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Stéphane K.4 juillet 2020

En sortant de l’école, je ne savais ni lire ni écrire

Écrire ? Je n'ai jamais su. À 30 ans, c'est vraiment un handicap. Grâce à mes enfants j'ai enfin appris à lire, mais l'écriture reste impossible...

Par Stéphane K.4 juillet 2020

La rédaction de ce témoignage est passée par l’oral pour compenser l’illettrisme de Stéphane. Mais chacun de ces mots sont les siens.

Pour moi, écrire, c’est zéro. Catastrophique. Même un mot, je galère. Déjà en primaire, j’allais au fond de la classe et ma feuille était toujours blanche. Au collège, j’étais en Segpa et c’était pareil : j’attendais que l’heure passe… J’ai arrêté l’école à 16 ans.

En sortant de l’école, je ne savais ni lire ni écrire. Ma famille était au courant. Mais personne d’autre. Mes copains ne le savaient pas. Ma copine je l’appelais, mais je ne lui envoyais pas de textos. Pour les papiers, je me faisais aider par ma famille. Pour le travail, au début, je le cachais. Mais j’étais perdu. J’allais aux réunions d’entretien, je mettais juste mon nom et mon prénom. Et puis, à la fin, je disais : « Ben voilà, je ne sais pas lire, ni écrire. »

C’est avec mes enfants que j’ai appris la lecture. Ma fille et mon fils venaient avec leurs cahiers, j’étais obligé de lire avec eux. C’est comme ça que j’ai repris confiance en moi. Mais écrire, je n’y arrive pas. Ça ne rentre pas. Je l’avoue : je ne sais toujours pas écrire.

On croit que je ne sais pas faire de métier

Alors, à chaque fois, on me dit la même chose : il faut faire une remise à niveau. Mais, pour moi, c’est une perte de temps. Il faut aller dans un centre de formation et être assis quatre heures sur une chaise pour apprendre. Je n’y arrive pas. Alors je suis toujours recalé. Et, comme je ne sais pas écrire, on croit que je ne sais pas faire de métier.

Depuis quatre ou cinq ans, je travaille dans l’entretien des espaces verts pour la ville. J’ai appris sur le tas. Je sais tailler, faire des boutures, débroussailler, bêcher, faire des massifs, faire des gazons, tondre, planter des arbres, réparer les engins mécaniques : la débroussailleuse, le taille-haie, la tondeuse, le motoculteur, la tronçonneuse. J’apprends en regardant ou à l’oral.

C’est comme le permis de conduire : je pensais que je ne l’aurais jamais. J’ai appris le code à l’oral avec un ordinateur qui posait des questions. On devait juste cocher et je l’ai eu. Et quand je dois prendre des notes ou envoyer un message, je prends mon téléphone et ça écrit à ma place avec la reconnaissance vocale.

Nelli aussi a connu l’illettrisme. Après avoir fait l’école à la maison toute son enfance avec sa mère, elle a réalisé un jour qu’elle ne savait pas vraiment lire…

Aujourd’hui, dans mon travail, je suis passé chef de file. Je prends deux ou trois personnes avec moi pour aller sur un chantier et je leur explique le travail à faire. Je voudrais bien continuer pour devenir encadrant plus tard. Mais malgré tout ce que je sais faire, si mon contrat s’arrête demain, je ne sais pas où je pourrais travailler à cause de… l’écriture.

 

Stéphane, 30 ans, salarié, Grande-Synthe

Credit photo Unsplash // Priscilla Du Preez

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1 réaction

  1. Bonjour Stephane. Je pense que tu as un handicap invisible non diagnostique ; Tu es surement dyspraxique et dysgraphique. Et peut-etre aussi dyslexique. Je suis comme toi, sauf qu’on a pose un diagnostic a 3 ans. Contacte moi sur Twitter si tu veux. Mon pseudo est lightdyx et j’ai une photo de profil de chat.