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Mel Z.20 novembre 2019

Placée en foyer, ça ne remplace pas ma famille

On m'a d'abord séparée de mes parents. Puis de mes frères. Une souffrance qui m'a suivie de foyer en foyer, jusqu'à aujourd'hui.

Par Mel Z.20 novembre 2019

Quand j’avais 15 ans, moi et mes frères avons été placés en foyer d’urgence. Mes deux frères avaient 12 ans et le plus petit 5 ans. Nous avons été séparés de notre mère à cause de violences envers mes frères dont j’étais témoin. Au moment où ils ont décidé de nous placer, ils m’ont dit qu’on allait être tous ensemble. J’ai continué à espérer garder cette famille, même un peu abîmée. Au moment du placement, j’ai été confrontée à la réalité car rien de ce qu’on m’avait promis n’a été tenu. Ma famille a été séparée.

L’article 9 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant dit que l’enfant a le droit de vivre avec ses parents, de ne pas être séparés d’eux. Pour moi, ça veut dire que les enfants ont le droit d’avoir une famille. Pourtant, en France, 177 000 enfants sont placés, soit en foyer, soit en famille d’accueil.

Différents âges, différents foyers

Moi, j’étais dans un foyer à Orsay, à côté d’un magasin. Cet endroit était un peu triste, il n’y avait pas beaucoup de fauteuils et les chambres n’étaient constituées que d’un lit et d’un bureau. Mes frères ont été placés chacun dans un endroit différent. Un dans une famille d’accueil à Draveil, un autre dans un foyer dans un autre département et puis le petit dernier à Verrières-le-Buisson.

On nous a dit qu’on ne pouvait pas rester ensemble dans un même établissement car on n’avait pas le même âge. Mais mes frères jumeaux avaient le même âge et ont été quand même séparés. Je n’ai pas compris pourquoi.

L’Aide Sociale à l’Enfance (ASE), c’est un service social qui doit agir en faveur de la protection des enfants mais dans les faits, ce n’est pas toujours le cas. En janvier 2019, France 3 a diffusé un documentaire sur l’ASE et le fonctionnements des foyers. Une enquête à voir absolument : « Enfants placés, les sacrifiés de la République ».

Ça a été très douloureux pour moi cette séparation. Quand on vivait tous ensemble, mes frères et moi, on se disait tout, on jouait ensemble, même si parfois, on se chamaillait.

Même séparés, j’ai gardé l’espoir d’être avec eux, mais rien ne se faisait. Les jours, les mois passaient et toujours rien. J’ai ensuite été placée dans un autre établissement à cinq minutes de la gare. Cet endroit était plus joyeux que le premier et j’ai commencé à me construire, à oublier l’idée d’être avec eux, à faire le deuil de cette famille. J’ai essayé de faire avec quoi.

Mais je n’y suis pas arrivée car je pensais toujours à eux. Dans ma famille, malgré la violence, il y avait toujours de l’amour. C’est ce qui m’empêchait tant bien que mal de les oublier.

Je reconstitue peu à peu ma famille

Puis le juge nous a enfin accordé des visites médiatisées, avec mes frères et ma mère. Une fois par mois dans un premier temps et deux fois par mois si la relation évoluait. Au début, je ne voulais pas y aller car il n’y avait pas de discussion, c’était compliqué. Mais avec le temps, on a eu plus de discussions et aujourd’hui, j’ai des visites libres deux fois par mois et ça se passe très bien : on sort, on mange dehors.

J’ai aussi des visites médiatisées une fois par mois avec mon père, avec lequel je n’ai pas vécu longuement en dehors des week-ends. Quand on m’a accordé ce droit, j’étais un peu stressée et apeurée. Ça faisait quatre ans que je ne l’avais pas vu. Je ne savais pas si ça allait se passer bien ou pas. Au final, c’était mieux que ce que je pensais. Avec ces visites, je le redécouvre. J’en suis bien contente.

Le foyer c’est cool, mais ça ne remplace pas ma famille

Aujourd’hui, moi et mon père nous parlons par téléphone. On discute de moi : de mon année scolaire, si ça va au foyer. On se voit un samedi sur deux. J’ai la sensation que je reconstitue peu à peu ma famille. Mais je ne veux pas forcément vivre avec lui. Ce n’est pas que je ne l’aime pas, mais j’ai pour habitude de le voir seulement de temps en temps et pendant les vacances scolaires.

Je préfère être placée en foyer. Tu n’es pas seule, tu rencontres d’autres garçons et filles. Personnellement, je suis avec d’autres filles, qui sont là pour différentes raisons. En famille d’accueil, pour moi, c’est comme si on venait perturber une famille et les enfants de cette famille. Alors qu’au foyer, il y a plein d’éducateurs et ça, c’est cool !

Cherine aussi a vécu dans un foyer et elle a adoré. Elle y a rencontré de très belles personnes et vécue de super expériences : « La vie au foyer, c’est pas du tout ce que j’imaginais. »

Mais on aurait dû nous mettre ensemble avec mes frères, comme ils nous l’avaient dit. Comme ça, on aurait été ensemble, mais aujourd’hui, on est tous séparés. Pour moi, le foyer ne peut pas remplacer une famille.

 

Mel, 17 ans, lycéenne, Orsay

Crédit photo Unsplash // CC Annie Spratt

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