Avatar

Xavier L.26 juillet 2020

Entre Toulouse et ses « quartiers », c’est la fracture

Je suis engagé dans une asso dans le quartier du Grand Mirail, à Toulouse. Une « zone d’exclusion » pour mes camarades du centre... qui n'y sont jamais allés.

Par Xavier L.26 juillet 2020

Le quartier du Grand Mirail, ce serait violence, armes, coups de feu, dealers, une vraie zone de guerre ! Depuis mon arrivée à Toulouse, j’ai été choqué par le discours des médias, mais surtout par celui de mes camarades, étudiants du centre-ville.

Un jour, nous déjeunions avec des amis de ma promo de l’université Toulouse Capitole. Je leur raconte mon engagement en service civique à l’AFEV dans le quartier du Grand Mirail, au sud de la ville. Suite à mon annonce, c’est le malaise total. On aurait entendu les mouches voler. Plus un mot, les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte, ils sont ébahis. Mon annonce n’avait pourtant rien de choquant. J’ai compris qu’il y avait un tabou et une grande méconnaissance des quartiers populaires de Toulouse.

Le quartier du Mirail a été, durant la crise sanitaire et le confinement, un exemple flagrant des inégalités sociales existantes. 20 000 personnes enfermées et entassées avec des difficultés pour se nourrir et accéder à internet.

Ce qui m’a choqué, c’est leur méfiance vis-à-vis de cette zone à ne surtout pas fréquenter car trop dangereuse. Ils me dépeignaient une « zone d’exclusion » alors qu’ils n’avaient JAMAIS essayé de s’en approcher.

« Mais Xavier, ça te sert à quoi d’être dans une asso ? »

Et puis, un soir, une réflexion personnelle m’a envahi l’esprit : alors que je suis moi-même issu d’un quartier prioritaire de la ville (QPV) depuis petit, changer de cadre de vie m’a fait oublier d’où je venais. Je nourrissais, moi aussi, ces a priori alors que j’avais grandi dans un quartier assez similaire. J’étais influencé par les mentalités du centre-ville, qui n’ont pas conscience de la réalité de la périphérie. Mais, par mon engagement en service civique, mon identité est de nouveau en adéquation avec mes pensées et mes actes, même si la différence culturelle est flagrante !

Switcher entre ma vie étudiante dans le centre et mon engagement au Mirail, c’est un vrai changement de monde. Un changement qui est incompréhensible pour moi. Ce sont des codes totalement différents. Quand je suis avec mes amis du centre-ville, le style vestimentaire est différent, les préoccupations de mes potes à la fac reste très superficielles, genre « il faut à tout prix valider mon année universitaire ». J’entends que c’est important la réussite des études mais, dans la vie, il n’y a pas que ça. Il y a aussi la société qui va très mal, mais ces problématiques sont invisibles à leurs yeux. Mes centres d’intérêts sont tout autres. En parlant de mon engagement, ils me disent : « Mais Xavier, ça te sert à quoi d’être dans une asso ? » La fissure est énorme entre le moment où je quitte mon TD de droit administratif des biens et le moment où j’arrive dans le quartier du Mirail pour mon volontariat.

 Au Mirail, quand on entend un pétard, on pense que c’est un coup de feu

Certes il y a les dealers ; certes il y a des tours, et ça a l’air plus gris et surtout beaucoup moins rose que dans le centre-ville. Mais je suis à l’aise. Dans une de mes actions avec le journal de la Reynerie, je peux parler des sujets qui me tiennent à cœur. Je ressens avec les habitants du quartier du Mirail une plus grande conscience de la réalité de cette société, car ils la vivent chaque jour. Un jour, une habitante m’a dit : « Quand on entend un pétard, on pense que c’est peut-être un coup de feu. » Elle a était traumatisé par un événement violent du quartier ! Quand j’entends ça, ça me fait de la peine et ça me met en colère parce que personne, en ville, n’aurait eu peur d’un pétard.

Simon habite dans une cité parisienne. Son quartier, il l’aime sans trop savoir pourquoi. Un ensemble de petites choses du quotidien…

En même temps, lors de mes ateliers d’éducation aux médias et à l’information avec les enfants du Clas [Contrat local d’accompagnement à la scolarité], nous avons abordé la notion de discrimination et leur ressenti au sein de leur école et de leur quartier. Et, à ma grande surprise, ils se sentent tous épanouis dans leur environnement. Ils m’ont dit : « C’est quoi la discrimination ? Dans notre quartier, on est tous pareil, on rigole et on joue toujours tous ensemble. Il n’y a pas de différences. » À travers leur innocence, je me suis rappelé qu’un enfant n’a pas de préjugés. Ce sont les adultes et notre environnement qui forgent notre opinion et nos mentalités.

Toulouse c’est une seule et même ville mais fissurée en deux mondes distinct. Mais nous sommes les seuls responsables de cette situation.

 

Xavier, 22 ans, étudiant, Toulouse

Crédit photo Wikipédia // CC Traumrune

TAGS :