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ZEP10 juin 2018

On compile, on interroge, on résume. Parce que, parfois, nous aussi on a des choses à vous dire !

En détention, il faut que je reste fort car j’ai une famille dehors (9/9)

Neuf hommes âgés de 19 à 22 ans, détenus à la prison de Fleury-Mérogis, en région parisienne, pour des peines de deux à quatre ans, témoignent de leur quotidien en détention : la cantine, le téléphone, le parloir, le mitard, l’hygiène, la solitude…

Par ZEP10 juin 2018

Le 26 juillet 2016, j’ai été condamné à quatre ans de prison ferme. Le premier jour à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis a été très dur pour moi. J’ai laissé un bébé de 8 mois qui s’appelle Enzo, avec sa mère Estelle, ma petite amie. Ça fait dix ans qu’on est ensemble. C’est le plus beau cadeau qu’on ait pu me faire, avoir une femme aussi gentille que sérieuse. Ça a été très dur pour moi de devoir la quitter du jour au lendemain, car elle et moi, on ne faisait qu’un. Les courriers ne me suffisent plus. Les parloirs ont mis trop de temps à se débloquer.

Un jour, on m’a proposé un téléphone portable. J’ai accepté. Je savais que je prenais des risques mais l’amour que j’ai pour ma femme était plus fort que les risques. Ça nous a fait du bien de s’avoir tous les jours car c’est difficile pour une femme d’être toute seule avec son bébé. Il fallait que je fasse acte de présence. Tous les jours.

Cet article est issu d’une série de témoignages publiés dans Libération, à lire juste ici.

Il a suffi d’un jour pour que tout bascule, le jour de la fouille de ma cellule. Le surveillant a découvert le téléphone et je suis passé en commission de discipline. J’ai reçu sept jours de mitard et sept jours de sursis.

Le premier jour de mitard a été difficile, tout seul, à parler avec Casper le fantôme, mais j’étais obligé de rester fort car j’ai une famille qui m’attend dehors.

Quand on m’a sorti du mitard, je me suis mis à lire et à faire passer le temps. La visite de ma femme et de mon bébé au parloir m’a fait énormément de bien. Elle m’a dit de rester fort, qu’on avait vécu pire. J’ai toujours gardé mon emploi en tant qu’auxiliaire repas, ceux qui font la gamelle.

J’ai donc payé mes parties civiles pour tout recommencer à zéro. J’ai accepté une formation et je suis parti au bâtiment D4 pour me réinsérer et avoir une chance de sortir.

Dehors, j’ai un boulot d’étancheur qui m’attend. J’ai une maison, j’ai une femme, j’ai un enfant, peut-être un deuxième, j’ai une voiture, j’ai un chien. J’ai une famille, mais je suis encore en prison.

 

Deniz, 20 ans, en détention à Fleury-Mérogis

Crédit photo © Catherine Rechard

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