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Marine P.18 avril 2018

J'adore la photographie et les livres.

Trop jeune pour affronter la mort de mon père

Marine avait 18 ans quand elle a perdu son père. Pour la "protéger", sa famille ne lui a pas dit à quel point sa situation était critique. Aujourd'hui, elle s'en veut de ne pas avoir été là pour lui dire au revoir...

Par Marine P.18 avril 2018

J’ai perdu mon papa il y a trois ans. Je venais d’avoir 18 ans et il n’était pas là pour le fêter avec moi. Il n’était pas encore parti, juste enfermé dans une chambre d’hôpital, seul. Une semaine après, il est parti. Comme ça. Je n’ai rien vu venir… Ou peut-être que je ne voulais pas voir la vérité en face. Pourquoi ? Parce que je ne savais pas à quel point c’était grave. Parce que je ne savais pas que sa dernière demeure serait un service de soin palliatif.

Je ne savais pas, car ma famille ne m’a rien dit. Elle m’a « préservée ». Sauf que je ne voulais pas être préservée. Je voulais que mon papa sache que j’étais là.  Et au final, je n’y étais pas. Encore aujourd’hui, ça me bouffe.

Mon deuil impossible

J’ai l’impression de ne plus avancer depuis, d’être immobile et que le monde continue d’avancer. J’ai l’impression d’avoir toujours 18 ans, une gamine qui attend devant la chambre de son père pour lui dire au revoir. Car je n’ai pas pu lui faire cet au revoir. Pourquoi ? Parce que ma famille a jugé que je n’avais pas à le voir dans son lit, comateux.

Je n’ai pu lui dire au revoir que quand il était en chambre funéraire, déjà parti.

J’aurais tant aimé hurler à ma famille : « Arrêtez de me mentir, je veux tout savoir ! » et frapper du poing sur la table. Mais je ne l’ai pas fait. Je n’ai pas osé. Je n’ai pas eu le courage. Et je le regrette. Pourquoi ? Parce que maintenant la colère que je ressens me bouffe de jour en jour. Et impossible d’avancer dans ce fameux deuil, celui où il faut passer par sept étapes, du choc jusqu’à la reconstruction.

Déjà qu’un deuil c’est difficile, alors quand en plus on doit gérer des démarches administratives… Aude, ça l’a carrément fait détester la France.

Je pense être à l’étape trois : la colère. Seulement l’étape trois alors que cela s’est passé il y a trois ans. Pourquoi je stagne ? Parce que je suis en colère, énormément. Pas envers ma famille mais envers moi. Je leur reproche des choses mais beaucoup plus à moi. Je me déteste. Je m’en veux de ne pas avoir agi. De ne pas avoir parlé. De ne pas avoir exigé de voir mon père quand il était en soin intensif après avoir fait une hémorragie. Je lui ai seulement fait un au revoir du balcon avant que les portes de l’ambulance se referment. Je m’en veux de ne pas avoir exigé de savoir à quel point son état était grave. De ne pas avoir exigé de savoir si les rayons et/ou la chimio fonctionnaient. De le voir une dernière fois, de le voir même si ma famille me sortait cette fameuse phrase : « Il vaut mieux que tu ne te rappelles que des bons moments. »

Ils ont eu tort. Car ça ne fonctionne pas. Car même après tout ce temps, je retiens surtout les mauvais et je regrette chaque geste, chaque acte que je n’ai pas pu faire, chaque parole que je n’ai pas pu lui dire.

 

Marine, 21 ans, volontaire en service civique, Perpignan

Crédit photo AdobeStock // CC Bartsadowski

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2 réactions

  1. C’est pour ça qu’il faut montrer l’amour que l’on a pour ceux qui nous sont proches, ils peuvent partir plus vite qu’on ne le pense et après c’est trop tard on ne peut plus rien rattraper et il nous reste des regrets.
    Marine j’espère qu’un jour vous pourrez surmonter tout ça et faire votre deuil, bon courage à vous.

  2. Marine la question que tu dois te poser est : qu’est-ce que tu aurais fais de différent dans cette chambre d’hôpital ? Pouvait-il communiquer ? En vouloir à ta famille est un contre deuil. Ta prochaine étape est de parler à ta famille pour comprendre le pourquoi ? Aussi laisser aller ton père car la colère le retient dans un espace inconfortable… Courage, je suis passée par là…