Amor16 juin 2018

Je suis un garçon discret qui aime faire les choses bien. Je suis aussi un excellent cuisinier et joueur expert de Fifa.

Ma famille d’accueil m’a donné envie d’avoir un bel avenir

Placé depuis six mois en famille d’accueil, Amor a trouvé aux côtés de sa “Tata” et son “Tonton” le soutien qui lui manquait. A la rentrée, il réintégrera le système scolaire, plus motivé que jamais.

Par Amor16 juin 2018

Pour différentes raisons dont je n’aime pas parler, j’ai, à 13 ans, arrêté de vivre avec mes parents. J’ai d’abord habité chez mon oncle, à Paris, mais seulement six mois après, j’ai dû partir. J’étais une charge trop importante pour sa femme.

Un ami de mon père, Lazar, est alors venu me chercher, mais à partir de là, ma vie est devenue très compliquée. Il habitait seul au quatrième étage d’un immeuble sans ascenseur, avec un escalier en colimaçon. Mais moi, à cause d’une maladie, j’étais en fauteuil roulant. Chez lui, je me suis isolé de tout. Je ne pouvais ni marcher, ni sortir, ni aller au collège. Je restais seul la journée, avec mon portable comme seule distraction. J’étais perdu. Mon oncle est décédé six mois plus tard. Je n’avais plus aucune famille.

Je n’ai plus aucun contact avec mes parents biologiques, ils n’ont jamais voulu de moi et j’ai préféré les gommer de ma tête.

Début 2017, Lazar a contacté l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). On m’a dit qu’il n’y avait pas de place en foyer. J’étais extrêmement déçu, c’était la solution que j’attendais. On m’a proposé d’aller en famille. J’ai accepté sans savoir où j’allais atterrir. Le 23 novembre, la veille de mon anniversaire, ma référente m’a accompagné dans ma nouvelle maison. D’un minuscule studio parisien, je passais à un appartement de quatre chambres à Saint-Denis. Il était 23h et l’atmosphère était très bizarre. La dame qui m’a accueilli m’a demandé si j’avais mangé, je n’avais pas l’habitude. J’ai compris dès la première seconde que c’était bon signe : pour une fois, quelqu’un s’intéressait à moi.

Être à la hauteur pour Tata et Tonton

Tata Fatiah et Tonton Patrick ont déjà un fils, Stéphane, âgé de 18 ans. Ils accueillent aussi un autre jeune depuis 8 ans, Farès, qui a 14 ans. Nous n’avons pas des relations exceptionnelles, mais on s’entend bien, c’est le principal. C’est avec lui que je partage ma chambre. La décoration n’est pas trop à mon goût, mais ça m’est égal. Tous les soirs, on mange en famille, on se raconte nos journées, on rigole. Avoir un rythme a vraiment changé ma vie. Maintenant, je dors toujours avant minuit et j’ai compris que je pouvais faire des choses, et d’autres non. Souvent, Tata me dit «reste à côté de la maison« ou «fais attention à toi». Certains jeunes ne comprennent pas, mais ce n’est pas pour les embêter. Cela veut juste dire qu’on t’attend, qu’on pense à toi. Moi, ça me remonte le moral quand on me dit ça.

Lana aussi ça l’a bien aidé d’être placée. Surtout après ce qu’elle avait vécu ! “Hôtels, foyers, famille d’accueil, j’ai enfin une vie stable”

J’ai tissé une relation forte avec Tata, je lui raconte ma vie d’avant, mon histoire avec mes potes, avec ma copine Sarah. Enfin pas tous les détails, c’est perso. Je la surnomme comme ça pour lui montrer mon respect et lui donner une marque d’affection. Elle est gentille et aimante, je ne peux pas l’appeler par son prénom. Je ne la prends jamais dans mes bras, je suis trop timide. Mais si elle me le demandait, je le ferais direct.

La voir partir au travail tous les matins et être tout le temps très active me donne envie de réussir. Plus tard, j’aimerais travailler dans l’électronique, réparer des téléphones. Je regarde des vidéos sur Youtube et prends des conseils auprès des techniciens d’Apple. Maintenant, je sais changer une batterie et débloquer des codes. Mais pour l’instant, j’ai un autre objectif : en septembre, je veux retourner au lycée. Je vais à la bibliothèque tous les jours pour lire, même si je n’aime pas. J’ai envie d’être à la hauteur. J’appréhende beaucoup, ça m’empêche parfois de dormir, mais Tata et Tonton savent me rassurer. J’ai aussi subi deux opérations qui m’ont permis de troquer le fauteuil roulant contre des béquilles. Je fais de la rééducation et selon comment mon cerveau donnera les ordres, je pourrai peut-être remarcher un jour.

C’est le tout début de mon histoire. Mais une chose est certaine : être placé en famille m’a permis de retrouver le bon chemin.

 

Amor, 17 ans, Paris

Crédit photo © SND // Lion de Garth Davis (film 2016)

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