Myriam B.

Myriam B.14 juin 2018

J’aime lire et la musique.

Les familles en Guinée et les familles en France, rien à voir !

En Guinée, chez son oncle, Myriam était la bonne à tout faire. Depuis qu'elle habite en France, en famille d'accueil, elle découvre avec bonheur la liberté.

Par Myriam B.14 juin 2018

Je suis Guinéenne et je suis en France depuis le 29 janvier 2018. Depuis que je suis là, je remarque que les manières de vivre sont vraiment différentes de chez moi en Guinée : les cultures, les coutumes, les traditions et la vie de famille… Ici, chacun est libre de faire ce qu’il veut. Je me rends compte que je n’étais pas libre.

Avant de venir en France, j’ai vécu des choses très difficiles à endurer. C’est ce qui m’a fait venir ici : je voulais trouver une meilleure vie.

Ici en France, chacun peut choisir sa propre religion. Tandis que chez moi, j’étais obligée de pratiquer la religion de mes parents, la religion musulmane, même si je ne le souhaitais pas. Ma famille est très religieuse, l’éducation dure et difficile. Mon oncle en particulier : avec lui, c’est interdit de s’habiller n’importe comment. C’est interdit de saluer un inconnu. Tu es tenue de te voiler quand tu es avec lui, même si tu ne le veux pas.

Obligée de m’occuper de tous les travaux de la maison

Quand mon papa est décédé, ma mère s’est remariée avec mon oncle, qui est le jeune frère de mon papa. Tout a basculé quand on a commencé à vivre avec lui, moi et mes frères et sœurs, avec les “co-épouses” de ma mère (les femmes de mon oncle avant ma mère, trois en tout dans la même maison). J’avais 11 ans quand il est venu habiter avec nous. C’était il y a deux ans et demi.

Comme je suis l’aînée de ma famille, j’étais obligée de faire tous les travaux de la maison. On m’a fait abandonner l’école pour que je m’occupe de la cuisine, de la lessive et de la vaisselle. Chaque soir aussi, après avoir fini de faire tous les travaux, je lavais mes sœurs et frères. Pour le dîner du soir, fallait que mon oncle mange d’abord, avant qu’on donne à manger aux enfants.

Quand je suis arrivée en France, c’est une association pour les mineurs isolés qui m’a logée chez des familles en attendant que le juge valide mon statut de mineure et ma situation.

Trois familles très accueillantes

J’ai été gardée par trois familles différentes en France. Elles ont toutes été très gentilles avec moi.

Ma première famille, c’était une dame qui vivait seule à Paris dans sa maison. Pour commencer, la dame m’a acheté des habits, de la nourriture, elle m’a donné de l’argent pour m’acheter moi-même ce que je voulais de temps à autre. J’aime beaucoup lire, et elle me donnait des livres à lire !

Elle était très sympa avec moi, j’avais une chambre pour moi toute seule, je me sentais vivante avec cette femme adorable ! Je suis restée avec elle durant deux semaines.

Pour Dory, c’était mieux en foyer ! Mieux que chez elle, où elle a dû rentrer… “J’étais mieux en foyer que dans ma famille”

Après, je suis allée dans une autre famille, chez une femme qui vivait avec son mari et ses deux enfants, une fille et un garçon. Mes frères et sœurs me manquaient tellement que la femme chez qui j’étais me laissait jouer avec ses enfants ! On jouait presque tout le temps quand ils n’avaient rien à faire, on adorait se voir. Quand je jouais avec eux, je pensais aussi à mes frères et soeurs.

La troisième famille, c’était une femme et ses enfants, un garçon et une fille plus âgés que moi. Mais c’était parfait aussi parce qu’ils me donnaient presque tout ce que je désirais et moi, en retour, je faisais la cuisine de chez moi et on mangeait ensemble. Ils adoraient les repas que je faisais pour nous et ça me faisait très plaisir de le faire parce qu’au moins, ici, je ne suis pas obligée de le faire comme chez moi au pays. Ici, je le fais quand je le veux et quand ça me plait.

Ici, en France, les parents sont géniaux et adorables. Ils compliquent pas la vie pour leur prochain ou pour leur enfant. Ils laissent faire les enfants ce qu’ils veulent faire s’ils ont le droit de le faire bien sûr et ça c’est ce qui me plaît en France. Ici, la vie semble simple. Les lois sont respectées, tandis que chez moi, les gens s’en fichent complètement des lois guinéennes. Ici, en France, les enfants sont prioritaires. En Guinée, ce sont les parents qui sont prioritaires.

 

Myriam, 15 ans, apprentie en formation professionnelle, Paris

Crédit photo © Istiqlal Films // Amin (film 2018)

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