Voilées et féministes !

Barbie
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Quel bonheur que d’être regardée exclusivement dans les yeux lorsqu’on s’adresse à nous. Quelle satisfaction que de se sentir écoutée et non scrutée lorsque nous nous exprimons. Quel plaisir que de décider qui mérite qu’on lui accorde un plaisir des yeux ou non.

Le « voile » synonyme de liberté et non de soumission

Je me couvre pour être considérée comme une personne pensante. Il suffit de regarder à quel point le corps féminin est instrumentalisé pour réaliser que je n’exagère pas en affirmant qu’on asservit les femmes plus qu’autre chose lorsqu’on leur fait croire que leur nudité c’est leur liberté. Il s’agit en grande partie de stratégies de communication commerciales, ne nous voilons pas la face ! Sacré jeu de mots n’est-ce pas ? Même dans des publicités pour des yaourts, des femmes nues doivent y figurer pour assurer le caractère vendeur du message publicitaire.

De plus, on a soumis les femmes à des diktats de beauté beaucoup plus draconiens que les hommes. Ce que cette différence d’exigences laisse deviner est qu’une femme devrait donc satisfaire les désirs d’autrui plus qu’un homme. Cette injustice-là n’est jamais assez évoquée. De même que l’on n’évoque pas assez l’indication islamique invitant aussi les hommes à faire preuve de pudeur dans leur manière de se vêtir. Car oui, l’Islam est une religion d’équité.

Beaucoup diraient que ce n’est pas aux femmes de changer leur façon de s’habiller mais à certains de s’éduquer et aux sociétés de changer leur regard sur les femmes pour ne plus les considérer comme des marchandises. C’est plausible. Même si nous aspirons et œuvrons pour une telle évolution (ou plutôt révolution), ne pouvons-nous pas être libres, en attendant, de composer avec le présent du mieux qu’on pense ?

« Dans certains pays, des femmes se battent pour ne pas le porter le voile ! »

Un petit mot à l’attention des personnes favorable à tout type d’interdiction du « voile » :

Pour nous dissuader de porter le « voile », les détracteurs utilisent le semblant d’argument suivant : « Dans certains pays, des femmes se battent pour ne pas le porter et vous, vous le revendiquez ?! » Je dirais que c’est aussi absurde et insensé en matière de raisonnement que de vouloir interdire toute grossesse par solidarité avec les femmes qui se battent pour le droit à l’avortement dans je ne sais quel pays. Cela engendrerait tout de même l’extinction de l’humanité. C’est ballot ! D’ailleurs, le mot « engendrer » ne pourra plus être utilisé non plus, quel désastre ! Excusez-moi, je m’égare parfois en essayant d’appliquer les logiques de certains.

J’aimerais, de plus, souligner la contradiction de certains mouvements qui œuvrent pour l’égalité des droits entre les hommes et les femmes mais qui font tout pour exclure une partie de ces dernières de la société en leur interdisant l’accès au travail, aux études… sous prétexte qu’elles sont trop couvertes à leur goût. Emancipation des femmes ou seulement de celles qui leur ressemblent ? Prôner l’égalité hommes/femmes en commençant par hiérarchiser les femmes entre elles me paraît assez déplorable comme façon de procéder. De plus, si leur volonté était de véritablement aider ces femmes « voilées » considérées (fantasmées ?) comme oppressées, en quoi les marginaliser pourrait-il être un pas vers une quelconque émancipation ? Car leur interdire l’accès à maintes structures, c’est, quelque part, les inciter à se cloîtrer chez-elles.

A l’affut de la moindre différence

Il m’est également important de rappeler que le « voile » n’a aucune visée provocatrice car cela irait à l’encontre des valeurs de l’Islam. Quand quelqu’un porte un jogging, on ne se sent habituellement pas agressé en pensant qu’il a en tête d’imposer ses idées en matière de sport. Mais s’il en est autrement concernant les tenues laissant deviner une religion ou une philosophie de vie, c’est parce que les différences de ce type dérangent particulièrement. Au lieu de voir des humains avant tout comme nous, notre paranoïa ne nous laisse qu’être à l’affut de la moindre différence. Percevoir autrui uniquement comme symbole de quelque-chose c’est le déshumaniser.

Enfin, que ce soit de la tête aux pieds ou seulement les doigts de pieds, chacun devrait avoir le droit de déterminer quelles sont ses limites corporelles. A chaque individu sa perception, rien de plus compréhensible. Ainsi, exiger que les autres modifient leur rapport avec leur propre corps selon nos représentations personnelles et ethnocentristes témoigne d’une fermeture d’esprit des plus inquiétantes. De ce fait, imposer à quelqu’un de se couvrir OU de se découvrir, revient strictement au même sur l’échelle d’évaluation de la bêtise humaine.

Un modèle de femme musulmane indépendante, forte, libre

Rien de mieux pour comprendre la place de la femme dans l’Islam que de se référer directement, selon les textes religieux, à celle qui est surnommée « mère des croyants» et première personne au monde à avoir embrassé l’Islam, Khadija.

