Assitan D.

Assitan D.16 avril 2019

Future diplômée d’un Master d’Ecole de Commerce, Assitan souhaite se détourner du chemin tout tracé qui s’offre à elle et s’investir personnellement et professionnellement dans le développement durable. Issue de la génération Y, aussi appelée Millenials ou Paumés, elle tient aujourd’hui un blog dédié au développement personnel et à la création d’un mode de vie plus éco-responsable.

L’école de commerce, une formation qui formate !

Étudiante en école de commerce, j'ai réalisé au fil des années qu'un formatage des étudiants y était à l'oeuvre. Grande école, petit problème ?

Par Assitan D.16 avril 2019

Si tout va bien, je serai diplômée d’école de commerce en juillet après avoir passé quatre années rocambolesques. Ma première année fut incroyable. Je me suis abandonnée dans la culture de l’école et j’ai adopté son mode de pensée : alcool, soirées, profiter, ne pas étudier. Après deux ans d’internat et de prépa, j’ai découvert une nouvelle vie étudiante. Excitante. Nos aînés nous poussaient en ce sens : nous lâcher et nous intégrer dans la promo en participant à tous les événements proposés.

À ce moment-là, l’école représentait pour moi, comme pour tous les autres, ce par quoi l’on se définissait en premier. Les chants, les vêtements, les amis et les activités : tout était lié d’une façon ou d’une autre à l’école. Alors oui, les associations du campus sont variées : tous les sports sont proposés, on a un club de littérature, de cinéma, de couture, de danse, d’écriture, et d’autres. Mais on se laissait plutôt « intégrer » et on s’investissait dans les associations populaires, celles les plus liées à la promo. Le sport par exemple permet de défendre l’école lors de compétitions inter-établissements, le BDE [bureau des étudiants] permet d’être en première ligne lorsqu’il s’agit d’événements sociaux. Le club de littérature ? Aucun intérêt même si j’adorais lire avant d’arriver.

Les années d’école sont présentées par les anciens étudiants, les profs et nos parents comme les meilleures années dans une vie. Alors on ne veut surtout pas passer à côté. Pour être sûre de bien faire, je me suis jetée à corps perdu dans cette expérience hors du commun. Et puis je me suis découvert une nouvelle famille avec qui je partageais cette envie de profiter et de m’amuser.

J’ai réalisé à quel point j’avais été dans une bulle

Puis je suis sortie de ce milieu pour effectuer mon premier stage. Et j’ai réalisé que les mois que je venais de passer étaient à part. De septembre 2015 à mai 2016, j’avais vécu dans un microcosme. Nous avions tous les mêmes cours, plus ou moins les mêmes intérêts et le même mode de vie. Notre vie tournait autour de l’école, des soirées, de nos associations, des événements et de nos cours insipides. Mais la vraie vie, ce n’était pas ça. En start-up, j’ai découvert la vie et le quotidien des jeunes actifs qui m’étaient inconnus. Ils avaient chacun leur personnalité, leurs hobbies, activités, sorties, et, surprenant, aucune réflexion identitaire ni aucun besoin de se revendiquer de telle ou telle formation.

Ce témoignage a été écrit en partenariat avec Paumé.e.s., une communauté makesense de personnes en recherche de sens sur leur parcours professionnel, qui se retrouvent via un podcastFacebook ou des rencontres sur les thèmes « Paumé.e.s dans mes contradictions », « Travailler moins pour vivre plus ». Pour se tenir informé.e.s : bit.ly/paumées

En passant du temps avec eux et en apprenant à vivre à Paris en tant qu’active, j’ai réalisé à quel point j’avais été dans une bulle. Une bulle détachée de la vie réelle comprenant quelques centaines de personnes côtoyées quotidiennement. Toujours les mêmes endroits, la même ville, les mêmes sorties et les mêmes façons de se comporter. J’ai bien réfléchi pendant ces trois mois de stage et j’étais déterminée à revenir changée. L’esprit « école » me repoussait, je le trouvais plutôt ridicule ; un mécanisme m’ayant ramolli le cerveau.

Ce qu’on nous enseigne à l’école : de l’hypocrisie pure !

