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Nelli L.4 juin 2019

Le savoir m’ouvre des portes.

Adolescente, j’ai dû apprendre toute seule à lire

Après avoir fait l’école à la maison toute mon enfance avec ma mère, j'ai réalisé un jour que je ne savais pas vraiment lire...

Par Nelli L.4 juin 2019

Je suis née à Liège, en Belgique, mais j’ai grandi à Paris. J’ai appris à lire tard, je ne savais pas lire étant petite. Ma mère ne voulait pas que j’aille à l’école, parce qu’il y avait des garçons : elle n’aimait pas que les garçons et les filles soient mélangés. Alors elle voulait que j’apprenne avec elle. Elle a acheté des livres scolaires : français, maths, histoire-géo… Mais c’était surtout à l’oral. Elle a un peu essayé de m’apprendre la lecture, mais peut-être que la façon dont elle le faisait ne m’allait pas trop, parce qu’avant 10 ans, j’avais pas trop envie.

Selon l’INSEE, l’illetrisme concerne 2,5 millions de Français dont 65 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire avec de sérieuses difficultés de lecture !  A lire dans Le Point : « Notre système scolaire programme l’illettrisme ».

Une fois, j’avais 10-12 ans, j’étais à la bibliothèque et j’étais sur les bornes pour emprunter les livres et une dame qui y travaillait m’a dit d’appuyer pour faire sortir le ticket. Mais comme je ne savais pas lire, j’ai appuyé au hasard, ce n’était pas le bon bouton. Puis la bibliothécaire a appuyé et le ticket est sorti. À ce moment, je me suis senti ignorante, mal à l’aise, j’aurais voulu savoir lire. Ma mère est quand même restée sur ses opinions personnelles par rapport à  l’école et aux garçons. Moi, à des moments, j’avais envie d’aller à l’école, mais elle, elle ne voulait pas.

J’ai appris à lire grâce à des chansons

Le temps est passé et j’ai appris à lire. Vers 13-14 ans, je savais déjà à peu près les lettres de l’alphabet. Je me suis cultivée avec des chansons ou des livres écrits en grosses lettres pour me faciliter la lecture. Un jour, il y a eu un signalement à l’ASE [aide sociale à l’enfance] et j’ai été envoyée en foyer d’urgence, puis en famille d’accueil. Comme l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans, l’ASE m’a inscrite en classe relais pour trouver mon niveau. Mais j’avais déjà appris à lire seule avant d’aller en foyer !

Mehdi, c’est le piano qu’il a appris seul. Totalement autodidacte, il s’entraîne jour et nuit avec des tutos sur Internet pour prof. « Dans ma cité, on ne fait pas de piano, alors j’ai appris sur internet »

Après les classes relais, je suis arrivée cette année en SEGPA, en quatrième. Je continue à voir ma mère toutes les semaines à peu près. Au fil du temps, je lui ai dit que j’aimais l’école, que je pouvais m’y faire des amis. Alors elle m’encourage à continuer.

Les livres, ça me prépare à la vie

Apprendre à lire m’a aussi aidée à écrire mes propres histoires et à savoir des choses. À être fière de savoir et de répondre quand un groupe de gens parle d’un thème quelconque. Les livres, c’est important. Ça m’ouvre des portes dans tout, ça me cultive, et ça me prépare à la vie. Je peux y apprendre des choses qui me touchent, me font rire, me font pleurer, me mettent dans l’empathie. Et quand j’écris, quand je parle de ce que j’ai vécu tel jour, c’est comme regarder une photo, ça me rappelle des souvenirs.

 

Nelli, 16 ans, collégienne, Le Blanc-Mesnil

Crédit photo GIPHY // Rosanna Pansino

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1 réaction

  1. pk ta mère elle voulait pas que tu ailles à l’école ?