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Neylan Z.3 janvier 2020

En stage, j’ai découvert le « monde des riches »

Faire mon stage en entreprise dans un quartier riche m'a donné envie de gagner de l'argent, pour être libre.

Par Neylan Z.3 janvier 2020

Du lundi au lundi, je suis en survêtement, comme la plupart de mes camarades qui vivent en banlieue parisienne : jogging, sweat, baskets. Que de marques hein, pour ne pas se faire vanner par nos potes. Certains osent des couleurs vives mais moi je m’habille avec des couleurs sombres. Ma mère m’incite à mettre des vêtements moins « de racaille », mais je me sens à l’aise dans cet « uniforme », dans ma ville de Dugny en Seine-Saint-Denis. Mais en seconde, j’ai découvert un autre monde, le monde de l’argent.

Une association nous a proposé de faire un stage pendant les vacances de février pour découvrir le monde de l’entreprise. Je me suis porté volontaire et j’ai atterri dans une grande entreprise à Issy-les-Moulineaux, dans les quartiers chics des Haut-de-Seine.

Comment reconnaître un quartier chic ? Tout simplement en regardant la hauteur des bâtiments et le style vestimentaire des passants dans la rue : mocassins, chemise, montre de luxe au poignet, costume… Mais aussi les voitures qui passent ! Et, malheureusement, en regardant le prix des plats sur les cartes des restaurants de cette ville. C’était 50 euros le plat, j’ai même vu un filet de saumon à 80 euros.

Ça m’a donné l’appât de l’argent

Pour l’occasion, j’ai sorti un jean et un pull en laine. Je me trouvais élégant, mais mal à l’aise dans mes baskets. Comme j’étais habillé comme la plupart des gens du quartier, je me fondais dans la masse.

Une semaine avant mon stage, j’ai reçu une formation à la mairie de Drancy pour apprendre le comportement à adopter en entreprise. Via l’association qui m’a trouvé mon stage. Pas de langage de la rue, pas de « wesh », pas de check, pas de tenue de sport, etc. Je me suis adapté. Je sais faire. Je parle déjà pas de la même manière à mes potes qu’à ma mère. Il faut savoir comment parler à qui. Il ne s’agit pas de gommer mon identité, mais de changer en fonction de la personne à qui je parle.

Venant d’une quartier populaire, Noâm a mal vécu sa prépa littéraire. A côté de ses camarades parisiens et aisés, il s’est senti en fort décalage : « Un banlieusard dans une prépa parisienne » 

Mon stage s’est bien passé. Mais les différences de classes sociales m’ont frappé. À la machine à café, j’entendais les salariés parler de leurs nouveaux jouets : un SUV dernier cri par exemple. La cantine, c’était un vrai resto. On pouvait prendre du saumon, des steaks frites… À côté de l’entreprise, il y avait une McLaren garée.

Ça m’a donné envie de réussir, de monter de classe sociale. C’est bien de pouvoir s’offrir des SUV facilement. Ça m’a donné l’appât de l’argent. C’était déjà le cas avant, mais maintenant beaucoup plus. Car argent rime avec liberté. On peut s’acheter le nouvel iPhone ou partir à Bali sur un coup de tête. La vie est beaucoup plus facile.

 

Neylan, 16 ans, lycéen, Le Bourget

Crédit photo Unsplash // CC KAL VISUALS

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1 réaction

  1. Le SUV, sois sûr qu’il est à crédit et la dette, c’est par définition l’esclavage.
    Tu le comprendras quand tu auras les chaînes aux pieds.
    Trop tard.