Djamel Y.

Djamel Y.17 mai 2019

« C’était la première fois que j’allais passer du réel au virtuel. J’avais peur, j’avais des papillons dans le ventre et le cœur qui bat à toute allure. Et si le feeling ne passait pas comme derrière l’écran ? »

Étudiant algérien en France, malgré les galères une expérience incroyable

Djamel a quitté l'Algérie pour étudier en France. Malgré les lourdeurs administratives et la difficulté à se faire des amis, il retient surtout de son expérience la satisfaction de découvrir un nouveau pays et des conditions optimales d'études.

Par Djamel Y.17 mai 2019

Pour avoir la chance d’être admis dans une faculté française, j’ai rempli un dossier via Campus France Algérie. Pour ceux qui ne connaissent pas, Campus France est un service de l’ambassade de France en Algérie dédié aux étudiants algériens ou étrangers résidant en Algérie qui souhaitent poursuivre leurs études supérieures en France. J’ai été bien encadré et guidé par les conseillers, mais aussi par les informations très utiles disponibles sur le site officiel de Campus France. J’ai soumis un dossier complet, mais la procédure et la préparation des études à l’étranger étaient fort stressantes. Entre la complexité des démarches et leur coût, il fallait jongler entre le boulot d’un côté et ces fameuses « démarches » de l’autre. Rédaction des lettres de motivation, préparation des dossiers d’admission, présence aux entretiens, etc. Entre les frais de traduction, ceux du test de langue, du traitement de dossier et ceux du visa, il faut compter entre 200 et 300 euros. Sans aucune garantie d’acceptation. Il se peut donc que malgré tous ces efforts et tout ce temps passé à monter le dossier et à payer les frais qui s’y rattachent, notre demande se voit refusée par les différents services administratifs (Campus France, université ou VISA).

Un voyage en terre inconnue

Le départ a été pour moi l’étape la plus dure du parcours. Ce n’est jamais facile de quitter les siens, son pays et ses repères. Après avoir préparé mes valises, étreint tout le monde et pleuré un bon coup, j’ai pris l’avion à l’aéroport d’Alger. Que l’aventure commence !

Arrivé à Paris (c’était la toute première fois), j’ai été charmé par l’architecture de la ville. Un peu moins par son climat, mais la chaleur de ses habitants compensait. J’ai découvert une culture nouvelle, des gens vraiment intéressants. Je me retrouvais dans un environnement inhabituel et devais développer un réseau social. Cela m’a demandé de l’organisation, de la bonne foi, de la force et de l’endurance mentale.

Depuis la rentrée 2018, le gouvernement prévoit d’augmenter les frais d’inscriptions des étudiants étrangers hors Union Européenne. Malgré les nombreuses mobilisations d’étudiants français, c’est désormais chose faite : la mesure sera appliquée dès la rentrée 2019. Une inscription coûtera en moyenne 16 fois plus pour un étudiant extracommunautaire.

Dès mon arrivée, j’ai dû faire face à une difficulté, et non des moindres, qui est celle du logement. Le processus d’inscription est jalonné d’étapes qui prennent du temps et il faut donc se loger en attendant de finaliser toutes les procédures. Et la crise du logement sur Paris augmente la difficulté. Se loger coûte très cher et n’ayant pas tous les papiers m’autorisant à travailler sur le sol français ou à demander des aides, j’ai donc dû faire appel à ma cousine vivant en banlieue parisienne pour m’héberger. Les étudiants étrangers doivent redoubler d’efforts et venir avec de l’argent leur permettant de tenir jusqu’à la finalisation de tout leur dossier, ce qui peut durer tout de même quatre mois entre sécurité sociale et carte de séjour. En fonction des préfectures.

Ensuite, c’était la galère bureaucratique pour les inscriptions pédagogiques à l’université d’accueil, Paris Nanterre. Je n’avais aucune information sur les démarches administratives ou l’obtention du titre de séjour étudiant. Il fallait constituer un dossier à l’appui d’un justificatif financier d’un minimum de 5000 euros par an. Les préfectures sont exigeantes et très lentes dans le traitement des dossiers. Les étudiants étrangers doivent redoubler d’efforts et venir avec de l’argent leur permettant de tenir jusqu’à la finalisation de tout leur dossier, ce qui peut durer tout de même quatre mois, entre sécurité sociale et carte de séjour. Mes premiers mois en France se sont résumés à des procédures administratives ennuyantes.

Un système universitaire très différent de celui de mon pays

Mon choix s’est porté sur la France qui possède un système d’enseignement supérieur d’une grande renommée et reconnu pour ses programmes. C’est très différents de l’enseignement de mon pays qui manque beaucoup de qualités et pas  seulement théoriques ! J’étais donc très motivé pour réaliser mon projet d’étude ici, convaincu que la formation en France me garantira une brillante carrière.

J’ai commencé les cours début octobre à Paris Nanterre pour la formation DU savoir convaincre. J’ai notamment choisi cette formation pour développer mes capacités d’argumentation et de persuasion. Au début,  j’étais un peu perdu, mais toutes les conditions étaient remplies pour bien étudier : des salles équipées, des bibliothèques modernes, des profs très compréhensifs avec les étudiants étrangers… Je passais toute la journée à la fac pour rattraper les cours perdus, à cause du retard de visa.

Par contre, trouver des étudiants français pour établir des relations amicales, c’était difficile. La vie dans les grandes villes est accélérée et les rencontres sont différentes. Je ne parlais pas couramment le français alors j’ai dû m’approcher des gens en utilisant des moyens différents : des gestes, la mimique, un sourire, du charme… Bref, tout ça doit être mélangé afin de se faire bien comprendre.

Anna-Luisa est Colombienne. Faire ses études en France ? Un vrai kiff pour elle : des cours passionnants, des profs ouverts. Par contre pour trouver du boulot, c’est une autre affaire… Étudiante étrangère, diplômée, on me dit de bouger

Il faut être organisé, responsable, réfléchi pour ne pas succomber au stress de la vie quotidienne. Et surtout, bien gérer son budget. S’internationaliser, se former, dépasser ce qu’on croit être nos limites et s’ouvrir à autrui, c’est indéniablement l’expérience la plus enrichissante à vivre.

 

Djamel, 27 ans, étudiant, Nanterre

Crédit photo Unsplash // CC Alexey Soucho

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