Gabrielle A.

Gabrielle A.3 août 2018

Je suis lycéenne à Paris.

A 6 ans, j’ai eu un cancer… et je l’ai battu !

Gabrielle était enfant quand on lui a diagnostiqué un cancer. Près de 10 ans plus tard, elle se souvient de la chimiothérapie, des longs séjours à l’hôpital... et d'un sentiment de culpabilité vis-à-vis de sa famille.

Par Gabrielle A.3 août 2018

A 6 ans, j’ai été hospitalisée pour une leucémie lymphocite B. On ne savait pas si j’allais m’en sortir. Je n’ai pas eu de réaction particulière, je n’ai jamais rien dit pour ne pas inquiéter mes parents. Mon père s’est remis à fumer. Je n’ai pas beaucoup de souvenirs précis, mais je sais que ma mère disait : « J’ai peur qu’elle vive avec ça toute ma vie. »

Mes proches, les adultes, car les enfants n’avaient pas le droit, se relayaient pour me rendre visite. Ils devaient porter une tenue spéciale blanche et verte, pour éviter les contaminations. A l’époque, je n’avais qu’un petit frère, mais je ne le voyais pas beaucoup. Je passais la plupart de mon temps à l’hôpital, pour la chimio, et quelques week-ends chez moi. Un professeur venait à l’hôpital ou chez moi pour m’apprendre à lire.

À cause de moi, personne de ma famille ne partait en vacances. La nuit, mon père, ma mère ou l’un de mes grand-parents restait toujours dormir avec moi. J’étais aussi surveillée jours et nuits par des médecins pour changer mes perfusions et pour me faire des piqûres. Je me rappelle que la nuit, mon bras se soulevait tout seul.

Deux ans et demi à l’hôpital

Il y avait une piqûre que j’aimais et détestais en même temps. C’était LA piqure, celle avec trois-quatre médecins autour de moi qui piquaient toujours au même endroit dans le dos. Je l’aimais car c’était la seule pour laquelle j’avais le droit à un masque anesthésiant avec une odeur que je voulais, et des clowns venaient pour me distraire de la douleur. Tellement forte que j’arrive à m’en souvenir. Je la détestais car en plus de la douleur, je devais ensuite rester deux heures allongée sur le dos sans bouger.

Je n’ai plus eu le droit de manger de sel. Ce que je mangeais n’était pas très bon, à part les nuggets de l’hôpital que j’adorais. À cause de la chimio je n’avais plus de cheveux, je mettais un foulard sur ma tête, j’en avais de toutes les couleurs. J’étais fatiguée, un peu grosse et souvent de mauvaise humeur. Je ne voyais pas beaucoup mes amis, et ne pouvais pas aller dans les lieux publics.

Mon cancer a duré deux ans et demi. Je pense qu’il m’a apporté une certaine maturité. J’étais plus inquiète pour mes parents que pour moi-même. J’ai fait des rencontres à l’hôpital, surtout des adultes que je vois encore aujourd’hui. Dans ma chambre, je croisais d’autres enfants malades.

J’ai l’impression que ça a eu plus de conséquences sur mes parents et mon frère à l’époque que sur moi-même. Mon frère, petit, manquait d’attention et a eu une période où il enchaînait des crises de colère. Aujourd’hui, ce ne sont pas vraiment les mauvais souvenirs qui reviennent. Ça fait seulement partie de mon enfance, et j’arrive à en rire.

 

Gabrielle, 15 ans, lycéenne, Paris

Crédit photo Numinious Games // © That Dragon, Cancer (jeu vidéo)

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