Mina20 février 2019

Je suis lycéenne et passionnée d’histoire, d’art et de développement personnel.

Comment j’ai découvert que je suis transgenre

Mina est née garçon et a toujours été assignée comme tel. Mais aujourd’hui lycéenne, elle se considère fille et s’interroge sur le recours à la chirurgie pour transformer son corps.

Par Mina20 février 2019

Je ne sais pas si je vais écrire ce texte au féminin ou au masculin. Je suis transgenre, même si je n’en ai pas toujours eu conscience. Pour moi, être une femme, c’est me lever à six heures du matin pour épiler mes jambes, ma barbe, ma moustache et mettre une jupe en espérant qu’on me parle au féminin.

Depuis la maternelle, je m’identifie à des personnages féminins. Qu’il s’agisse de personnages de jeux vidéo, de livres ou de dessins animés. Lorsque je jouais avec les autres enfants, je jouais avec des filles. Lorsque je jouais seule, le personnage que j’inventais étaient féminin. Je me déguisais même parfois en princesse. Ça me semblait juste plus désirable d’être une fille. Ce n’est que depuis la première S que je parle de moi au féminin, mais au fond de moi, je sais depuis toute petite je suis une fille.

J’étais une « fille manquée »

C’est au CE1 que j’ai eu un premier déclic, grâce à une fille que tout le monde, même les adultes, appelait « un vrai garçon manqué ». Ce n’était pas dit sur un ton méprisant. Manon était un « garçon manqué ». C’était quelque chose que tout le monde savait et disait. Alors, pour moi, c’était évident, j’étais une « fille manquée ». Je l’ai dit à quelqu’un au centre de loisirs et tout le monde s’est retourné. Grand silence. « Ça n’existe pas », a lâché une voix. À ce moment-là, j’ai relégué l’idée de « fille manquée » dans un coin de ma tête. Ça a duré jusqu’à la fin du collège.

En quatrième, j’ai découvert que j’aimais les garçons, et surtout que ce n’était pas vu comme « normal ». Je l’ai réalisé grâce à une amie qui était paniquée et confuse parce qu’elle était tombée amoureuse d’une amie qu’on avait en commun. Pour moi, si les hommes et les femmes se mariaient ensemble, c’était pour avoir des enfants, pas parce qu’il était interdit de faire autrement. Après le brevet, pendant les vacances d’été avant la seconde, je suis sorti avec un garçon rencontré sur Internet. Je n’avais pas spécialement cherché à rencontrer quelqu’un. Il était plus âgé, il habitait à Nancy. C’était la première fois que j’étais avec quelqu’un. Avant de sortir ensemble, on ne s’était jamais rencontrés physiquement, dans la « vraie vie », on s’était juste envoyé des messages. Après, on s’est vraiment rencontrés.

« Tu vas comprendre que c’est mon mec ? »

C’est cet été là que j’ai parlé à ma sœur du fait que j’aimais les garçons. Elle l’a très bien pris. Elle se disait que je faisais ce que je voulais de ma vie. J’en ai parlé à ma mère à la mi-août. Ce n’était pas prévu. Ma mère demandait que je lâche mon ordinateur. Je me suis énervé et j’ai crié : « Quand-est ce que tu va comprendre que c’est mon mec ? » Je lui avais déjà parlé de ce garçon en prétendant que c’était un ami. Elle est alors montée dans ma chambre pour me parler. Elle était surtout inquiète parce qu’il était plus âgé, très loin, et que je l’avais rencontré sur Internet. Le fait qu’il s’agisse d’un garçon était secondaire.

Quand j’en ai parlé à mon père, j’étais en début de seconde. Je n’ai pas trop réfléchi à ce que j’allais lui dire. Ma mère pensait que ce n’était pas une bonne idée de lui dire. Je lui ai expliqué quand j’étais en week-end chez lui. J’ai déclaré : « Papa, je suis avec quelqu’un, et c’est un garçon. » Il était surpris. Mais il ne m’a pas rejeté. Il m’a regardé dans les yeux et m’a rassuré en me disant : « Tu seras toujours mon fils. »

Je suis arrivé au lycée, un endroit ouvert où les gens peuvent exprimer leurs différences. C’est pendant l’année de seconde que j’ai découvert le concept de «genderfluid ». Une personne genderfluid est une personne qui peut, en fonction du moment, se sentir fille, ou garçon. J’ai alors pensé que j’étais concerné. L’idée m’a fait réfléchir.

J’ai décidé de le dire le plus tôt possible

Pendant mon année de première scientifique, j’ai utilisé l’excuse du Carnaval pour porter une jupe au lycée. Je me suis dit que si ça se passait mal je pourrais utiliser le Carnaval comme prétexte. Ça a fonctionné, un peu trop bien peut-être puisqu’à part mes amis qui savaient déjà, tout le monde s’est dit qu’il n’y avait pas d’autres raisons que ce Carnaval. J’ai à nouveau porté cette jupe une ou deux fois au cours de l’année. La première fois, les gens de ma classe ont compris et accepté. La seconde fois, j’ai été insultée par des inconnus dans une supérette. Je n’avais pas envie que ça dégénère alors je n’ai pas répondu. À la fin de l’année, j’ai décidé de redoubler pour passer en première littéraire.

L’été suivant, après plusieurs semaines de questionnement, j’ai enfin trouvé mon genre : je suis une fille. Je suis transgenre. Et je l’ai dit à ma sœur. Quand je suis entrée en première L, j’ai décidé de le dire à ma classe le plus tôt possible. J’ai une classe que je trouve cool et ouverte, d’autant plus que je suis loin d’être la seule transgenre : nous sommes trois dans la classe.

Pour moi, demain est fait de choix et d’incertitudes. Vais-je prendre des hormones ? Vais-je avoir recours à la chirurgie ? Quand le dire à mes parents ? Que faire quand j’aurai quitté le cocon qu’est ma classe actuelle ? Vais-je me cacher à nouveau ou prendre le risque d’être rejetée ? Il y a une chose dont je suis sûre aujourd’hui : il faut en parler. Parler pour que ceux qui pensent être seuls sachent qu’ils ne le sont pas.

 

Mina, 16 ans, lycéen.ne, Illkirch-Graffenstaden (67)

Crédit photo Adobe Stock // © mdbrockmann82

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