créole ! » Pensez-vous, c’est grave facile à apprendre, c’est une langue de sauvages, après tout ! Hum hum… Chère Madame, il te faudra plusieurs mois pour comprendre la base de cette langue et encore quelques semaines pour commencer à te débrouiller dans une conversation simple.

Ma mère est réunionnaise. C’est une femme noire, très métissée comme une grande majorité des Réunionnais, courageuse et intelligente.

Quand elle était jeune, elle travaillait chez de riches blancs. Quand ils sont rentrés en métropole, elle est partie avec eux. Quelle chance ! Elle pouvait enfin découvrir sa « patrie ».

Elle s’est occupée d’enfants, elle a fait le ménage dans de grandes entreprises. Elle s’est mariée fièrement avec un blanc. Je viens d’un métissage qui porte son poids de questions et de constats.

Qui suis-je alors ?

Mon identité est floue, bancale

Un être humain de plus. Ma couleur de peau et mes traits ne sont pas innocents. Il y a plein de choses à en dire. Sur mon visage est écrit une histoire horrible. C’est celle de l’esclavage et de la colonisation, encore très présente d’ailleurs.

Ah non, je ne suis pas fière d’être française, non. La famille de ma mère est française pour de trop sombres raisons. L’origine de ma vie pue la colonisation. La métropole se fout complètement du territoire où j’ai grandi et vécu. Et pourtant, j’ai quand même du subir les cours d’éducation civique qui me parlaient d’égalité, de liberté et de fraternité. Oui, la fraternité, on connaît bien.

Quand ma soeur était en Erasmus à Cadix, les autres jeunes français faisaient bien comprendre aux étrangers qu’ils rencontraient qu’elle ne venait « pas vraiment » de la France.

Quelle déchirure dans nos coeurs…  Comment pourrais-je être fière d’un titre que je ne suis même pas sûre d’avoir, ou pire, de « mériter » comme disent certains ?

 

Pendant 20 ans, ma mère a vécu à Paris. Elle m’a répété qu’elle n’a jamais été victime de racisme. Je pense surtout qu’elle restait à sa place. Femme de ménage, nounou… Voilà ta place femme noire.  Ne te plains pas. Sois digne de ce que la France fait pour toi.

Je vois très mal comment je pourrais être fière d’être française, en fait. Je me sens comme une française de seconde zone. Je sens tellement que mon identité est floue,  bancale. Alors, je préfère encore vivre à l’étranger. Comme ça, ça sera clair, je serai une étrangère, point.

 

 

Marion Cécile, 20 ans, étudiante, Paris

Crédit photo Fabien Le Touillec / Piton de la Fournaise septembre 2016 

 

 

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8 RÉACTIONS
  • lightdys 10 octobre 2016

    Très beau témoignage et tellement vrai !

    Pour ma part, je suis blanche et je vis en métropole (bien que mon grand-père vienne d’Algérie, donc le racisme on connaît bien dans la famille.) .

    Je ne prétendrai donc pas connaître la réalité de ce que tu décris. Toutefois, avec mes parents nous avions faits il y a quelques années un voyage à l’île Maurice (Certes, ce n’est pas la Réunion, la situation est certainement très différente entre ces deux îles).

    Le voyage était génial : pleins de couleurs, la mer très chaude, les lagons, les coraux, tout ça, tout ça. Les mauriciens étaient extrêmement accueillants et hospitaliers. Le mélange des cultures et des religions (hindou, musulman, chrétien) qui vivaient en paix les uns avec les autres, était aussi très marquant

    Mais l’esprit « colon » qui régnait encore là bas nous avaient frappés et, pour tout dire, choqués. La plupart des mauriciens travaillaient au service des « blancs » anglais ou français, faisaient le ménage…etc Mon frère et moi nous nous étions liés d’amitié avec un Mauricien. Il travaillait comme jardinier et chauffeur dans une famille anglaise. Le soir de Noël, il lui avait demandé de les conduire au restaurant et de les attendre dans la voiture ! Si bien qu’il n’avait même pas pu passer le 24 avec sa famille ! ça nous avait beaucoup marqué.. Surtout que c’est pas comme s s’ils ne pouvaient pas conduire la voiture eux-mêmes !

  • René 10 octobre 2016

    Je résume :
    Elle reproche quoi en gros à la France?
    -De ne pas être un pays aussi beau que sur la devise…. Tout le monde le sait.. Rien de nouveau sous le soleil.
    Qu’on lui pose des questions sur une région qu’ils veulent connaitre? C’est au contraire super ça montre qu’ils veulent connaitre et y aller. Moi j’adore qu’on pose des questions sur chez moi. Et si les questions sont un peu bêtes… Bah faut leur permettre de mieux comprendre… je suis très ignorant sur un tas de département français…
    -D’être issu d’un mariage mixte? Bah c’est formidable ça. Après on ne connait pas le couple de ses parents donc on ne peut pas juger, Mais les vrais racistes et les vrais colonisateurs ne se marient pas avec les indigènes…

    Pour finir je trouve choquant le passage:  » elle sait rester à sa place »…. Peut être simplement que sa mère, qui a plus de vécu , et qui a peut être de la famille venant de Mada ou des Comores, a copnstaté que la France est loin d’être la pays le plus raciste au monde et qu’on souffre bien plus du regard des gens dans d’autres endroits..

