Lucas D.

Lucas D.15 juillet 2018

Je suis en seconde menuiserie, je fais du hockey sur glace et de la musculation. Plus tard, je serai militaire dans l'armée de terre.

Manuel ou intellectuel pourquoi choisir ?

Malgré la mauvaise réputation des filières pros, Lucas a choisi de suivre sa passion, de travailler le bois. Et ce n'est pas pour autant qu'il arrêtera d'être "intellectuel" !

Par Lucas D.15 juillet 2018

Comme à tous les ados, on m’a demandé un jour de faire un choix, celui qui se résume à savoir ce que je veux faire de ma vie. Pour m’aider à prendre cette décision on m’a souvent posé une question : « Tu es plutôt manuel ou intellectuel ? ». La première fois, que j’ai entendu ça, c’était quand j’ai demandé à redoubler, en Quatrième. Je trouve cette question absurde !

La plupart des jeunes répondront intellectuel, car ils ne veulent pas risquer d’être mis dans la case « gros bras sans cerveau ». Depuis notre plus jeune âge, on évolue dans un milieu scolaire basé sur des travaux intellectuels. Et non pas manuels. Souvent, le travail manuel se résume à une heure par semaine d’arts plastiques et avec un prof qui parle « histoire de l’art » plutôt que « faire de l’art ».

Moi, j’ai préféré répondre « manuel », suivre ma passion pour la création et le travail du bois en quittant donc la voie intellectuelle, idéalisée par tout le monde. Quitte à passer aux yeux de certains pour « un gros bras sans cerveau ».

Je suis un “manulectuel”

Mon avantage c’est que ma famille m’a beaucoup soutenu dans mon projet. Mes parents sont tous les deux issus de filières professionnelles et ça ne les a jamais empêchés de réussir dans la vie ! Alors j’ai voulu être comme eux, faire ce que j’aime et être heureux. En commençant une filière bac pro menuiserie au lycée Saint-Nicolas, à Paris, cette année, j’ai eu quelques surprises, des bonnes mais aussi des mauvaises…

Certains regards ont changé, des phrases et des lapsus de certains de mes anciens camarades m’ont inquiété. Le mois dernier, en passant devant mon ancienne école à  Meudon, des amis m’ont demandé pourquoi j’avais arrêté l’école ? Sérieusement ? « Arrêté l’école » ?! Après avoir tenté pendant vingt minutes de leur faire comprendre que je n’avais en aucun cas « arrêté l’école », j’ai tenté de leur expliquer ce que je faisais. Sans réaction de leur part si ce n’est des yeux levés au ciel et des « oui, bon, c’est presque pareil », j’ai préféré leur dire que c’était pour ne plus voir leurs têtes d’abrutis bloqués dans leur monde et aveugles à ce qui les entoure.

Depuis, on ne se parle plus. D’autres amis ont carrément arrêté de me parler du jour au lendemain, sans raison particulière. Je ne dois plus être assez intellectuel pour les fréquenter.

Malgré tout, je le vis bien. Tout ça reste futile, car j’ai fait un choix : mon choix ! J’ai choisi d’être les deux, un « manulectuel », une sorte d’ambidextre du parcours scolaire. Car avant de faire un meuble, j’aurai toujours besoin de créer un plan et pour cela, être manuel ne suffit pas.

Alors certes, ça ne plaît pas à tout le monde, mais ce n’est pas grave, car cette position me convient parfaitement. Depuis cette décision, je n’ai jamais eu de regrets. J’ai rencontré des gens vrais, qui me comprennent et qui ne sont pas coincés dans le cocon que la filière générale peut apporter. J’aime les gens avec qui je travaille, j’aime ce que je fais, je vais au lycée en courant et je repars en marchant, je suis heureux ! Et ça, ça n’a pas de prix.

 

Lucas, 16 ans, lycéen, Meudon-la-forêt

Crédit photo Adobe Stock // © Syda Productions

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