Thomas C.18 janvier 2018

Du lycée hôtelier à Sciences Po, j’ai pris mon temps et c’est tant mieux !

Qui a la clé de la bonne orientation ? Pour Thomas, l'important est de bien se connaitre. Faire des erreurs, arrêter ses études, les reprendre, cela fait partie du processus. Titulaire d'un BEP dans l'hôtellerie. Le voilà en route pour un Master à Sciences Po.

Par Thomas C.18 janvier 2018

Pour pouvoir bien s’orienter, il faut bien se connaître. On a le droit de ne pas se connaître à 15, 18 ou même 20 ans. On a le droit de se tromper, d’essayer, de passer par des chemins de traverse, d’arrêter et de reprendre ses études.

Rien de plus démotivant que l’idée toute faite de la « voie royale » selon laquelle le meilleur chemin reste de passer son bac, de préférence sans avoir redoublé, de faire ses cinq (ou plus) années d’études dans la même filière sans  interruption, et de travailler après un ou deux stages plus ou moins rémunérés.

Après la Troisième, mes résultats scolaires étaient trop mauvais pour envisager un passage en Seconde. C’était le redoublement ou une orientation en filière professionnelle. Autant dire le cauchemar pour ma pauvre mère, un scénario de cancre, de raté. Je me souviens encore du visage résigné des profs qui me voyaient déjà finir avec un CAP coiffure ou boulangerie.

BEP, puis Première STG

J’ai choisi de faire un BEP dans l’hôtellerie, à Toulon. Je n’avais plus envie d’aller à l’école, je voulais travailler vite, gagner mon propre argent, produire quelque chose.

Je garde un souvenir extraordinaire de mes deux années de BEP. J’y ai rencontré des gens ouverts d’esprit, aux préoccupations d’adultes. Loin des bons à rien vaguement butés que l’enseignement professionnel a l’injuste réputation de drainer.

Mais la restauration n’est pas ma vocation. Ce secteur offre un panel de métiers géniaux mais exigeants, et il faut être un tout petit peu passionné pour y prendre du plaisir. Je suis donc retourné dans mon ancien collège, qui est aussi un lycée, et j’ai rencontré le proviseur pour le convaincre de m’offrir une place. Je l’ai convaincu et je me suis retrouvé en Première STG (devenue depuis STMG). Là, c’est devenu le grand flou, les cours m’intéressaient mais je ne me voyais pas devenir comptable. Alors, après le bac, j’ai choisi une licence AES à l’IAE de Lyon.

Et là, catastrophe, l’échec total. Non seulement je ne m’y suis pas senti bien, mais au bout de deux mois, je me suis carrément demandé ce que je faisais là. En plus, les extras que je faisais dans un restaurant à côté des cours m’épuisaient.

Mon Code Dalloz sous le bras

La lumière s’est matérialisée avec le droit. Les quelques cours que j’avais en AES me passionnaient et, ça peut paraître bête, mais moi aussi j’avais envie de me promener toute la journée avec un Code Dalloz sous le bras. A 19 ans, je trouvais que ça en jetait.

Donc, ce fut le droit. Manque de bol, les places en première année sont trop demandées et les néo bacheliers sont privilégiés. J’ai donc dû attendre une année de plus pendant laquelle je me suis contenté de mes extras avant de pouvoir m’inscrire, grâce au programme d’études à distance de l’université Paris 2.

Travailler le droit à distance, seul devant son ordinateur, sans faire partie d’une promo, n’est pas facile. Mais j’ai quand même pu décrocher (sans vraiment briller, je l’avoue) deux ans de licence. Pour la troisième année, j’ai sauté sur l’occasion de l’apprentissage avec une licence d’Administration Publique de l’IPAG de Montpellier. J’avais toujours besoin d’argent et j’ai gardé du lycée hôtelier l’idée qu’on n’apprend jamais mieux que dans un contexte professionnel. J’ai donc réussi à décrocher un apprentissage et j’ai obtenu ma licence avec mention.

De l’art de perdre du temps

Depuis un an, je travaille comme juriste. Une nouvelle pause dans mes études due à mon échec à l’examen d’entrée en Master à Sciences Po Paris l’an dernier. Mais rien ne presse, je compte retenter le concours cette année. Et en attendant, mon CV s’étoffe.

On a tendance à se focaliser sur les diplômes, les cours et les stages. Mon avis est qu’il est aussi très sain de tenter d’autres choses, de travailler, de s’engager dans des associations ou même en politique. Les activités extra-scolaires façonnent la personnalité, permettent de développer d’autres compétences et surtout de rencontrer beaucoup de monde.

Aujourd’hui, j’espère pouvoir entrer à Sciences Po pour y finir tranquillement mes études avant de vraiment débuter ma carrière. En attendant, je peux dire que j’ai vécu pas mal de choses et que j’ai passé du bon temps. Parce qu’elle est là, la seule donnée importance : le temps. Et l’important n’est pas forcément de traverser la période étudiante en en perdant le moins possible, au contraire.

 

Thomas, 25 ans, juriste, Montpellier

Crédit photo Flickr // CC Bryan Rosengrant

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2 réactions

  1. Bravo, ça me donne des idées pour ma fille ainée de 16 ans qui depuis la seconde n’est pas au top dans ses études.

  2. […] Du lycée hôtelier à Sciences po, j’ai pris mon temps et c’est tant mieux Thomas, 25 ans, juriste, Montpellier –Qui a la clé de la bonne orientation ? Pour Thomas, l’important est de bien se connaitre. Faire des erreurs, arrêter ses études, les reprendre, cela fait partie du processus. Titulaire d’un BEP dans l’hôtellerie. Le voilà en route pour un Master à Sciences Po. www.la-zep.fr/textes/du-lycee-hotelier-a-sciences-po-jai-pris-mon-temps-et-cest-tant-mieux […]