Enzo

Enzo10 janvier 2017

Mon surnom ? "Monsieur" Renard. Cela suffit et a certainement une connotation plus humble que le "Maitre" du personnage iconique des fables de notre cher Jean de la Fontaine. Ne vous y trompez pas, j'ai hérité de ce surnom bien avant aujourd'hui de par mes amis. J'aime à penser que je suis quelqu'un qui apprécie observer, écouter, analyser, ressentir et réfléchir le monde qui l'entoure. Si je m'exprime peu en public, peut-être pourrais-je ici, de temps en temps, partager ce que je souhaite partager.

En grève avec mes profs !

Hausse des frais de scolarité, baisse des effectifs... Quand les profs d'une école d'ingénieur se sont mis en grève, les élèves les ont suivis... Unis pour défendre une certaine idée de l'éducation ! Enzo nous raconte son/leur combat.

Par Enzo10 janvier 2017

Début novembre 2011, la deuxième partie du semestre venait de débuter. Nous discutions des derniers partiels lorsque notre professeur d’intelligence artificielle est arrivé dans la salle.

“Il n’y aura pas de cours aujourd’hui.” L’information est arrivée comme un cheveu sur la soupe, générant un brouhaha mêlant joie et incompréhension. Notre enseignant nous a alors annoncé que nous serions libres de nous en aller une fois qu’il nous aurait expliqué le pourquoi de cette grève soudaine : manque d’effectif et réforme des frais de scolarité.

Objectif : réduction des coûts

L’établissement étant public, les frais de scolarité étaient relativement corrects pour une école d’ingénieur (environ 800 euros par an) et les élèves boursiers pouvaient bénéficier d’une exonération.

Le professeur nous a appris que la nouvelle direction soutenait des projets de réformes visant à augmenter les frais de scolarité de manière conséquente (dans un premier temps environ 5000-6000 euros par an,  comme certaines écoles privées, plus dans un second temps). Cela pour se rapprocher progressivement d’un modèle américain.

Il nous a également parlé de la réduction des effectifs du corps enseignant et des projets de réformes lui étant associés. Tout était réfléchi pour faire des économies : réduire les travaux dirigés et les travaux pratiques (en comité réduit) au profit des cours magistraux en amphithéâtre.

J’ai vu ça comme une manœuvre visant à optimiser le ratio professeur/élèves à la façon dont le ferait une entreprise avec un produit pour réduire son coût de production.

Une longue mobilisation

Le risque, aux yeux de notre professeur (et aussi des miens !), était de voir non seulement une détérioration des compétences pratiques adaptées à un contexte professionnel précis, mais aussi un creusement des inégalités pour ce qui est des chances données à chacun. Réduire l’effectif étudiant pour donner de meilleurs résultats sur l’ensemble.

La question des frais m’inquiétait également. Sorti récemment des études, j’ai la chance de ne pas être endetté et de pouvoir aborder ma vie “active” (on a toujours l’impression que l’on nous dit que l’on n’est pas actif tant que l’on ne travaille pas) sans banque à rembourser, ce qui n’est pas le cas de tous.

Devant la prolifération d’écoles payantes qui force les étudiants à s’endetter pendant leurs études, il est bon de savoir qu’en France, il est encore possible de trouver des formations abordables et accessibles à tous.

Le mouvement des professeurs fut long et s’étala sur presque toute la fin du semestre.

Un fort soutien des étudiants

Les discussions entre étudiants et professeurs furent nombreuses et m’amenèrent, avec mon groupe d’amis, à nous associer à d’autres élèves pour soutenir ce mouvement qui défendait notre intérêt à tous et celui des élèves à venir.

La première action, soutenue par le plus grand nombre d’étudiants, fut un soutien passif à l’initiative de nos professeurs, bien que la longueur de leur mouvement n’a pas manqué d’en inquiéter certains par rapport au bon déroulement de leurs études.

J’ai aussi été présent aux côtés d’autres étudiants et à la demande des professeurs lors de réunions en amphithéâtre avec la direction. Nos interventions étaient les bienvenues même si notre simple présence était déjà en soi suffisante.

Durant ces quelques mois, nous avons réussi à faire entendre notre voix et à préserver le modèle d’enseignement qui était le nôtre.

Cela nous a donné la confirmation que nous pouvions nous faire entendre par la direction.

L’éducation publique devrait être considérée comme une force et non comme un handicap. A nous de la préserver.

 

Enzo, 26 ans, jeune ingénieur, Saint-Denis

Crédit photo Flickr CC by Tangi Bertin

 

TAGS :