    Enfin dire que la réunion, département français depuis bientot 70 ans, qui s’est développé très vite au point de rattraper le niveau de vie de la Métropole est un relent de la colonisation c’est…. Juste ne pas savoir ce qu’est la colonisation.

    Vous deviez faire parler aussi des réunionnais plus représentatifs, ceux pour qui l’identité française n’est même pas sujette à question….

  • éléphant masqué 10 octobre 2016

    calme toi rené

  • Louis 1 novembre 2016

    René est dans le vrai pourtant…
    Témoignage creux et pleurnichard « boooouh une touriste voulait parler ma langue », « bouuuuh on me demande si j’habite à côté d’une plage, les gens ne comprennent pas le terrible mal être dont je souffre »…

    Et le meilleur « sur mon visage est ecrit l’histoire de l’esclavage… ». Même sur les pires comptes instagram de colégiennes c’est rare de s’abaisser aussi bas pour obtenir une once d’attention.

  • Antoine 16 novembre 2016

    Moi je me demande toujours ce que font les gens dans l’Allier par exemple.

  • Florent 16 novembre 2016

    Étant originaire de Nouvelle-Calédonie ton article me fait bien rire.

    Tu te pleins des clichés habituels auxquels tout insulaire a le droit en métropole. À quel titre?

    Tu viens d’une île où la qualité de vie est autrement supérieure. Une île qui inspire du rêve à tous ceux qui n’ont pas eu la chance de la découvrir. Sois-en heureuse.

    Comme moi, tu as déjà dû remarquer l’intérêt soudain que les personnes te portent dès que tu dis d’où tu viens, le tout suivi de questions plus ou moins pertinentes. Peux-tu les blâmer? Connais-tu chaque département Français? Alors maintenant imagine que celui-ci se trouve à 8.000km (ou à 22.000 dans mon cas) et essaie de comprendre.

    Tu te pleins de ton identité bancale, tu penses être une citoyenne de « seconde zone ». C’est là qu’est ton erreur. Tu reproches aux gens de dire que tu n’es pas tout à fait française. En quoi c’est dérangeant? C’est pourtant bien vrai selon moi. Tu es française mais pas que. Tu es riche d’autres cultures, d’un melting pot d’origines présentes sur ton île.

    À toi d’en tirer avantage, plutôt que de te concentrer sur des petites remarques qui bien souvent sont plus naïves que méchantes.

    Personnellement la seule vraie discrimation que j’ai vécu a été positive. Des professeurs qui t’ont à la bonne parce qu’ils ont l’impression de voyager à chaque fois qu’ils t’adressent la parole, des employeurs qui s’enorgueillent d’avoir dans leur équipe quelqu’un qui vient de si loin. En gros, juste grâce à tes origines tu vends dû rêve, et ça c’est quand même plutôt sympa.

  • Franswa 16 novembre 2016

    Merci pour ton témoignage. Je suis moi aussi métis de la Réunion (mère métropolitaine, père créole). J’ai souvent connu les mêmes interrogations clichées sur l’île de la Réunion ou sur mes origines. Il faut résister à notre niveau contre la bêtise néo-colonialiste, le chemin sera long.
    Franswa

  • Michael 17 novembre 2016

    Salut Marion,
    Je vois dans tous ces commentaires qu’il y a un problème pour accueillir les ressentis, mais bon ça permet à chacun(e) de se lacher. En fait, ton texte m’intéresse beaucoup pour plusieurs raisons : mes 2 parents sont réunionnais, j’ai vraiment découvert la Réunion que en 2007, et cette même année j’ai entamé un projet documentaire en 2 parties qui s’appelle « Rassine Monmon Papa » (le blog ici : rassinemonmonpapa.jimdo.com), j’ai déjà réalisé la 1ère partie et je travaille sur la 2 ème, où je questionne plus particulièrement la notion d’identité des enfants de réunionnais(es), né(e) en France. Je serais intéressé pour qu’on discute sur cette thématique et peut être réaliser un entretien pour le doc. En tout cas, si tu veux aller voir le site et tu pourras me laisser un message par ce biais là. En tout cas, tes interrogations sont tt à fait sensés et pertinentes, de mon point de vue, mais comme la dit Florent, il faut savoir se rendre compte de ses richesse et que nos diversités et nos histoires deviennent notre force.Mais c’est pas évident, surtout dans cette france institutionnellement raciste (et toc) qui a toujours une gestion coloniale bien poussée à la Réunion. Bref, faut s’aimer, et donc se connaitre et tu seras ce que tu veux. J’espère à bientôt. Michael

RÉAGIS