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Judith Z.30 mars 2020

Je suis confinée avec un boomer… mon père

Le temps du confinement, je suis retournée chez mes parents. Lors des repas de famille, je dois souvent me retenir de répondre « OK boomer » aux paroles de mon père...

Par Judith Z.30 mars 2020

J’ai choisi de passer mon confinement avec mes parents. C’est une chance de pouvoir se retrouver en famille, je le sais. Mais mes parents m’ont eu relativement tard, alors entre nous il y a un fossé générationnel. Surtout entre mon père et moi. Lui, c’est vraiment un « boomer », de ceux de la génération du baby boom d’après-guerre.

J’habite à plus de quatre heures de train de mes parents, donc en temps normal, la cohabitation, c’est juste un week-end par mois, ça passe vite. Maintenant qu’on est en quarantaine et que ça va sans doute prendre vachement de temps, je me dis que ça ne va pas être facile tous les jours. Il va falloir s’adapter et trouver des parades.

Je fais partie d’une génération assez ouverte. Je suis sensibilisée à beaucoup de questions, comme le féminisme et la lutte contre les LGBTphobies. Mon père, lui, il est à des années lumières de ça. Et dans nos discussions, ça peut vite poser problème.

On a beaucoup de sujets de désaccord, que j’essaye d’éviter soigneusement si je veux passer un repas apaisé. Mon préféré : le féminisme. La dernière discussion en date : l’impunité des artistes en France. J’ai évoqué à table mon incompréhension face au fait qu’en France, on continue à encenser des hommes et à leur donner une audience importante en sachant les horreurs qu’ils ont commises. J’ai eu droit à des réponses inacceptables sur le fait qu’il fallait laisser une deuxième chance à Cantat, qui ne s’est pourtant pas repenti publiquement de son féminicide…

Répondre par « OK boomer » ? Il ne comprendrait même pas

Bref, chaque discussion avec mon père me donne envie de mettre fin au dialogue par un « OK boomer » qu’il ne comprendrait même pas. Heureusement que je passe le plus clair de ma journée en télétravail et qu’on ne partage finalement que les repas. Je ne pourrais pas supporter plus.

Il y a quelques jours, je lui parlais d’une de mes amies trans rejetée par sa famille. Il a choisi de ramener ça à un film qu’il avait vu sur l’homosexualité ; car pour lui, transidentité et homosexualité, c’est à peu près la même chose. Il était content de me dire que dans ce film il y avait « un personnage homosexuel et que c’était vraiment la folle, tu comprends, hyper efféminé ! » Bon déjà, si on pouvait dire « maniéré » au lieu d’ « efféminé »… Et entendre parler de « folle » pour un homosexuel maniéré, ça m’a fait chier. On n’est plus dans les années où les films comme « La cage aux folles » étaient permis ! On est en 2020, on devrait être passé à autre chose et sortir des clichés. Ça m’a agacée, mais je n’ai pas cherché le débat.

L’expression « OK boomer » a été popularisée par une députée néo-zélandaise de 25 ans qui l’a utilisée pour répondre à un de ses collègues lors d’une session parlementaire. Ce clash entre générations, les youtubeurs McFly et Carlito en ont fait un clip !

 

Une autre problématique : les modes de consommation. Mon père avait un bon d’achat à dépenser chez Carrefour et c’était le dernier jour d’utilisation. Donc, même en période de confinement, et même s’il n’avait pas besoin de faire les courses, il est allé au supermarché pour le dépenser. Il a l’habitude de faire des petites courses tous les deux-trois jours, et il a fallu quasiment me battre pour lui faire comprendre que non en fait, ce n’était pas possible. Chaque sortie qu’il fait, c’est prendre des risques en plus. Pour lui, ma mère, et moi… qui sommes des personnes à risques. Juste pour gagner quelques euros… J’étais dubitative. S’il a peur de manquer de viandes et de produits frais, on a un congélateur où on peut stocker !

Je ne consomme pas moins que mon père, mais nous consommons différemment. Je ne cours pas après les promotions des catalogues des grandes surfaces pour faire des stocks en fonction de ça. En fait, je suis plus attachée à la qualité de ce que je consomme qu’aux bons plans. Je m’approvisionne principalement dans une épicerie de vrac toutes les deux semaines, et dans une boutique de fruits et légumes de saison, principalement locaux, une fois par semaine. Même si il m’arrive d’aller dans de plus grosses enseignes pour certains achats spécifiques, comme les conserves.

