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Tom O.1 décembre 2020

Dyspraxique, j’ai été harcelé pour mes maladresses

Lacer ses chaussures ou suivre un objet des yeux. Des gestes simples pour les autres, mais pas pour moi. Je suis dyspraxique et, au collège, mes camarades m'ont harcelé parce que j'étais différent.

Par Tom O.1 décembre 2020

Quand je fais mes lacets, c’est comme si j’avais des gants de boxe à la place des mains. Voilà ce que c’est la dyspraxie. C’est un handicap qui ne se voit pas à l’œil nu, on dit qu’il est invisible. Il m’a fait prendre conscience de ce que c’était d’être différent. « Handicapé ! » En quatrième, j’ai entendu cette insulte à longueur de journée.

On m’a diagnostiqué dyspraxique visuo-spatial à l’âge de 6 ans. C’est un trouble psychomoteur, un trouble de la coordination des gestes appris : il est lassant au quotidien car il engendre beaucoup de la fatigue. Il faut toujours se rappeler de l’ordre dans lequel il faut faire les choses. À l’époque, j’avais énormément de difficultés à tracer des figures géométriques en cours de mathématiques. Les autres enfants étaient surpris qu’une AVS (assistante de vie scolaire) m’aide durant les cours. J’étais équipé d’une table spéciale qui me permettait de mieux voir le tableau et d’un ordinateur.

Il m’arrive de bégayer en cas de stress, comme quand je passe des oraux. J’ai du mal avec les chiffres, des difficultés à fixer un objet longtemps et à le suivre des yeux… Bref, les petits gestes du quotidien me demandent beaucoup de concentration. Je dois toujours faire attention.

« La prochaine fois que tu nous balances aux CPE, tu es mort »

Lors de ma rentrée au collège, j’ai senti les premiers signes de harcèlement, notamment en cinquième et en quatrième. C’était insupportable. Les camarades de ma classe me voyaient comme un élève différent, bizarre. Difficile de me faire des copains car j’étais exclu du groupe et cela m’affectait beaucoup. J’ai eu de la chance car les filles de ma classe étaient très sympas avec moi. Elles me donnaient leurs cours quand j’avais du retard, ou m’invitaient à manger avec elles. Cela me donnait du baume au cœur.

L’année de ma quatrième fut la plus horrible car le harcèlement est monté très haut. C’était toujours le même groupe de cinq qui me faisait du mal. Les coups de poing et les coups de pied au niveau de la carotide, être bousculé dans les escaliers par des croche-pieds… C’était devenu un enfer.

« Laissez parler les gens » est une association qui lutte contre le harcèlement et les discriminations en milieu scolaire. Elle intervient dans les établissements pour sensibiliser les jeunes à ces sujets et réaliser avec eux des campagnes contre les discriminations.

 

 

Tout ceci s’est reporté sur mon comportement à la maison. J’étais tout le temps énervé et, face à ce harcèlement, mes parents étaient désemparés. Une fois, j’ai vu ma mère en pleurer devant moi et cela m’a brisé le cœur. J’étais énervé contre les autres et ne comprenais pas le harcèlement que je subissais tous les jours gratuitement. Chaque jour, j’avais la boule au ventre avant d’aller au collège et je me demandais : « Est-ce que je vais me faire harceler aujourd’hui ? Que vais-je encore subir ? »

J’étais très stressé à cause de tout ça. J’ai eu de nombreux rendez-vous avec le CPE du collège et le principal-adjoint pour régler cette situation. Les auteurs étaient convoqués à chaque fois, mais les menaces recommençaient ensuite. Cela ne les empêchait pas de venir me voir et de me dire : « C’est à cause de toi que l’on est collés, sale handicapé, la prochaine fois que tu nous balances aux CPE, tu es mort. »

J’accepte désormais le fait d’être dyspraxique

Pour me calmer et m’aérer l’esprit, j’écoutais beaucoup de musique. Des musiques de yoga par exemple. Je lisais aussi beaucoup de bandes dessinées, comme Tintin ou Les Profs. Faire du handball me permettait de changer d’air et de me retrouver avec les autres sportifs de mon club. Je me dépensais et j’oubliais le harcèlement en me concentrant sur autre chose.

Dyslexique, dyspraxique et dyscalculique, Lise a longtemps subi son orientation. Aujourd’hui à l’École de la deuxième chance, elle est en bonne voie pour faire son métier de rêve : maquilleuse.

En passant au lycée, le harcèlement s’est arrêté. J’ai découvert de vraies relations amicales avec mes camarades de classe. Cela m’a permis de me sentir mieux, de m’ouvrir plus aux autres. J’accepte désormais le fait d’être dyspraxique. Je ne me sens plus différent des autres.

 

Tom, 18 ans, étudiant, Rennes

Crédit photo Unsplash // CC Rainoer Ridao

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