Khadija était une femme d’affaires, de pouvoir et de grande renommée. Patronne d’un grand commerce, elle embaucha Mohamed (« Mahomet ») en tant qu’employé. Touchée par son comportement juste et ses valeurs, elle prit les devants pour le demander en mariage.           Elle avait effectivement un fort caractère et était entreprenante. D’ailleurs, elle avait quinze années de plus que lui et n’en était pas à son premier mariage. Lui, en revanche, en était à sa toute première expérience amoureuse.

Tout au long de leur vie conjugale, Khadija conserva son statut de propriétaire et de gérante de son commerce et cela n’a guère posé de problème à Mohamed qui n’eut aucune réticence machiste à rester son employé. Il ne prenait pas de décision sans se fier à son épouse, car son avis comptait à tel point que si elle ne lui avait pas assuré qu’elle était convaincue de son éligibilité à la prophétie, il n’y aurait pas cru lui-même.

Ce que l’Islam a voulu comme modèle de femme musulmane est celui d’une personne indépendante, forte et libre.

Un homme athée peut aussi bien être misogyne

Alors pourquoi des oppressions existent bel et bien ?

Premièrement, je ne prétends pas que tous les musulmans sont irréprochables dans leur rapport avec les femmes. En tant qu’êtres humains, certains peuvent effectivement faire preuve d’injustice. De ce fait, un homme athée peut aussi bien être misogyne. Un homme croyant et un homme athée tenteront seulement de justifier leur misogynie différemment. L’un en déformant certains principes religieux en sa faveur, l’autre en se basant sur des études pseudo-scientifiques sur les différences d’aptitudes mentales hommes/femmes par exemple.

Deuxièmement, les tendances machistes de certains musulmans ne sont que la preuve flagrante d’une totale ignorance de l’essence même de l’Islam. Même s’ils semblent parfois mener une application rigoureuse des cultes de cette religion (jeûne, prières, etc.), ils ne l’ont, manifestement, pas étudié en profondeur. Par conséquent, ils ignorent sa belle et pacifiste philosophie de vie.

Enfin, il ne faut pas confondre culture et religion. Certaines cultures sont patriarcales et avec ou sans l’Islam, cela n’est pas prêt de changer. Alors pour essayer d’allier les deux, on a souvent tendance à ajuster (maladroitement) des concepts religieux à la culture en question ce qui mène à d’innombrables confusions.

Le voile, une obligation ? Qu’importe !

Que le « voile » soit une obligation  ou pas, cela ne devrait être utilisé ni dans l’argumentation des personnes voulant l’imposer aux femmes, ni de celles voulant leur interdire. Et puis, parler d’obligation en matière de religion est, d’une certaine façon, assez discutable. Une religion se choisit. Dans l’Islam, il n’y a pas une personne à qui Dieu aurait officiellement attribué le rôle d’inspecteur des pratiques religieuses des autres et qui aurait le droit de leur taper sur les doigts s’ils n’appliquaient pas correctement  tel ou tel principe. De ce fait, en tant que musulmane « pratiquante », je ne me suis jamais sentie contrainte à quoi que ce soit et ce, même vis-à-vis des prescriptions telles que le jeûne, les prières, le fait de couvrir son corps, etc. Aucun sentiment de contrainte, que des choix basés sur la réflexion et la méditation ; voici les idées phares du Coran.

Pour conclure, le « voile » est une manière de s’approprier/réapproprier son corps. Notre corps n’appartient qu’à nous, nul n’y a son mot à dire et c’est pour cela qu’on prend le soin de décider à qui on veut le dévoiler ou pas (oui, j’aime les jeux de mots). Et cette démarche intellectuelle et spirituelle, écarte les notions mêmes d’asservissement ou de passivité auxquelles on a associé, à tort et à travers, beaucoup de femmes musulmanes.

 

PS : J’ai placé le mot « voile » entre guillemets tout au long de ce texte car il n’existe pas UN voile. La conviction consiste à se couvrir et ce, peu importe la façon ou le style adopté : bonnet, chapeau, tissus traditionnels d’une culture précise ou style rock, qu’importe. De ce fait, réduire un large principe à une chose précise est une fermeture d’esprit et surtout, une façon de mieux pouvoir la pointer du doigt.

 

Sarah, 22 ans, étudiante en Psychologie et Volontaire en Service Civique, Val de Marne

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4 RÉACTIONS
  • Ayemuos 19 mai 2016

    Salamu aleykum chère Sarah, je trouve ton texte bien réfléchis et très médité (:p ) et je te remercie pour ta démarche et pour ton article! Tu as écris ici le ressenti et les pensées de beaucoup d’entre nous. Et malheureusement il n’y a dans tes paroles aucun mensonge, que des vérités désolantes.
    Encore merci pour ton texte, que la force soit avec nous ;p

    • Sarah H
      Sarah H 19 mai 2016

      Aleykom salam, merci beaucoup pour ton commentaire et pour ton appui. Je suis ravie d’avoir pu dire ce que beaucoup pensent 🙂

  • Charles 20 mai 2016

    Bravo !!

    Les pseudo-intellectuels peuvent aller se rhabiller !! (je te dédie ce jeu de mot 🙂 )

    Citoyennement et amicalement,

    Charles Myshkin

    • Sarah H
      Sarah H 21 mai 2016

      Excellent Charles! Merci beaucoup 🙂

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