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Liane A.13 janvier 2021

Dans mon KFC, nos conditions de travail bafouées

Management de la terreur, harcèlement moral, gestion catastrophique de la crise sanitaire... Dans le KFC où j'ai travaillé, la direction avait pour habitude de piétiner les employés. J'y suis quand même restée deux ans.

Par Liane A.13 janvier 2021

Cet article recoupe les récits de plusieurs ancien.ne.s salarié.e.s du KFC de Nice. Choquée par les conditions de travail, Liane a accepté de témoigner.

J’ai travaillé au KFC de Nice, au centre commercial Lingostière, pendant deux ans pour mes études. J’ai dû partir en raison des cours, mais surtout parce qu’on n’y respectait pas les droits des employés, surtout pour les étudiants comme moi.

Je travaillais dans des conditions de travail pas correctes. Quand j’y étais, j’avais l’habitude d’être au Drive : avec la crise sanitaire, on sortait avec les tablettes pour prendre les commandes. On faisait ça dehors par deux. Il arrivait qu’il pleuve mais même s’il pleuvait trois heures, on restait dehors. Il n’y avait pas vraiment de rotation de poste : seulement lorsque l’employé programmé finissait ses heures ou sa journée de travail au lieu de tourner pendant la journée. Quand il n’y avait plus de clients, on nous autorisait parfois à rentrer. En dehors de ça, on restait au poste. Je croyais que ça allait cesser mais une collègue m’a dit que ça continuait en pleine période hivernale, elle aussi est partie.

Là où je travaillais, il y avait un management de la terreur

Il y avait aussi d’autres problèmes au niveau de la gestion du personnel. C’était monnaie courante de faire un management de la terreur et de menacer les employés.

Normalement, ils font les plannings en fonction des heures de cours et de la disponibilité des étudiants. Le but est de ne pas prioriser l’un au détriment de l’autre.

Sauf qu’au sein même du restaurant, il n’y avait pas vraiment d’équité. Il y a des personnes qui étaient plus proches de tel ou tel manager et donc plus ou moins privilégiées sur certains postes. Moi, quand j’ai commencé, je me suis approchée du superviseur pour qu’il revoit mon planning parce que je ne pouvais pas travailler sur certains horaires avec mes cours : il m’a dit de ne pas oublier que j’étais en période d’essai et qu’il pouvait me virer à tout instant. Alors que c’était la première fois que je demandais à changer de planning… J’ai dû me plier à ses ordres parce que j’avais vraiment besoin de ce poste. J’ai seulement pu changer quand j’ai validé ma période d’essai.

Les discriminations ne visaient pas que les étudiants étrangers comme moi, mais aussi les nationaux. Nul n’était épargné, tout dépendait du manager que vous aviez en face de vous et avec qui vous travailliez. Une collègue d’origine grecque a dû partir à cause des discriminations. J’ai appris qu’encore récemment, ils voulaient faire partir deux personnes.

Pour ça, ils avaient une méthode : on te planifiait, tu travaillais de telle heure à telle heure mais tu devais quand même être disponible sur une large plage horaire. Et on pouvait te faire faire le même poste de manière très répétitive : il y avait de fortes chances que tu fasses les frites (on se brûlait constamment) ou que tu fasses le lobby, de la gestion de salle. Le ou la « lobbyiste » veille à la propreté de la salle, au nettoyage des plateaux et à vider les poubelles. On te mettait toujours sur des postes où tu ne te sentiras pas à l’aise.

Moi, par exemple, au début, je n’étais pas appréciée. J’ai passé toute ma période d’essai, soit deux mois, au lobby.

Le fast-food était devenu un vrai Loft Story

J’avais aussi un manager qui sortait avec ses employées. Qu’ils sortent ensemble, ça ne me dérangeait pas. Mais le problème, c’était le favoritisme. Il lui demandait : « À quel poste tu veux être ? » Alors que nous, on nous mettait au lobby. Normalement, les fast-foods c’est de la rotation, de la polyvalence…

La plupart des employés aiment bien être à la préparation de commande, ou au rabbit, c’est la remise des commandes du Drive… Parce qu’il s’agit des postes les moins énervants et moins épuisants, et on n’est pas en contact direct avec le client. Avec les clients, il faut constamment garder le sourire et son sang-froid, même s’ils sont insultants.

