Lisa10 mai 2017 3 mn

Laissez-moi tranquille avec mes kilos en trop !

Le culte de la minceur frappe toujours ! Assumées ou dissimulées, les rondeurs peuvent peser sur le moral, surtout quand elles suscitent des moqueries. Lisa en sait quelque chose... 

Par Lisa10 mai 2017 3 mn

Pour être acceptée dans la société, il faut être grande, belle… et faire une taille 36. Depuis que je suis petite, la femme m’est montrée ainsi. Vu que je suis de taille moyenne, brune et que je fais une taille 42, j’avoue que mon rêve d’être un jour la nouvelle miss France s’est vite écroulé.

Plus jeune, j’étais une fille exactement comme les autres, petite, brune et surtout fine.

Mais à six ans, je me suis fait opérer des amygdales et depuis ce jour, les kilos se sont accumulés. Les moqueries à l’école ne se sont pas fait attendre : quand je suis rentrée au collège, j’étais la petite grosse qu’on allait jusqu’à traiter d’anormale ou même de monstre.

A l’école, à la maison, j’étais la vache qui ne savait rien

Celle à qui les garçons ne voulaient pas parler, celle que l’on évitait, c’était moi. Quand je marchais dans les couloirs, j’entendais des rires et des chuchotements de la part des autres élèves, et je sentais leurs regards peser sur moi.

Vous pensez peut-être que les critiques s’arrêtaient à l’école, mais quand je rentrais chez moi j’étais la grosse vache qui ne savait rien faire.

Mon père a toujours été le premier à se moquer de moi. Il surveillait ce que je mangeais et me faisait des réflexions.

Devant mes oncles, il n’hésitait pas à me traiter de grosse en précisant qu’il « ne comprenait pas pourquoi ». Je crois qu’il n’a jamais cherché à savoir pourquoi j’étais comme ça.

Puis il y a eu ma sœur, Coralie. La fille parfaite, jolie, avec un corps de rêve. Tous deux pensaient que se moquer de moi allait me faire réagir et que j’allais maigrir, mais ça n’a fait qu’empirer les choses. Je m’enfermais dans ma chambre avec des paquets de chips et de gâteaux pour me goinfrer sans que personne ne me voie.

Ma mère, quant à elle, m’a toujours soutenue dans tout ce que je faisais, mais elle voyait que je souffrais de ce mal-être. Ma cellulite et mes vergetures me complexaient de plus en plus.

Au lycée, enfin une certaine sérénité

Quand je suis rentrée au lycée, le stress est monté à l’idée d’intégrer une seconde spécialisée dans la mode : l’appréhension de l’internat, le fait de rentrer dans une classe que j’imaginais réservée aux tailles 34. J’imaginais que toutes les filles de ma classe ressembleraient à des mannequins, à ces filles que l’on voit dans les défilés de haute couture. J’avais peur de ne pas y trouver ma place.

Les douches communes m’ont plongée plus profondément dans mes complexes. Traverser le couloir en peignoir me traumatisait. Pourtant, contre toute attente, tout se passait pour le mieux.

Dans ma classe, les filles ne me critiquaient pas et les garçons me parlaient, une sorte de nouveauté pour moi.

Quand j’ai commencée à voir que des garçons me regardaient plus qu’au collège, j’ai voulu faire un régime. J’ai complètement arrêté de manger ou presque. Le matin, au petit-déjeuner, je me contentais d’un jus de fruit tandis que le midi, j’avalais simplement une pomme. Pour le dîner, un yaourt faisait l’affaire. Logiquement, six mois après, le résultat était là : dix kilos en moins. Je me sentais mieux et je suis passée d’une taille 42 à une taille 40.

Rentrée en première section mode, je faisais toujours une taille 40. Je me suis laissée séduire par un garçon qui me complimentait et me rassurait sur mon apparence.

En terminale, tout s’est déroulé comme dans un rêve.

Des magasins spécialisés, au revoir la féminité

Rentrée 2016, j’intègre la première année de BTS mode en étant repassée à une taille 42.

Les petites habitudes de couple m’ont vite fait regrossir. Nous avons passé l’été à manger des sucreries, des kebabs et autres pizzas… Je n’ai pas réfléchi ni pensé aux conséquences sur mon corps.

En filière mode, mon goût pour les vêtements s’est développé. L’envie de ne pas s’habiller comme tout le monde s’est manifestée.

Malheureusement, être différente n’est pas forcément possible pour une femme ronde. Les vêtements qui me plaisent ne se font pas pour les grandes tailles ou alors sont très mal ajustés.

On est considéré comme ronde dans les magasins à partir d’une taille 46, et les vêtements ne sont pas du tout les mêmes que pour les autres. Larges, sans vraiment avoir de forme, ils ne sont pas sexy.

Devoir aller chez des enseignes dédiées aux rondes me semble injuste et  très discriminant. C’est un peu comme si on faisait des magasins pour les brunes et d’autres pour les blondes. Et puis, ces magasins ne sont pas très nombreux. Ce n’est pas non plus simple de s’habiller quand on est en surpoids. Avec ma taille assez fine par rapport à mes cuisses, je me retrouve à prendre des jeans dans lesquels mes cuisses se faufilent mais qui baillent au niveau de la taille.

Je trouve que ces magasins « spéciaux » peuvent aussi pousser les femmes à ne pas prendre soin d’elles comme elles le devraient.

Le regard des autres joue beaucoup dans notre société. La plupart des filles veulent plaire et rentrer dans le moule de la femme idéale. Je me suis déjà demandée si un jour je pourrais rentrer dans ce moule mais en fait je ne le veux pas.

Je me suis demandée comment mon compagnon pouvait aimer une fille aussi grosse. D’ailleurs, j’avais peur du jugement de ses amis et des moqueries. Mais je me suis rendu compte que je n’avais rien à faire du jugement des gens. Je veux vivre avec mes kilos en trop ! Je les assume, même si cela n’a pas toujours été facile. Je veux assumer la femme que je suis devenue.

 

Lisa, 18 ans, étudiante, Dijon

Crédit photo 20th Century / Spy avec Mélissa McCarthy et Jude Law

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2 réactions

  1. Bravo Lisa. C’est toi qui es dans le vrai. Tu devrais créer une collection jolie et sexy avec des modèles prévoyant des tailles normales (42 et plus). Tu aurais des clientes ! Dans le métro et dans la rue, des filles qui font du 36 il n’y en a pas tant que cela…

  2. Un témoignage à l’image de notre société contemporaine: une société qui s’épuise à rechercher une perfection illusoire et ô combien temporaire. La beauté des êtres ne réside pas que dans leur apparence physique mais dans leur bonté intérieure, seule qualité susceptible d’apporter un peu de lumière à ceux qui en sont privés. Malheureusement, à regarder les adolescentes qui m’entourent, le corps a, pour elles, plus d’attrait que le coeur. Modeler son apparence – au prix d’une immense souffrance parfois mortifère – pour rentrer dans les canons d’une mode qui honnit les tailles au-delà du 42 (si ce n’est du 40….), quel bien triste modèle de société construisons-nous pour les femmes de demain et les jeunes filles d’aujourd’hui! La minceur est-elle le seul chemin pour être heureuse en tant femme? C’est sans doute ce que les magazines de mode veulent nous faire croire mais la réussite ne se niche pas dans le corps mais dans le coeur car seul lui ouvre les portes du coeur des autres….