Milena W.

Milena W.7 mars 2018

Je me déplace pour essayer de trouver ma place.

Élue à 14 ans au conseil départemental, mais pour quoi faire ?

Investie dans son collège en Seine-Saint-Denis, Milena a vite compris que sa voix ne serait pas écoutée. Au conseil départemental, on lui a fait miroiter du changement. En vain.

Par Milena W.7 mars 2018

Je déteste me plaindre, faire des généralités et avoir des clichés sur le 93, mais c’est une constatation : il y a beaucoup d’inégalités et certains collèges sont plus favorisés que d’autres. Je le sais, j’étais au collège Gustave Courbet à Romainville. J’ai été élue, avec un de mes camarades de classe, déléguée au conseil départemental pour le représenter. On a été convoqués une fois par trimestre, pendant deux ans.

Le conseil départemental se passait en deux temps : le matin, on était séparés en petits groupes pour faire des activités et parler des problèmes dans nos collèges. Des élèves étaient élus parmi nous pour nous représenter au sein de la plénière l’après-midi devant le président du Conseil. C’était un peu la guerre : premiers arrivés, premiers servis ! Dans la salle, il y avait des tables en arc de cercle avec des micros et des fauteuils très confortables. Mais il n’y avait absolument pas assez de bureaux !

Une quarantaine d’élèves étaient assis au milieu sur des chaises, sans table, sans micro et ne pouvaient donc pas intervenir dans le débat. J’ai eu la chance de faire partie, à chaque fois, de la vingtaine d’élèves à pouvoir avoir un petit espoir d’élever la voix et participer. Seuls les représentants étaient sûrs de parler.

Ils lisaient une feuille qu’ils avaient préparée avec les encadrants : nous n’avions pas le droit de parler de nos cas particuliers et pas le droit d’énoncer les problèmes spécifiques de notre collège. C’est un paradoxe car nous étions là pour ça !

Au moins trois chaises cassées par classe

Une fois, un délégué du collège international de Noisy-le-Grand (ce collège était neuf) a réussi à obtenir la parole et a dit : « Je ne comprends pas, c’est un scandale, les rideaux d’une salle sont cassés depuis deux mois déjà et n’ont toujours pas été remplacés. » Mais c’est une grosse blague en fait ! Moi, il n’y avait qu’un seul rideau fonctionnel dans tout mon collège ! Je crois que ça a toujours été comme ça et puis je pensais qu’on n’avait pas le droit d’énoncer nos problèmes individuels. Alors le président du conseil a dit que c’était scandaleux et qu’il allait remédier à ça. Du coup, j’ai voulu parler de mon collège à plusieurs reprises. Mais je n’en ai pas eu l’occasion. En deux ans !

Quelques mois plus tard, les rideaux de Noisy ont été remplacés ! Dans mon collège, je n’ai vu aucun changement dans mes chiottes, toujours couvertes de merde, sans PQ. Il y a toujours au moins trois chaises cassées par salle et la peinture des murs s’effrite…

L’Éducation nationale vous fait croire que vous avez le droit à la parole et que vous allez vivre une magnifique expérience. Que, si des choses ne vont pas, vous allez pouvoir y remédier. J’ai voulu croire à ce mensonge. Je me suis battue, j’ai dépensé beaucoup d’énergie et j’ai sacrifié des choses pour qu’on m’écoute, pour qu’on écoute la parole des camarades que je représentais. Tout ça, pour rien !

 

Milena, 16 ans, lycéenne

Crédit photo Pixabay // CC StockSnap

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