Mathilde

Mathilde9 octobre 2017 2 mn

Engagée dans plusieurs associations d'éducation populaire, je suis par ailleurs passionnée de SF et anime une émission mensuelle "Voyage Extraordinaire en Science-Fiction" sur Radio Campus Amiens.

Oh putain, je crois que je suis lesbienne…

Un coup de foudre. Un choc dans l'univers de Mathilde : elle aime une fille. Elle n'ose pas en parler, en souffre au point de se scarifier. De l'amour de l'autre à la haine de soi...

Par Mathilde9 octobre 2017 2 mn

Cet électrochoc lucide a fait éclater une sorte de bulle. Ou plutôt un abcès purulent. Quelque chose à cheval entre un magma de vitriol haineux et un bouillon acre-amer de révolte. Puis vint cette vague scélérate de dégoût. Je me sentais marquée au fer rouge.

Prisonnière de mon propre corps. Otage de mes sentiments. Noyée dans un océan de perplexité. « Ce n’est pas possible. Comment je vais faire ? Avec… Ça ?  »

La digue de déni que je m’étais bâtie avec soin venait d’être emportée sans autre forme de procès. En l’espace d’un regard, ma vie venait de changer du tout au tout.

Le coup de foudre

Elle.

Moitié mahoraise, moitié malgache, sa peau me subjuguait. Lumineuse et iridescente à la lumière du soleil, elle était éblouissante. Son sourire et son rire m’élevaient à un état proche de la béatitude. Cette Madone « mulâtresse » parlait couramment anglais.

Pour parfaire le tableau, elle savait chanter et jouer de la guitare. La voix de cette sirène m’envoûtait.

J’étais perdue.

Elle est avec moi constamment. En pensées, en actions, en paroles, en émotions.

« On ne peut pas être raide dingue de quelqu’un aussi vite. Non, non, non ! A moins que… Alors c’est ça, un coup de foudre? » Premier regard, premiers émois. N’est-ce pas romantique ? Premier échanges, premier sourire et éclats de rire. Jusqu’ici tout va bien.

Et puis le temps file. Tout s’accélère avec nos numéros échangés. Cette passion dévorante n’a plus de limite. Elle est avec moi constamment. En pensées, en actions, en paroles, en émotions. En l’espace de quelques semaines, elle est devenue mon centre de gravité.

Ma vie ne tourne plus qu’autour d’elle. « Oui mais plus tu l’aimes, et plus tu te détestes ma pauvre fille. Tu es sale. Un monstre. Tu me débectes. Je te hais ! »

Il faut que ça sorte

Il faut l’annoncer. Comment mettre des mots sur ces maux. Comment le dire à ma famille ? Et comment vont-il le prendre ? Et mes amis ?

Je fais partie du Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne. C’est une trahison, ma vie n’est qu’un vaste mensonge. Je vais tout perdre…

Meurtrissant mon âme, un combat titanesque entre deux émotions se livre en moi. Amour – Haine. Haine – Amour.

« STOP ! »

Il faut que ça sorte. D’une manière ou d’une autre, il faut expier ça. Alors je prends une lame. Pendant de longues minutes, je scrute mon bras. Cherchant une réponse à toutes ces questions.

Rien ne vient.

L’angoisse devient suffocante. Meurtrissant mon âme, un combat titanesque entre deux émotions se livre en moi. Amour – Haine. Haine – Amour. Entre les deux, mon cœur est écartelé.

De l’amour à la haine

Je me suis scarifiée.

Cette chaîne d’émotion s’écoulait en petite rigoles sanguinolentes depuis mon avant-bras. « Ne viens pas te plaindre si tu souffres de tant l’aimer. Tu la mérites, c’est ta malédiction et ton fardeau. »

Luna avait elle aussi raconté sur la ZEP ce qui l’avait amenée à se faire du mal, à s’auto-mutiler. La psychiatre Marie-Rose Moro avait alors posé son regard de médecin sur la pratique de la scarification.

A travers cette douleur physique, celle psychique s’était tue. Ou peut-être exprimée. Cet épanchement m’avait apporté une forme étrange de soulagement. Ironie du sort, il fallait désormais soustraire aux regards mes meurtrissures.

Stigmates d’une terrible révélation, je n’étais pas en mesure d’assumer ce bloc immonde. Une chance, nous étions en hiver.

Heureusement, ma sœur jumelle est en tout point hétéro. « Une sur deux, c’est déjà pas mal, non ? »

La stratégie des pulls longs était de mise. Le subterfuge fonctionna à merveille. Pendant un temps. « Encore une bonne semaine et les croûtes seront tombées. » Détail peu ragoûtant, je vous le concède, mais c’est un excellent mécanisme de défense. En pareil cas, on se raccroche souvent à de petites choses insignifiantes. Le lendemain, devant le foyer de la cheminée, maman découvrait les estafilades…

Ce fut terrible. En quelques phrases, il fallait accepter que sa fille se soit scarifiée. Qu’elle soit lesbienne, soit. Mais surtout… Que le fruit de son mal-être était dû à son premier amour : une perverse narcissique. Bipolaire et bisexuelle. Menteuse et manipulatrice.

Elle soufflait le chaud et le froid. Un jour alimentant un brasier amoureux qui semblait inépuisable, et le suivant, glaciale et ineffable. J’étais une sorte de pantin désarticulé et décérébré. Elle seule savait en tirer le ficelles.

Maman a beaucoup pleuré.

« Qu’est-ce que j’ai raté dans ton éducation ? » Rien. Je ne sais pas non plus. Heureusement, ma sœur jumelle est en tout point hétéro. « Une sur deux, c’est déjà pas mal, non ? »

 

Mathilde, 23 ans, étudiante, Amiens

Crédit photo Flickr // CC Simon

TAGS :