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Arthur L.12 janvier 2020

Agriculteur, c’est pas l’amour est dans le pré !

Je suis fils d'agriculteur et quand j'entends les autres en parler, je me dis qu'ils ne connaissent vraiment pas les réalités de son métier.

Par Arthur L.12 janvier 2020

Mon père est agriculteur, il est pauvre, il n’aime pas prendre de douche car il préfère le mode de vie de ses animaux et prône un retour à la nature. Il travaille quatorze heures par jour. Il est un peu simplet, très raciste et il s’appelle Gérard Bouseux. Ma mère, Catherine Bouseux (nom de mariage mais aussi de jeune fille, car mes parents sont cousins) n’a pas de travail à côté. Elle l’aide sur la ferme, mais fait bien évidemment surtout la popote et le ménage. Ils se sont rencontrés dans l’émission L’Amour est dans le pré et vivent, depuis, un amour simple et vrai…

Cette histoire est fausse, la seule chose vraie, c’est que je suis fils d’agriculteur.

Pourtant, à travers tous les clichés que véhiculent mes amis, les médias, les émissions de télé, je n’ose parfois pas dire la profession de mes parents, de peur du jugement des autres.

Gilles Van Kempen est agriculteur, et il partage sur sa chaîne Youtube « Gilles VK » les réalités de son métier. Une façon pour lui de contrer « l’agribashing », et de casser les clichés sur la profession. Il explique sa démarche au micro de France Culture : « Les médias nous voient comme des agriculteurs d’il y a 50 ans ».  

Au collège, je prenais un bus scolaire qui me déposait devant la ferme de mon père. Mes camarades de bus m’ont donc appelé « le fermier » pendant quatre ans. J’habitais à 20-25 minutes de Nantes. Dans un patelin de quatre maisons.

Au retour d’un entraînement duquel la maman d’un coéquipier me ramenait, il m’a demandé si ce n’était pas trop difficile d’être pauvre.

J’en entends des clichés sur l’Agriculteur !

Au lycée, je suis allé en ville pour effectuer une option sport et les problématiques ont évolué : j’étais considéré dans certains groupe d’amis comme quelqu’un de démodé, qui n’avait pas conscience des enjeux de sauvegarde de la planète. Car bien sûr, l’élevage est la plus grande cause de pollution dans le monde et les rejets de CO2 des voitures et des entreprises fabriquent des papillons !!!

Je suis conscient que certaines pratiques, comme l’élevage de masse, sont en effet très polluantes, mais je trouve qu’on les incrimine beaucoup par rapport aux entreprises qui polluent les lacs ou par rapport au nombre de voitures en ville. Mon père, lui, a une exploitation « modérée » : c’est presque bio, c’est juste que les normes bio sont vraiment chiantes quand on creuse sur le fond (les questions de superficie, de terrain, c’est pas qu’une histoire d’engrais et de pesticides !). C’est un élevage moyen, il a 160 bovins et surtout, mon père, sa vie, c’est la même que tout le monde.

Pour lui, une journée type, c’est commencer à 8h et nourrir les animaux qui se trouvent dans le bâtiment. À 9h30, il fait le tour des champs pour voir si toutes les vaches ont de l’eau, de la nourriture. Il change de champ les vaches qui en ont besoin. Il revient à 13h et mange jusqu’à 14h. II fait une sieste jusqu’a 15h. Il fait des travaux divers jusqu’à 17h. Il nourrit une deuxième et dernière fois les vaches jusqu’à 18h30 et sa journée se finit.

Fanny a grandi à la campagne. Elle raconte comment son environnement rural et l’éducation qu’elle a reçu l’ont sensibilisé très tôt à la question environnementale : « Mes parents et ma campagne m’ont rendue écolo »

Il gagne en moyenne 2000 euros par mois, largement assez pour avoir une vie décente. Il prend une douche tous les soirs et prend du shampoing (goût noix de coco). Il embauche à 8h et finit à 18h et il regarde ensuite le journal d’Arte. Mes parents aiment aller en ville au cinéma ou au théâtre. Ils ont un super groupe d’amis qui ont tous types de professions. Ma mère a son travail à côté et mon père cuisine ! De temps en temps hein, tout ne peut pas être parfait non plus…

Tout ça pour dire que je n’ai plus honte de dire que je suis fils d’agriculteur.

 

Arthur, 19 ans, volontaire en service civique, Nantes

Crédit photo Unsplash // CC Spencer Pugh

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