Pauline

Pauline12 juillet 2018

L'école a toujours été difficile pour moi, mais je me suis accrochée et maintenant j'aime ce que je fais.

En bac pro, je suis la seule fille dans une classe de garçons

Passée d'une pension catholique où elle n'était qu'avec des filles à une classe de lycée pro composé exclusivement de garçons, Hermine expérimente la dure réalité des univers hyper genrés.

Par Pauline12 juillet 2018

Je suis en bac pro menuiserie dans un lycée professionnel à Paris et je suis la seule fille dans une classe de garçons. Ça me change. Entre mes 11 à 15 ans, j’ai vécu dans une pension catholique dans le Nord-Pas-de-Calais. On était qu’entre filles et nous étions toutes très solidaires. Mais là, avec les garçons, les blagues et les bagarres sont incessantes. Souvent, je ne comprends pas leur façon de s’exprimer. À moi, il faut me dire les choses « brut de pomme », ne pas faire de sous-entendus. Et eux, passent leur temps à ça.

Avant, en cours, quand une fille ne comprenait pas quelque chose, on allait lui expliquer. Maintenant, quand je prends soin d’aller expliquer quelque chose aux garçons, ils me disent : « Arrête de faire la prof !  ». Si je dis quelque chose et qu’un garçon approuve, c’est comme s’il avait commis un crime vis-à-vis des autres.

Lorsque je dis que je suis en bac pro menuiserie, c’est automatique, les gens me demandent : « Ça va, ce n’est pas trop dur, les garçons sont gentils ? ». Alors je réponds qu’ils sont drôles, mais pas assez sérieux. Avant, j’étais obligée de lire au moins deux heures par semaine. J’y avais même pris goût. Je lisais tous les jours, même pendant les cours. Mais pour les garçons, ce sont « les intellos » qui lisent. J’essaye de ne pas faire attention à ce qu’ils disent à ce sujet.

Leur seul sujet de conversation : les filles et leur anatomie

Dans mon ancienne école de filles, il y avait des concours dans toutes les matières générales et en sport. Cela permettait de nous dépasser. Nous étions toutes motivées les unes par les autres. Comme on dit : « L’union fait la force ». Cela permettait d’être soudées.

Maintenant, je fais toujours des concours (le Prix Litt’Europa ou le Concours National de la Résistance et de la Déportation par exemple), mais seulement avec ma professeure de français. Les garçons, eux, n’y voient pas l’intérêt. 

En pension catholique, toutes les semaines, en classe de Quatrième et de Troisième, nous avions une heure de discussion libre appelée « TeenStar ». Ça nous permettait de débattre de tous les sujets, particulièrement des garçons et de la vie, et de poser toutes les questions que l’on voulait. Il n’y avait pas de tabou lorsque nous parlions de ne pas coucher avant le mariage. Nous étions toutes d’accord.

Pourtant, pour les garçons de l’école, cette idée semble bizarre. Pour eux, cela n’existe plus. Leurs seuls sujets de conversation : les filles et leur anatomie. Ils en parlent en long, en large et en travers, durant les pauses, les cours, même dans la rue… Cela peut m’amuser de temps en temps, mais une chose est sûre, c’est que je ne veux pas m’y habituer.

 

Pauline, 16 ans, lycéenne, Versailles

Crédit GIF Giphy // © Rebecca Hendin

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1 réaction

  1. Je pense que s’ils disent “arrête de faire la prof” ce n’est pas seulement une question fille/garçon, c’est aussi une question de milieu social. Je m’y connais peu, et je vais peut-être tomber à pieds joins dans un énorme stéréotype, mais il me semble quand même que le milieu socio-économique d’élèves d’une institution catho est plutôt dans les classes moyenne-supérieures et supérieures et que les classes socio-économiques d’un bac pro sont plus basses. Après bien sûr vient aussi la manière dont on éduque les filles et les garçons, les filles sont censées être plus studieuses… et vient enfin le contexte, seule fille dans une classe de garçon c’est l’élément perturbateur. Cependant je pense que c’est avant tout une question de milieu social et d’éducation plutôt que de fille/garçon.