Si je me sens agacée, j’écourte le repas

Mon but n’est pas de faire un « procès aux boomers ». Je comprends très bien que sa génération a vécu dans une société de consommation et que, pour eux, l’opulence dans les supermarchés a été vécue comme une aubaine car ce sont des enfants nés d’après-guerre. Mais aujourd’hui, d’un autre côté, on a accès à l’information. On est au courant que nos modes de consommation nous mènent droit dans le mur, qu’être homophobe, transphobe, n’est pas acceptable. Ça témoigne bien de l’incapacité complète de changer ses habitudes.

Le confinement avec un boomer, ce n’est pas facile. Ce n’est pas en quelques semaines de confinement que nous allons changer, lui comme moi. Mais en même temps, c’est peut-être l’occasion d’ouvrir le dialogue. J’ai réussi sur certaines choses. J’ai réussi à lui faire accepter d’arrêter d’aller faire les courses trop fréquemment. C’est déjà une grande victoire. Mais je ne sais pas si c’est mon insistance lourde sur le sujet qui a porté ses fruits, ou l’augmentation constante du nombre de morts. Peut-être que la prochaine étape sera de lui faire comprendre qu’on n’accepte pas le terme d’ « efféminé » pour parler de quelqu’un de maniéré et qu’on n’utilise pas les termes de « folle » ou de « PD » ?

La cohabitation par omission, ça marche

De manière générale, j’apprends à mieux m’adapter pour que la cohabitation ne se passe pas mal. J’évite les sujets de discussion qui peuvent mener à des propos de sa part que je n’accepte pas ; ça m’évite d’avoir à prendre sur moi pour ne pas m’énerver. Et si je me sens agacée, j’écourte le repas puisque ça reste le seul moment de la journée qu’on passe ensemble.

Depuis que Loïc a réalisé l’ampleur du désastre écologique, il n’a plus voulu participer à ça.  Changer ses mode de consommation et de vie… c’est tout un chantier !

Je sais que je ne changerai pas d’avis sur ce qui me tient à cœur, et je sais que lui ne changera pas, donc autant limiter les sources d’énervement. Finalement, ma stratégie d’adaptation est une stratégie d’évitement. En période de confinement où on est obligés de vivre ensemble, c’est la gestion de conflit qui m’a semblé la mieux adaptée.

 

Judith, 27 ans, salariée, Nantes

Crédit photo Flickr // CC Nenad Stojkovic

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11 réactions

  1. OK Cindy
    Quel intolérance envers son père. Pfff c’est domage 2 gênerations que se cotoie devrais s’enrichir au lieu de juste se critiquer. Prendre le temps d’expliquer que les temps on changé… Je répondrais à cette jeune fille “OK cindy”. Ca a fuit paris comme 1 million de parisiens qui ramène le virus un peu partout pour ce réfugier chez papa maman et ça fait la moral… Mouai pas convaincu…

  2. Moi je suis pas convaincu par votre commentaire. L’intolérance envers les générations passées c’est peut-être ce qui nous fera avancer. Le temps, on l’a pas. Nous on doit grandir dans l’urgence permanente, la peur de la crise à venir (sanitaire, économique, écologique). Alors oui, on est moralisateurs, on veut changer les choses et on n’accepte pas les discours de générations qui ont profité de l’après-guerre et bien installé le système actuel. Alors désolé boomer.

  3. Pour résumer,
    “Je ne le voit que pour manger et c’est tant mieux” et “quand il m’embête trop j’écourte le repas.” puis “heureusement je suis en télétravail je ne le voit presque pas”

    Tu aurait dû rester chez toi, pendant le confinement il ne t’aurais pas casser les pied ton “boooommeerr”

    Plus sérieusement, Pense à parler avec lui, c’est ton rôle de lui apprendre les changements de la vie, montre toi tolérante pour qu’il puisse apprendre à l’être plus. Passe du temps avec lui avant qu’il ne soit trop tard. Mon père et décédé, et même ses petit faux pas maladroit du à la génération me manque…

  4. 1. “Ok Boomer” est une expression qui, à la base, vient de l’alt-right américaine… faites votre boulot de journaliste.

    [Seconde partie du commentaire supprimée car insultante]

  5. Pas vraiment non… je vous invite à lire des articles pour le comprendre. Et quand bien même : l’origine d’une expression et son usage n’ont pas nécessairement de lien. La langue ça se renverse. Comme les idées.