Dans une enquête menée par StreetPress et Mediapart, 78 employé.e.s travaillant à McDonalds dénonçaient en décembre dernier le sexisme, la grossophobie et le harcèlement subis au sein de différents restaurants de la firme. Loin d’être des cas isolés, ces violences sont systémique au sein de la chaîne de fast-food.

Une autre manager est partie en pleine période de rush un samedi midi, au milieu d’une vague de clients. Des bruits de couloirs disaient que notre superviseur lui avait fait la cour. Comme elle refusait, il la faisait chier et n’arrêtait pas d’être derrière son dos. Je pense qu’elle est partie parce qu’elle en a eu marre.

Et ainsi de suite… Ce KFC, c’était une sorte de Loft Story, et ça entraînait des démissions.

Une salle, une ambiance : une sale ambiance

Même entre managers ! Ils ont tout fait pour pousser une autre manager vers la porte. Ils se sont regroupés entre eux, à quatre ou cinq, et ils avaient toujours des choses à dire sur sa manière de gérer les équipes. Il arrivait parfois que le directeur lui crie dessus devant nous. L’équipe compatissait pour elle : c’est vrai qu’elle n’était pas toujours sympa avec nous mais qu’on la traite comme une moins que rien, ou qu’on remette constamment son travail en cause devant les employés, c’était écœurant. D’autant plus que cette pression peut jouer sur l’état de santé. On ne peut pas travailler dans une entreprise qui évolue dans une atmosphère toxique.

Quand Anatole a décroché un job d’été dans un hôtel de luxe, il s’est senti privilégié. Puis il est devenu le larbin de l’hôtel… au point d’être épuisé par les tâches ingrates et les heures supp’.

Un jour, mon directeur a menacé une collègue qui avait décidé de partir sans avoir fait son préavis de départ parce qu’elle ne supportait plus le manque de respect et l’ingratitude. Ce qui est considéré aux yeux de la loi comme un abandon de poste. Plutôt que de le prendre ainsi, il lui a demandé de répondre à ses appels ou sinon il téléphonerait à son tuteur pour lui dire que ce n’était pas une employée modèle et mettrait ainsi fin à son nouveau contrat d’apprentissage. Il était prêt à lui pourrir la vie.

Des employés infectés, et alors ?

Ce qui m’a le plus choquée, c’est qu’avec la crise, quand un salarié était atteint de la Covid-19, ils ne nous prévenaient pas. J’ai eu un ami/collègue atteint de la Covid-19 et on l’a juste appris par une affiche. Pour sa sécurité, c’était tout à fait normal. Mais ils auraient dû demander aux collègues qui ont travaillé avec lui de se mettre en quarantaine et de se faire dépister… À ce moment-là, j’étais en congés, j’ai repris mes fonctions et j’ai demandé à mes collègues : « Ah mais vous avez travaillé avec lui ! Est-ce que l’établissement a demandé de faire un test ? » Ils m’ont répondu que non.

Vraiment, la crise sanitaire était très mal gérée. Tout ça parce qu’on ne les dénonçait pas. Alors ils ont continué leurs manigances.

S’il m’arrive de reprendre un jour dans le secteur du fast-food, je continuerai à m’affirmer, tout en respectant mes supérieurs. Depuis que je suis partie, je me sens mieux. Le boulot était épuisant, et ça se faisait ressentir par des douleurs insupportables au dos. En dehors de ça, psychologiquement, ça fait du bien de ne plus se sentir humiliée à tout moment, même si depuis je suis sans emploi !

 

Liane, 23 ans, étudiante, Nice

Crédit photo Unsplash // CC Maxime Lebrun

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1 réaction

  1. Soutien à toi, j’ai également travaillé au KFC de Lalande où les conditions étaient également déplorables : harcèlement moral, sexiste, pression pour faire démissionner les employés, conditions de travail catastrophiques (pendant 1 mois j’étais seule à faire le drive, la caisse et le lobbying) de 14h30 à 18h. Aucune reconnaissance, ni respect. C’est malheureux mais qu’on est précaire on se retrouve dans ce genre de poste et l’excuse est qu’on doit faire des études pour avoir un poste ou on se fait respecter mais ce n’est même plus vrai. On bac + 5 t’amène des fois à rien. Donc le respect d’une personne se fait au détriment d’un bout de papier ?