Paris, porte de Saint-Ouen, avec des réfugiés syriens…

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Dans le nord de Paris (18e), au pied du périphérique, plus d’une soixantaine de réfugiés dont des familles, des Syriens, pour la plupart, mais aussi des Égyptiens, des Tunisiens et des Algériens ont été pris en charge. Pendant des mois la solidarité a été la seule fenêtre d’espoir pour ces destins brisés. Jeune journaliste en formation, j’ai souhaité simplement savoir qui étaient ces réfugiés, quel avait été leur périple avant de se retrouver sur un morceau de bitume parisien. Voici le récit d’une rencontre, celle d’un enfant français des années 90, épris de liberté et d’égalité, avec quelques témoins d’un peuple qui vit l’horreur de la guerre et de l’exode, en 2015 :

Rouges, vertes, bleues, courbées comme des carapaces de tortue, les tentes du camp de réfugiés de la Porte de Saint-Ouen dans le 18e, qui sautaient aux yeux ont disparu. Plus d’une soixantaine de personnes, en majorité de nationalité syrienne mais également égyptienne, algérienne ou encore tunisienne, ont erré sur ce terre-plein entre espoir et incertitude, jusqu’au matin du 2 octobre dernier. La Mairie de Paris les a prises en charge et évacuées en bus dans le calme. Durant une semaine, la plupart vont être logés dans un centre hôtelier avant d’intégrer un logement adapté. D’autres, porteurs de la gale, ont été conduits à l’hôpital Bichat, juste à côté du camp.
Là, en pleine voie des bus de la RATP, la vie et la solidarité s’organisaient depuis des mois. La nourriture et les vêtements ne manquant plus grâce à la solidarité d’associations et d’habitants du quartier.
« Nous ne demandons qu’à travailler et avoir un toit sur la tête. Mais la préfecture met beaucoup trop de temps à accorder les demandes d’asile. Certains sont là depuis un an », explique Abdadi, 22 ans, arrivé de Syrie par ces propres moyens. Sans le précieux papier, les réfugiés ne peuvent pas accéder à l’emploi et donc reconstruire leur vie.

« Nos frères morts en chemin et nous… sur ce morceau de trottoir »

Deux jours plus tôt, sur le camp de réfugiés, personne ne sait encore de quoi sera fait son lendemain, si ce n’est la désillusion de rester indéfiniment sur ce morceau de terre. Un bus passe à tombeau ouvert. D’un réflexe, une maman évite de voir sa poussette être réduite en miettes. Son enfant joue quelques mètres plus loin avec d’autres de son âge. Quelques minutes plus tard, un camion de pompier se fraie un chemin à vive allure. Le drame n’est jamais loin et se mêle à l’insalubrité qui propage les maladies.

« Sur le camp, la gale fait des ravages », raconte un jeune infirmier bénévole. Grâce aux dons récoltés, une trentaine de familles du camp avec des nourrissons sont logées à l’hôtel Formule 1 juste à côté. Une page Facebook Réfugiés syriens Porte de Saint Ouen centralise les informations pour organiser les collectes.
« Nous avons fui la guerre en espérant la sécurité en Europe. Certains de nos amis, de nos frères sont morts en chemin. Et nous sommes là, sur ce morceau de trottoir », peste Bilal en racontant son périple. A 27 ans, son visage est celui d’un homme de 40 ans. Il a effectué son service militaire quand la Syrie s’est enflammée en 2011. Il s’est retrouvé malgré lui embarqué dans une guerre fratricide. Auparavant, il était commerçant. « Comme beaucoup d’autres », il refuse alors de combattre son peuple et s’engage contre le régime de Damas. Arrêté par l’armée, il va connaitre la torture. Sur son corps, des marques indélébiles témoignent des atrocités commises par les hommes de Bachar El Assad.

« Je ne pouvais pas rester à attendre que nous nous fassions tuer les uns après les autres », raconte t-il en allumant une cigarette offerte par l’un de ses compatriotes. Sur le campement comme en Syrie, les paquets se vident au rythme de la générosité. « Nous, les syriens sommes des gens pauvres, mais nous sommes riches à l’intérieur », lâche t-il, plein de fierté dans son regard où brillent les couleurs du sable d’Orient.

Syrie, Liban, Egypte, Maroc, Espagne, France… l’odyssée infernale

Parcours refugies syriensAu sixième mois de combat, Bilal perd son frère et est blessé par balle. Il rejoint alors le Liban pour se faire soigner. La guerre l’a usé. Il part en Egypte en avion, juste avant l’instauration du visa par le pouvoir égyptien, pour fuir les combats. Du Caire, il part en Lybie en espérant le repos. Mais le pays explose aussi. Il retourne alors en Egypte et traverse le Maghreb à pied et en bus. N’arrivant pas à trouver du travail, il se décide à rejoindre l’Europe. Il remonte le Maroc et se retrouve à Melilla, enclave espagnole sur le territoire marocain. Il va de nouveau se retrouver emprisonné. « C’était Guantanamo, explique t-il. Nous étions parqués comme des animaux derrière des grillages face à la mer. » Sa rétention dure six mois avant qu’il ne rejoigne l’Espagne par le détroit de Gibraltar.

Bilal s’arrête de conter. Il cherche quelque chose, quelqu’un. Un grand sourire éclaircit soudain son visage. « Chouf ! », lance t-il. Du doigt, il montre un petit enfant aux cheveux coupés au bol qui se balade seul au milieu du camp. De sa main droite, il porte une cage dans laquelle se trouve un perroquet multicolores, rouges, vert, bleu, jaune. « Il l’a avec lui depuis l’Espagne », dit-il en rigolant. Le petit garçon continue de marcher, presque insouciant avec son oiseau. Après l’Espagne, la France et de nombreux camps de la région parisienne jusqu’à celui de la Porte de Saint-Ouen, il y a six mois.
La nuit et le froid commencent à tomber. Les lueurs de ce mois de septembre sont une aubaine mais elles ne dureront pas. « L’hiver risque d’être fatal », s’inquiète un citoyen venu voir si ce qu’il avait vu sur Facebook était vrai. Il compte revenir avec de la nourriture et de l’argent. Il n’aura finalement plus à le faire. Le petit garçon marche-t-il toujours, son oiseau en cage au bout du bras ?

Rudy Bourianne, 25 ans, étudiant en journalisme à Marseille, actuellement à Paris. 

Crédit photo Rudy Bourianne
Illustration carte Lemonde.fr

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