  6. Elliot C. les personnes comme toi, vivant dans la peur, ne mérite pas d’être militant mais une thérapie chez les psychologues.
    Le mot tolérance signifie: En général, la tolérance, du latin tolerare et tolerantia, désigne la capacité à permettre ce que l’on désapprouve, c’est-à-dire ce que l’on devrait normalement refuser. En construction ou en dessin par exemple, on dit qu’on peut tolérer une certaine marge d’erreur. Être un gauchiste du politiquement correcte ne signifie pas être tolérant, votre dogme que vous appelez tolérance n’est pas la tolérance, vous imposez votre idéologie que vous appelez tolérance.

  7. […] Après l’annonce du confinement pour freiner la propagation du coronavirus, Judith est retournée chez ses parents. Mais l’écart générationnel qui les sépare rend la cohabitation difficile…: “Je suis confinée avec un boomer… mon père” […]

  8. Je trouve normal et logique qu’il existe un écart de point de vue entre Cindy et son père, le contraire m’aurait surpris. Ceci dit, Cindy n’accepte pas la contradiction et c’est bien là le problème. L’écart générationnel est à la limite un pretexte. Le point de vue de son père représente un avis qui est partagé par plusieurs catégories de populations, et l’avis de Cindy également. Alors pourquoi son père serait la cible de son incapacité à comprendre ou à admettre. Accepter la ou les contradictions c’est s’élever soi même, et c’est valable des deux côtés, aussi bien pour elle que pour son père. S’accepter comme on est l’un et l’autre voilà le défi que toutes les générations et que tous les peuples doivent relever, Apprendre à vivre ensemble, c’est partager, c’est admettre, c’est aussi confronter nos idées. N’oublions jamais que c’est une richesse, car l’histoire nous a montrée que les divergeances d’idées pouvaient être réprimées et combattues.

  9. Je pense que l’expression “ok boomer” est utilisée par des personnes qui est une conception étriquée et archaïque des relations sociales. C’est aussi un piège grossier et une diversion qui sert à dépolitiser les enjeux, Pendant que les générations perdent leur temps à se faire la guerre entre elles, elles ne le consacre pas à détrôner ceux qui tirent les ficelles. Ceux-là peuvent continuer à se frotter les mains

  10. Cette longue diatribe d’adolescente ******* (Elle a 28 ans semble t il) mérite t elle autant de commentaires ? De plus, je ne comprends pas bien pourquoi, comme des centaines de parisiens, elle n’est pas restée confinée chez elle plutôt que d’aller vivre l’enfer chez ses parents (Si c’est ça l’enfer a un moment où les gens meurent par milliers totalement seuls ?)

  11. Oui , je comprend tellement Judith, le côté “papa, maman boomer”. Ma mère, très tolérante dans une certaine mesure, est née en 1941. Elle me disait pendant le confinement “Je ne pensais pas vivre ça un jour”. Le confinement l’a minée, elle a pensé mettre fin a ses jours car ce monde. elle ne le comprend plus… Lui restent ses enfants, ,ses petit-enfants. Dans cette fratrie, un transsexuel. La maman boomer s’exprime. Pas de ça ! Chez les autres, oui. mais dès que cela concerne un membre proche, c’est une autre génération qui s”exprime. Mon père, ne en 1941 était le symbole de cette génération. L’homosexualité équivalait à une déviance, une maladie mentale qui nécessitait un -long- séjour en psychiatrie… gay = une folle, lesbienne = une mal baisée. mon oncle, né en 1945 résume “la femme à un trou, l’homme une bite. La nature, c’est la bite dans le trou”…. Merci famille boomer !
    Le dialogue pendant le confinement est difficile, âpre, parfois agressif, voir interrogateur “Tu en es ?” Non boomer, mais que tu l’accepte ou non, ta fille est ton fils, ton neveu, un membre à part entière de la société, de ce monde d’aujourd’hui, du monde de demain si demain n’est pas verrouillé par l’ultime sursaut des boomers qui défilent en rose, en bleu, le carton porté bien haut ” un père, une mère” avec peut-être dans la poussette poussée en avant, le symbole d’un éventuel monde de demain que l’on veut d’aujourd’hui, pas de temps a perdre ou plutôt, assez de temps perdu !
    Oui je comprends Judith. Quand le confinement confine la parole, seule parole de cette génération de l’après- boomer, la génération Y, née entre 1980 et 1990, contre l’incompréhension de la famille boomer. Le jeu des 7 familles. Dans la famille Y, je veux le silence. Dans la famille boomer, je veux la tolérance.
    Silence contre tolérance
    Trop facile d’écrire que Judith aurait du, aurait pu ! Conflit de générations ? Le confinement n’a pas seulement confiné la parole, il a également sclérosé le dialogue…
    Liberté égalité fraternité ? Trois termes universels qui ont fait la France, mais pas dans le même sens…