Nice, les jours d’après sur la Promenade des Anglais

Recueillement Nice 1
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J’ai passé beaucoup de temps sur internet cette nuit-là.

Comme à chaque attentat. Mais cette nuit-là, c’était différent. J’ai aidé un ami alors que j’étais à l’autre bout de la France. Il ne pouvait pas joindre sa famille pour leur dire qu’il était en sûreté, je l’ai fait pour lui. J’ai eu ses parents au bout du fil, pour leur annoncer qu’en plein milieu d’une foule qui fuyait, leur fils avait réussi à s’échapper. Ça secoue ce genre d’événements. La dernière fois, j’avais harcelé mon meilleur ami à Paris jusqu’à ce qu’il me réponde.

 

Recueillement Nice 5

 

Cette fois, c’était différent. Parce que … Je ne sais même pas exactement.

Cette nuit-là j’étais en charge d’enfants, ils venaient de s’endormir et je me posais déjà la question : comment leur annoncer cela ? Je ne savais pas s’ils avaient de la famille à Nice, je ne savais pas non plus ce que déciderait la directrice du camp. Je partais en convoyage avec huit d’entre eux le lendemain midi, à ce moment ils auraient leurs téléphones et pourraient appeler leurs familles, aller sur Facebook et découvrir l’horreur, voir les images.

 

Recueillement Nice 4

 

Comment parle t-on à des enfants de ce genre d’événements ? Lors des attentats de Janvier 2015, je n’ai pas eu à me poser cette question, je travaillais en centre aéré avec des petits de 3 à 5 ans. Et avec les grands en 4ème dont je m’occupais, ce sont les professeurs qui ont géré. Alors, je ne sais pas. Quels mots employer, que dire, que taire…

 

Recueillement Nice 3

 

Le hasard a donc voulu que le lendemain de ce camion fou, je doive monter à Paris ramener des enfants, et redescendre le dimanche avec d’autres. Je disposais donc d’une journée entière à Paris. J’ai choisi de me rendre place de la République. Je n’y avais jamais mis les pieds. J’ai été saisie par l’ambiance de cette place, de ce mémorial qui augmente à chaque attentat. Toujours plus de mots, de fleurs, de bougies, de unes de journaux relatant les faits, montrant des corps, l’affolement des survivants, la peine des familles en deuil, les visages de ceux qu’on ne reverra plus.

 

Recueillement Nice 2

 

Ce qui m’a marqué, sur cette place, c’est une dame. Elle a scotché un mot sur la statue, a positionné des fleurs, est allée remplir des bouteilles et s’est occupée des bouquets qui sont déposés par les badauds. Tout le temps où j’étais là, elle y était aussi. Sans relâche, elle trouvait à s’occuper sur ce mémorial improvisé de nos morts, tombés car, tout simplement en vie, en profitant.

 

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Ce qui a marqué tout le monde, je pense, c’est que cette fois, des enfants ont été visés. Beaucoup d’enfants, et les journaux n’ont pas hésité à montrer les photos de leurs corps. Exposer le cadavre de n’importe qui en une de l’édition du jour, c’est déjà indécent, montrer ceux des enfants, ça m’a donné la nausée. Et … elle ne s’en va pas. Parce que, je ne suis pas défaitiste, mais je sais que ça recommencera. La France, le monde en général, n’en a pas fini avec le terrorisme. Nous verrons encore des attentats, des « accidents » se produire, qu’ils soient de revendication pseudo religieuse ou acte d’un déséquilibré. Parce que je n’ai pas la même notion du terrorisme que d’autres : pour moi, un terroriste est quelqu’un qui sème la terreur par ses actes, quels que soient ses motifs. Certains faits classés comme accidents sont à mes yeux des actes de terreur.

 

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Assez ironiquement, le 14 juillet, c’est aussi la Saint Camille …

 

Crédit photos : Camille, 25 ans, étudiante, Marseille

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