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Mohamed S.29 février 2020

Margaux Dzuilka

Exclu du collège, ça m’a calmé

Après avoir fait trop de conneries dans mon collège, j'ai été exclu. Aujourd'hui, j'ai grandi et j'ai compris la leçon. C'était pas plus mal !

Par Mohamed S.29 février 2020

« Mohamed, vous êtes exclu définitivement du collège Pierre Mendès France ! » C’était au mois de mars, et j’étais en cinquième. Quelques jours avant, j’étais avec mes potes dans le couloir, on avait permanence et j’ai pissé sur la porte d’une salle, je sais même pas pourquoi.

En cours de maths, il y a un surveillant qui est venu me chercher. Je pensais que c’était encore la CPE qui m’avait convoqué. C’était presque devenue mon amie tellement j’étais tout le temps dans son bureau. Mais cette fois, c’était la principale adjointe et elle, c’est une sorcière.

Mon pote qui était aussi convoqué m’a dit : « T’es convoqué parce que t’as pissé sur la porte. » Après il m’a dit : « Nie pas, nie pas, nie pas. » Mais j’ai nié, et j’ai dit que j’avais pas fait pipi sur la porte.

J’ai enchaîné les conseils de discipline

Le conseil de discipline a eu lieu trois jours avant l’anniversaire de mes 13 ans. Ça s’est très mal passé, j’ai pris la plus grande  sanction. Je ne pensais pas que j’allais être viré définitivement. Je pensais qu’ils allaient m’exclure une semaine et qu’ils allaient m’envoyer à l’accueil Réussite Educative de Pelleport. En gros, c’est un centre pour les collégiens qui ont des problèmes, où ils nous remettent dans le droit chemin et nous expliquent que ce n’est pas bien ce qu’on fait.

Ce jour-là, j’ai ressenti de la colère et de la tristesse car j’allais quitter tous mes copains. C’était la deuxième fois que je passais en conseil de discipline. J’avais déjà eu cette sanction en sixième, mais temporairement. Je crois que j’avais frappé quelqu’un avec ma raquette en cours de badminton. La prof m’avait crié dessus, une fille avait rigolé sur moi et m’avait montré du doigt. Je m’étais levé, énervé, et j’avais frappé avec ma raquette, mais elle aussi. J’ai encore une cicatrice.

À Saint-Denis, l’association Artis Multimedia accueille les jeunes exclus temporairement de leur collège. Ils y bénéficient d’un accompagnement pour réfléchir, ensemble, aux causes de leur exclusion et trouver des solutions.

Après mon exclusion définitive, ma mère et la CPE ont décidé de m’envoyer au collège Françoise Seligmann dans le dixième pour que j’aie de meilleures notes. Avant, je n’avais pas la moyenne. Là-bas, c’était un bon collège, tout le monde travaillait et du coup j’ai arrêté les conneries. J’avais plus de problèmes de comportement avec les profs, juste du bavardage.

Avant, je partais à l’école pour jouer, pas pour apprendre ! Je n’écoutais jamais ce que ma mère me disait. Je faisais semblant d’écouter, mais en vrai je m’en foutais. Y a juste quand elle me menaçait de m’envoyer en Afrique pour faire mes études qu’elle me faisait peur.

L’exclusion, une opportunité

Avec l’âge, j’ai compris pourquoi j’avais été viré. J’ai compris que c’était des trucs de gamins de pisser sur les portes. Aujourd’hui, je vois l’exclusion comme une opportunité. Si j’étais resté au collège Pierre Mendès France, je ne sais pas si je serais encore à l’école !  Avec ma bande de potes, on faisait vraiment n’importe quoi. On séchait tous les jours les cours, on répondait aux profs, on ne prenait pas nos cours. C’est sûr, je pense que ma mère m’aurait renvoyé au Sénégal.

Maintenant, je suis plus assidu… même si j’ai toujours trop d’absences. Je suis toujours insolent mais je parle plus calmement, je suis moins violent. Avant, je me battais partout. J’avais pas de limites, même quand j’étais exclu de cours ! Par exemple, je descendais à la vie scolaire et je remontais juste pour ouvrir la porte et redéranger le cours exprès. Maintenant quand un prof me dit stop, c’est bon, j’arrête.

Devoir gérer des comportements difficiles de la part des élèves, c’est le boulot quotidien des profs. Sophie est prof depuis un an, et elle a l’impression d’être éduc spé.

Je pense que cette sanction, c’était la meilleure décision parce que maintenant je suis au lycée, pas chez moi ou dehors, et j’ai eu mon brevet. J’ai eu 400, pile ! C’est la moyenne au brevet. Je suis le premier de mes frères et sœurs à l’avoir eu,  mes parents étaient contents.

C’est bizarre mais c’est en ayant reçu cette sanction que j’ai compris que l’école, c’est important dans la vie. Je n’ai pas envie de continuer après le lycée, mais je veux avoir mon bac pour pas rester dans la rue, ouvrir ma boutique de vêtements et gagner mon argent légalement.

 

Mohamed, 15 ans, lycéen, Paris

Crédit photo Unsplash // CC Jesús Rodríguez 

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