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ZEP15 juillet 2017

On compile, on interroge, on résume. Parce que, parfois, nous aussi on a des choses à vous dire !

#Jemontemaboite : ses cours de code montent en puissance

Il y a deux ans à peine, désespérée de ne pas trouver de boulot, Fanchon voyait son parcours comme dénué de sens. Aujourd'hui, elle est à la tête d'une entreprise en pleine expansion. Dans un domaine bien éloigné de ses études.

Par ZEP15 juillet 2017

Fanchon a 27 ans et elle est la cofondatrice de Coding Days. Son ambition : « démocratiser le code à l’aide d’une pédagogie innovante ! »

Graine d’entrepreneuse…

« Je viens d’une famille où il n’y a pas d’entrepreneurs. » Un père employé, une mère prof, Fanchon a grandi dans une école. Devenir entrepreneuse, ce n’était pas franchement un rêve : « Ma culture est très publique, institutionnelle. Je viens d’une famille assez engagée politiquement. Pas du tout entrepreneuriat. » Avec même une certaine défiance vis-à-vis du système privé. « Je voyais que mon père galérait avec le chômage alors que ma mère avait un emploi fixe. »

Son bac littéraire obtenu, Fanchon s’est laissée guider par une envie : habiter à Paris ! « J’ai grandi à Garges-lès-Gonesse, dans le 95. Je dépendais donc de la fac de Villetaneuse, mais je n’avais vraiment pas envie d’y aller ! J’en avais marre de rester en banlieue. » La solution ? Postuler pour aller en hypokhâgne, dans un grand lycée parisien. Stratégie gagnante : en 2007, c’est au lycée Molière que Fanchon a fait sa rentrée. « Ma première victoire ! »

La suite de ses études, Fanchon les a faites en dilettante : « Je n’allais pas beaucoup en cours. J’ai eu mes licences sans mention. » Une licence de lettres, passée en même temps… qu’une licence de mathématiques : « J’ai obtenu des équivalences parce que j’étais prof d’astronomie dans une association. »

Mais si Fanchon n’était certainement pas l’étudiante la plus assidue en amphi, sa vie hors université était plutôt bien remplie. « J’ai été animatrice de centres de loisirs et de séjours de vacances pour financer mes études. Le week-end, j’ai aussi un temps travaillé dans un musée d’art pour enfants, le Musée en herbe. »

« Je gagnais ma petite vie, j’allais beaucoup au théâtre, je faisais de la poésie sur Twitter et… ça n’avait pas de sens ! » Fanchon s’est donc mise à la recherche d’un emploi, mais ne trouvant rien, c’est vers le service civique qu’elle s’est tournée : « J’ai été recruteur de donateurs pendant six mois ! J’informais les personnes sur le don d’organes. » Puis, à nouveau, la recherche d’emploi. À nouveau la galère : « J’aurais bien aimé travailler dans l’administration d’un théâtre, dans le milieu culturel, mais je ne trouvais vraiment rien. »

Décision : « Je suis devenue prof, dans l’académie de Créteil. » Voilà Fanchon maitresse dans une classe de CE2. L’affaire d’une année seulement : « Cela m’a plu, mais les conditions de travail étaient vraiment difficiles. » Du coup ? « Du coup, je suis partie à Nantes. » CDD aux Francas de Loire Atlantique, une association d’éducation populaire. « Cela m’a beaucoup appris, notamment des techniques d’animation de groupes adultes, un public que je ne connaissais pas. »

Son contrat terminé, Fanchon est retournée vivre à Paris… ou presque. « J’ai voulu faire du comunity management en freelance. Je ne gagnais pas du tout ma vie. J’étais retournée vivre chez mes parents. C’était l’enfer. »

Un jour, l’idée

« Toutes les soirées de réseaux ont lieu le soir à Paris. Pour réussir, il faut être parisien ! » Fanchon a donc décidé de louer un studio pour de nouveau habiter à Paris… où elle a alors rencontré son futur associé.

« Je suis un peu Madame Bons Plans, je fais tous les concours pros qui existent, pour rentrer dans des réseaux et assister à des conférences qui sont normalement payantes. » Fanchon a ainsi postulé pour être ambassadrice de la marque Orange à l’occasion du salon Vivatech. C’était en mai 2016. Son futur associé, Alex, l’était lui aussi. « Alex donnait alors des cours de code en freelance, « de façon assez artisanale ». Il m’a dit : je parie que je peux t’apprendre à coder. J’avais du temps. J’étais au chômage. Je suis devenue son élève. » Fanchon avait 26 ans. Alex, 24.

« Ça a vraiment été une rencontre humaine. » Et sur le plan professionnel, les deux ne se sont depuis plus quittés. « Au début, je l’ai conseillé par rapport à sa communication sur les réseaux sociaux. » Rapidement, Fanchon a totalement adhéré au projet d’Alex et son investissement a naturellement pris de plus en plus d’importance. « Il était assez pédagogue de manière intuitive, mais il n’avait rien théorisé. Je lui ai parlé de la pédagogie Montessori et de mon expérience en tant que formatrice. Ça lui a plu et on a tenté d’appliquer ça aux adultes. »

Réussite. Résultat : de plus en plus de clients ! « Alex m’a alors dit qu’il en avait marre d’être seul. Il m’a proposé qu’on s’associe pour créer une société. » L’entreprise Coding Days existe ainsi très officiellement depuis le 17 mars dernier.

Développer son projet…

« Savoir coder, c’est une prise de pouvoir. On propose des formations courtes directement à des particuliers, mais aussi à des entreprises, des institutions, des associations… On ne forme pas de développeurs, mais des professionnels qui ont besoin de connaissances relatives au code. On est sur des soft skills. » Le projet est encore tout jeune, Fanchon et Alex ne se versent pas (encore) de salaires : « On paie les personnes avec qui on travaille, mais pas nous. On travaille comme des dingues, mais on sait, on a signé des contrats, que l’argent va rentrer et là… on va se faire du bien. »

Mais en attendant : boulot, boulot, boulot. « J’ai Coding Days et mon couple. Je ne peux pas boire des verres avec des amis, partir en week-end, en vacances… Ce sont des choix de vie. » Des choix faits par Fanchon sans hésitation !

« J’apprends tous les jours. Ce n’est, de toute façon, pas du temps perdu. Même si cela ne devait pas fonctionner, maintenant, j’ai un filet de sécurité : l’expérience que j’ai acquise, le réseau que je me suis créé. » Un investissement pour l’avenir ! Il y a un peu plus d’un an, Fanchon ne trouvait pas de travail ; aujourd’hui, elle est contactée par des chasseurs de têtes qui cherchent à la recruter. « Dans les réunions, les gens te serrent la main et te demandent : « T’es d’où ? » Ils sont plutôt habitués à entendre répondre HEC. Moi je dis : Sorbonne nouvelle. Ça fait rire. » Et Fanchon aussi, ça la fait sourire. Elle qui pensait que son parcours n’avait aucun sens, voilà qu’il est un atout pour elle. Public, privé, milieu associatif, freelances, elle connaît. Elle sait à qui s’adresser. Et comment. « Je n’ai plus peur en l’avenir. Plus du tout. »

 

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