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Maes D.28 juin 2019

Entre deux chaises je me situe, j’ai décidé de me placer !

C’est pas le quartier qui me quitte…

C'est moi qui quitte le quartier ! J'en ai conscience : mon quartier m'a forgé, mais m'en échapper est une nécessité.

Par Maes D.28 juin 2019

Je ne vais pas m’inventer des vies à dire que je suis dans la misère, comme si on vivait dans une favela du Brésil, mais nous sommes nés dans des conditions pas très agréables. Venir du quartier est une force mais c’est comme une drogue, c’est à consommer avec modération. Donc, dès petit, j’ai eu l’idée de partir. C’est un signe de réussite pour une personne qui vient de ZEP ou HLM. Je viens du quartier du Val Fourré à Mantes-la-Jolie en région parisienne et je suis ce qu’on appelle un pur produit du quartier rêveur.

Depuis mon plus jeune âge, je parle de mes rêves : quitter le quartier, mettre dans de bonnes conditions mes parents, ma future femme et mes enfants. Je quitterai le quartier pour le foot, la musique ou l’école même si ce n’est pas mon fort. Ce sont les trois portes de sortie pour un gars de cité, et bah moi j’ai misé sur les trois pour avoir le plus de chance pour réussir !

Je fais du foot dans ma ville au FC mantois et j’essaye de monter un média rap avec mes amis. Nous faisons des enregistrements, clips, actu rap, freestyles. Toutes ces activités peuvent m’ouvrir les portes de la célébrité, de la réussite, mais tout ça ne peut pas arriver sans travail. L’école a quand même une certaine place dans ma vie contrairement aux personnes que je fréquente en dehors des cours. Mes amis d’enfance que je connais depuis pas moins de 10 ans ! Moi j’arrive à un âge où je suis à un rond point. Il y a plusieurs voies et on peut faire demi-tour. C’est ce que je crains le plus, le retour…

 

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Decimo x VLG – Black Gogeta 🎥🔥 @zareypizaya @vlg_gang @papy_2k @gxmorra

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2Kmera, c’est le projet que Maes a monté avec son collègue Papy (voir plus bas). À suivre sur Insta !

Revenir au quartier c’est totalement un échec. C’est une chose qui n’est pas acceptable chez nos parents et notre entourage, il faut aller de l’avant. Et par malheur si je reviens au quartier ça va être avec des projets pleins la tête et pour faire de l’argent, mais légalement ! Je veux choisir la bonne voie et m’épanouir. L’éducation des parents est très importante pour ça mais aussi celle de la rue qui a un très grand coût. Elle te donne des envies, des peurs, des pensées et surtout des rêves qu’ils soient négatifs ou positifs. La rue t’éduque elle te fait côtoyer des personnes bonnes et mauvaises, elle te crée un comportement face aux épreuves qui vont faire de toi ce que tu es actuellement et elle jouera un grand rôle dans tout ce que tu entreprendras, même dans tes rêves.

Papy réalise des clips. Au collège, ses profs jugeaient ce projet irréaliste. Pourtant, il s’est accroché et il commence à percer, tout en passant son bac. Lycéen et réalisateur, on me disait que c’était impossible

Les miens sont de quitter le quartier et vivre de ma passion ailleurs. Je ne veux pas éduquer mes enfants ici. Il faudrait qu’ils soient très forts mentalement et aussi physiquement car, quand on est petit ici, le nerf de la guerre c’est là bagarre. « Guerre » est le bon mot car c’est la loi du plus fort ou de celui qui a le grand frère le plus dangereux ou la famille la plus influente.

Loin d’ici, je me vois bien revenir quelquefois pour discuter avec les anciens amis. Je me dis que j’aurais beau aller au bout du monde, le quartier restera toujours en moi. J’ai les cartes en mains, c’est à moi de jouer.

 

Maes, 18 ans, lycéen, Mantes-la-Jolie

Crédit photo Unsplash // CC this isme

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