Gayané

Gayané30 juin 2018

J’aime beaucoup aider les autres, raconter ma vie, écouter celle des autres. Ce que j’aime beaucoup aussi ce sont les animaux, les livres, les enfants et l’histoire des différents pays.

Arménienne à Paris, je suis loin de mon pays, pas de ma culture !

À Paris, je continue à faire vivre ma culture arménienne, avec ma famille, mais aussi à travers des cours de langue et de danse. Malgré cela, mon pays me manque et j'attends de le retrouver un jour.

Par Gayané30 juin 2018

Alors que mes parents vivaient encore en Arménie, une guerre a éclaté. Plus d’eau, plus d’électricité… Pour leurs très jeunes enfants, mes parents ont décidé de quitter ce pays pour se diriger vers l’Europe. Une fois arrivés, tout a été très difficile.

Cela a commencé par la Belgique, dans un foyer rempli d’Arméniens, d’Albanais, de Géorgiens… Nous étions tous originaires des pays de l’Est. Ce foyer était dans un endroit désert et je n’aime pas les endroits comme ça. Il y avait une grande différence par rapport à un appartement. Dans ce foyer, il n’y avait pas de vie privée, il y avait toujours du bruit et beaucoup de bagarres. Je ne m’y sentais pas chez moi, je voulais partir. Mon pays me manquait déjà. Je pensais à ma vie d’avant et aussi à ma vie future. Je ne savais pas où nous allions habiter. J’étais très curieuse.

À Paris, je m’acclimate

Deux ans après, nous sommes finalement arrivés en France, dans un hôtel du 18ème arrondissement de Paris. J’ai vraiment aimé cette période car, contrairement à la Belgique, nous vivions dans un quartier très animé, le soir comme le jour. Avec ma famille, nous sortions tous les jours pour aller dans des restaurants ou pour visiter Paris. Je me suis fait deux amies arméniennes qui habitaient dans le même hôtel, nous étions assez proches. Tous les soirs, nos mères nous ramenaient jouer dans le square Marcel Bleustein-Blanchet, à Montmartre. Mes amies étaient en France depuis plus de trois ans. Au bout de quelques temps, on nous a donné notre appartement situé dans le 19e arrondissement. Par rapport au 18e, le 19e n’est pas animé le soir, mais j’aime bien aussi le calme.

J’ai appris la langue française grâce à la télévision. Tous les soirs, avec ma grand-mère nous regardions des séries ou des émissions françaises. Ma grand-mère avait beaucoup de mal, mais moi, j’ai appris le français en un an ! Mes parents aussi avaient du mal, mais maintenant, ma mère parle très bien français grâce à son travail.

Ma culture est là mais ça ne fait pas tout

En France, je continue à aller à l’école arménienne deux heures par semaine, à Alfortville. C’est à environ 30 minutes en voiture. Là-bas, j’approfondis mes connaissances de la langue et de l’histoire arménienne pendant que certains commencent tout juste à apprendre. À la base, je ne voulais pas y aller, parce que les samedis, je voulais sortir avec mes copines. Mes parents m’y ont obligé et finalement, je ne regrette pas. Ils m’ont aussi proposé de faire toute ma scolarité dans un collège arménien, mais j’ai refusé. Je ne voulais pas faire 50 minutes de trajet tous les matins.

Je fais de la danse arménienne dans cette même école depuis trois ans et je parle arménien avec ma famille. Ainsi, je retrouve la culture de mon pays, mais ça ne me suffit pas. Si la situation s’arrange, j’aimerais retourner vivre dans mon pays d’origine auprès des autres membres de ma famille. Mon pays me manque beaucoup. Je me suis séparée de la moitié de ma famille, mais aussi des personnes que je ne connaissais pas encore. L’ambiance là-bas est très agréable, il y a plus d’interaction entre les gens, c’est comme si tout le monde se connaît sans se connaître. Ce qui me manque aussi, c’est le fait de voir tout le monde parler arménien dans les rues, de voir des enfants courir partout, jouer avec les animaux, les chiens et les chats, dehors. Et puis, les nombreux parcs d’attractions, la nourriture, les nombreuses fêtes, la chaleur…

Ghozlene aussi est proche de sa culture d’origine. Avec une famille en Algérie. Mais là-bas elle ne se sent pas libre d’être une femme comme en France.

L’année dernière, ma mère et moi avons reçu la nationalité française, ce qui nous a permis d’enfin retourner en Arménie. Et d’être sûres de pouvoir en repartir [c’était avant la révolution de cette année] ! J’étais vraiment heureuse de retrouver ma famille, je me suis beaucoup amusée pendant ces deux mois. Cette année, je vais y aller encore avec ma mère et ma sœur. Le fait d’y retourner pendant les vacances me donne l’espoir de retourner vivre là-bas un jour.

 

Gayané, 15 ans, collégienne, Paris

Crédit photo © Diaphana Distribution // Une histoire de fou (film 2015)

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