Emely L. 09/01/2019

J’ai été abordée par un pervers sur les réseaux

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En acceptant un inconnu en ami sur Facebook, je ne me doutais pas que j'avais affaire à un pervers récidiviste.

Ma sœur jumelle et moi avions 15 ans lorsque c’est arrivé. Un soir, alors que je sortais de l’entraînement de gymnastique, mon premier réflexe a été de regarder mon téléphone. Comme d’habitude, j’ai un peu navigué sur tous les réseaux. Puis, j’ai vu une notification sur Facebook. Un certain « Quentin » venait de m’envoyer une invitation pour être « amis ». Normalement, je n’ajoute pas les personnes que je ne connais pas. Mais on avait des amis en commun. Bizarrement, uniquement des personnes qui venaient des clubs de gym (Soissons, Senlis, Nogent-sur-Oise…), mais je n’ai pas fait le rapprochement tout de suite. Comme j’ai aussi bien des amis filles que garçons dans mon domaine sportif, cela ne m’a pas alarmé et je l’ai aussitôt « accepté » dans ma liste d’amis.

Quelques heures plus tard, le fameux « Quentin » m’a envoyé un message. « Coucou », disait-il ! Ne voyant toujours aucun danger, je me rappelle lui avoir répondu d’un simple signe de la main, représenté par un emoji. Il n’a pas tardé à répondre. S’en est suivie une longue conversation. Rien ne me paraissait étrange. Il était aimable, gentil et calme. Ses questions me semblaient un peu osées (« Es-tu en couple ? »), mais ça ne m’interpellait pas vraiment. Il a commencé à poser des questions sur ma vie. Il m’a demandé mon âge et l’endroit où j’habitais. C’est à ce moment précis que je me suis inquiétée. J’ai quand même donné mon âge ainsi que la ville où j’habitais. Il a proposé que l’on se voit. J’ai refusé, mais il a insisté. Je l’ai donc tout de suite bloqué. J’ai longuement réfléchi et j’ai pris la décision de n’en parler à personne.

Deux jours plus tard, j’ai appris que le même « Quentin » était venu parler à ma sœur. Il lui aurait posé exactement les mêmes questions, mais aussi tenté de l’appeler en appel vidéo. Ma sœur, elle, n’a pas perdu de temps et l’a tout de suite bloqué sans chercher à savoir ce qu’il voulait.

70 plaintes ont été déposées contre lui

Des semaines plus tard, nous avons été convoquées à la gendarmerie. Ce « Quentin » n’avait pas été problématique que pour nous. Il aurait demandé à des filles du club de Nogent-sur-Oise des photos d’elles. Dans certaines conversations, il aurait même envoyé des photos de lui nu. S’agissait-il d’un pervers ? Les filles ayant reçu ces photos étaient plus petites que nous, je dirais 11-12 ans. Elles ont prévenu leurs parents qui ont porté plainte.

La gendarmerie cherchait plus de preuves pour arrêter le harceleur. À la gendarmerie, ma sœur et moi avons été interrogées à tour de rôle. Suite à nos témoignages, ils nous ont demandé des captures d’écrans de nos conversations. J’avais pour ma part effacé ma conversation, mais heureusement, ma sœur avait encore la sienne. L’interrogatoire fini, il ne nous restait plus qu’à attendre qu’on nous informe sur les suites de cette affaire.

Des mois après, nous avons appris qu’il s’agissait du président du club d’une autre ville, ce qui expliquait le grand nombre de gymnastes qu’il avait en amis sur Facebook. Au total, 70 plaintes ont été déposées contre lui.

Ce n’est pas la première fois qu’il faisait ça. Avant, il avait été président d’un club de basketball et avait été accusé d’attouchements sexuels sur certaines filles. Il avait été renvoyé. Aujourd’hui, il est en prison.

Depuis, ma sœur et moi sommes beaucoup plus vigilantes sur les réseaux sociaux. Nous n’ajoutons plus les personnes que nous ne connaissons pas, même s’ils ont en communs certains amis à nous. Nous ne donnons plus d’informations personnelles via les réseaux. Comme quoi, même dans notre entourage, cela peut nous arriver.

 

Emely, 17 ans, lycéenne, Creil

Crédit photo Wikipédia // CC0

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