Je suis rentrée en deuxième année, certains avaient eu la même réflexion que moi. D’autres non. On voyait bien la différence : certains, comme moi, n’avaient aucune envie de retourner en Open Bar et en événements associatifs, d’autres se réadaptaient très facilement au moule. Sans pour autant créer des clans, cela a créé de nouvelles soirées, plus « chill » comparées aux soirées de « sauvages » de l’année précédente.

Durant cette année, j’ai eu l’impression d’atteindre un certain équilibre. Je n’avais plus seulement l’école dans ma vie mais d’autres événements, un groupe d’amis consolidé et de nouvelles préoccupations sur mon futur. C’était agréable : j’avais le sentiment d’avoir évolué et appris sur moi-même. Ce sentiment s’est encore plus exacerbé lorsque je voyais les nouveaux « première année » agir comme je l’avais fait moi-même un an auparavant. Cela m’a convaincue que l’école exerçait un véritable formatage sur ses étudiants. Ces étudiants reproduisaient au geste près les comportements et discours que j’avais pu tenir l’année passée.

Henry Tran est étudiant en école de commerce et tient avec son frère la chaîne Youtube Le Rire Jaune. Dans sa vidéo “Les écoles de commerce”, il détaille son programme de la semaine : marketing ou la maîtrise du vent, soirée Alice au pays des bouteilles, et apprentissage du franglais !

Ma dernière année est arrivée. À ce moment-là, j’ai terminé de remettre en question ce système et me suis de plus en plus interrogée sur mon avenir. D’un côté nous avions des cours de responsabilité sociétale et environnementale des entreprises, mais de l’autre, nous étions incités à travailler pour de grands industriels négligeant ces responsabilités. De l’hypocrisie pure. Et puis l’intervention en amphi de consultants d’un grand cabinet m’a fait comprendre que le formatage n’existait pas qu’en école. Ces consultants étaient un bel exemple de cadres dynamiques passionnés par l’audit et leur Rolex. Il sortaient tous d’une école comme la mienne !

C’était pourtant ce même parcours et ces métiers qui m’attiraient lorsque j’étais en première année, mais maintenant que j’avais vu l’envers du décor, il en était hors de question. Je n’avais aucunement envie de côtoyer ce genre de personnages au quotidien détestable. En rentrant dans une de ces entreprises, j’étais assurée de retourner dans une bulle, un microcosme très similaire à celui de l’école car j’y retrouverai toute la population que je méprisais dans ma promo ; les « petits moutons d’école » qui ne se posaient aucune question et partaient travailler dans l’agro-alimentaire ou les Big Four sans remettre en question l’éthique de ces acteurs économiques.

Paumée, mais bien entourée

L’école m’a paumée : tout ce que j’idéalisais en première année (être la star de la vie associative du campus, poursuivre une brillante carrière en consulting et bosser pour les géants de différentes industries) a été détruit au fur et à mesure de mon parcours. Durant cette dernière année, j’ai rejoint la communauté Makesense des Paumé.e.s sur les réseaux sociaux et je fréquente des personnes de mon école ayant eu le même cheminement que moi. Nous échangeons sur nos parcours, le sens qu’on leur donne et comment nous souhaitons évoluer en mettant à profit notre enseignement pour changer les choses. Nous nous aidons à nous trouver et c’est agréable de voir que nous sommes nombreux à penser de cette façon.

#Voixdorientation – Cet article est à retrouver dans notre rubrique sur Le Monde Campus ! Chaque lundi, un parcours d’orientation ! Auxence, son échec au concours d’école de commerce, ça l’a aidé à se réorienter !

Je ne sais pas encore ce que je veux faire de mon avenir et je me perds encore parfois un peu. Mais je sais ce que je ne veux pas. Surtout, je sais maintenant mettre le holà lorsque je sens le formatage pointer le bout de son nez. Un peu moins paumée dans ma vie qu’il y a trois, quatre ans : cette expérience m’a permis de comprendre qui je suis au fond et ce que je veux vraiment !

 

Assitan , 22 ans, étudiante, Nantes

© Wild Bunch Distribution // La Crème de la Crème de Kim Chapiron (film, 2013) 

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