Awa C.

Awa C.19 juillet 2019

Je suis intelligente mais je ne le montre pas.

Adoptée, entre mes deux familles, pas de favoritisme

J'ai été adoptée par une famille française et aujourd'hui, je me retrouve entre deux familles et deux cultures très différentes !

Par Awa C.19 juillet 2019

En 2007, j’ai quitté le Sénégal pour venir en France. C’était pendant les grandes vacances. J’ai été adoptée parce que là-bas, il n’y avait que ma grand-mère pour m’élever ; mes oncles et tantes avaient déjà des enfants. Ma marraine est venue au Sénégal demander à ma grand-mère si elle pouvait m’adopter. Elle a dit oui. Je suis arrivée dans la banlieue parisienne, à Châtillon, dans ma nouvelle famille, j’avais 3 ans. C’était la femme du frère de ma mère biologique, en gros ma tante par alliance. Elle était française.

Au début, je ne captais pas ce qui m’arrivait (j’ai pleuré dans l’avion). Quand j’ai atterri, j’ai vu un groupe de personnes m’accueillir, j’ai pas tout de suite compris qui c’était, sachant que je ne parlais pas français. Ma mère adoptive, elle, me parlait en wolof, une des langues principales du Sénégal. Ça m’a un peu rassurée. J’ai fait la bise à tout le monde.

Il a déjà tes yeux est un film sur l’adoption. Une comédie qui met la société française face à ses clichés quand, un couple noir adopte un bébé blanc et que ça ne passe pas avec tout le monde. Léger et sociétal, à ne pas rater !

Ma nouvelle maison, elle était plus grande, spacieuse, lumineuse… La France n’avait rien à voir avec le Sénégal ! Là-bas, j’habitais dans la maison familiale qui était petite et en brique avec un portail. Puis, la rentrée est arrivée, j’étais en moyenne section. Je me suis plutôt bien intégrée. En CP, j’ai eu une aide personnelle un jeudi sur deux, je jouais en apprenant. Ma mère adoptive était plutôt gentille, chaleureuse, bienveillante et attentive.

« Pourquoi toi t’es blanche et moi je suis noire ? »

Au bout de quelques années, je lui ai demandé : « Pourquoi toi t’es blanche et moi je suis noire ? » Elle m’a répondu que c’était parce que j’avais été adoptée : « Au début, j’étais ta marraine, et après je suis devenue ta mère, parce que ta mère biologique est morte. » C’est comme ça que j’ai réalisé vers 10 ans que ma vraie mère était décédée. J’étais triste. C’est aussi cette année-là que j’ai connu mon père biologique, en retournant au Sénégal avec ma mère adoptive. Elle voulait que je revoie ma famille (mes tantes, oncles, cousins, cousines). J’ai trouvé ça généreux de sa part de me permettre de les revoir. Et de rencontrer mon père.

Né en Haïti, Étienne a lui aussi été adopté. Arrivé en France à 3 ans, il en est persuadé : son adoption lui a sauvé la vie.

Ces deux familles, c’est des cultures bien différentes. Et c’est difficile pour moi d’aimer deux familles si différentes : dans ma famille française, ils sont athées et je mange du porc. Alors que dans ma famille sénégalaise, ils sont musulmans et si je mangeais du porc, je me ferais frapper ! Ils le savent pas. Il y a que mon père qui sait que je mange du porc. C’est important cette histoire de porc. Ça marque la différence de cultures.

Aussi, dans ma famille française, il y a des gays. Alors que dans ma famille au Sénégal, ils sont pour la plupart homophobes. Je peux pas leur en parler. Mais malgré tout, pour moi, il n’y a pas de différence. Il n’y a pas une famille que j’aime plus que l’autre, je ne fais pas de favoritisme. Parce que c’est la famille. Finalement, je me dis que même si tu as été adopté, tu trouveras toujours des personnes pour t’aimer.

 

Awa, 14 ans, collégienne, Paris

Crédit Photo Unsplash // CC Devin Edwards

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1 réaction

  1. Merci Awa pour ce partage. C’est vraiment très intéressant et très enrichissant.
    C’est aussi très optimiste et bienveillant, ça fait du bien. Et c’est joliment écrit, bravo <3