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Coline A.8 mars 2021

Je suis devenue féministe en manif

En allant à ma première manifestation, à Lyon, je ne me sentais pas légitime. Ce jour-là, au milieu des manifestant·e·s et des slogans, j’ai réalisé que j’avais été victime de violences sexistes et que j’avais ma place dans ce combat.

Par Coline A.8 mars 2021

« Est-ce que ça te dit d’aller à la manifestation contre les violences faites aux femmes samedi après-midi ? » Même si j’en avais envie, j’appréhendais. Je n’étais jamais allée à une manifestation. Pour mon amie, c’était la même chose, mais sa mère avait subi des violences, donc elle était plus directement concernée. Moi, je ne me trouvais pas légitime d’y participer. C’était une manifestation contre les violences faites aux femmes. « Aller manifester pour une cause qui ne me touche pas directement me met mal à l’aise. » « Je n’ai jamais vraiment subi de violence »… Du moins, c’est ce que je croyais.

La manifestation était organisée par le collectif #NousToutes. Le départ de la marche était place Bellecour, à Lyon. Beaucoup de manifestant·e·s remontaient le boulevard. Elles·ils étaient reconnaissables à leurs pancartes et à leur engouement : « Je te crois », « Ras le viol », « Non c’est non »… On distinguait au loin la statue de Bellecour, perdue au milieu de la foule. Autour de moi, le violet – couleur symbole du collectif #NousToutes – nous unifiait. Je sentais mon cœur battre de plus en plus fort et je crois que je souriais aussi. Je pense que je commençais à sentir que j’allais participer à quelque chose d’intense.

Pourtant, j’avais toujours l’impression de ne pas avoir ma place dans une manifestation. Je partageais de temps en temps sur les réseaux sociaux des publications qui dénonçaient le sexisme et les violences faites aux femmes… mais j’avais toujours ce sentiment de ne pas être légitime.

Je sentais que je faisais partie d’un tout, qu’on était solide

Plus on se rapprochait de la place, plus le bruit des slogans devenait intense : « Nous sommes fortes, nous sommes fières. » La majorité des personnes venues manifester étaient des femmes mais, à ma grande surprise, il y avait aussi beaucoup d’hommes. C’est LE moment qui m’a fait comprendre que j’avais ma place. L’hétérogénéité qui constituait les manifestant·e·s me faisait me sentir faire partie d’une unité : j’étais comme les autres venu·e·s montrer leur soutien pour une cause importante.

En temps de Covid, difficile de manifester. Pour y pallier, le collectif #NousToutes a décidé d’organiser des formations en ligne, qui peuvent rassembler jusqu’à 10 000 personnes simultanément. Le signe d’un intérêt grandissant pour la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

La marche a débuté. De la musique, des slogans étaient repris à l’unisson. Je sentais que je participais à quelque chose de fort et j’ai aussi eu envie de faire du bruit, de chanter, de crier des slogans comme : « Nous sommes femmes, nous sommes fières. » C’est ce que j’ai fait et… ça m’a fait un bien fou ! Je voulais qu’on nous entende et qu’on entende les messages pour lesquels on était venu·e·s manifester. Je me suis rendu compte qu’en tant que femme, j’avais le pouvoir d’être une alliée pour d’autres femmes. Transportée par les slogans, par les chants, je sentais que je faisais partie d’un tout, qu’on était solide. Que toutes les femmes venues manifester étaient là les unes pour les autres, peu importe les différences de vécus.

J’ai compris que ma voix comptait et que je pouvais aussi contribuer à faire en sorte que les choses bougent. Pour la première fois, je me suis sentie légitime d’être une alliée.

Et je crois que c’est là que j’ai eu le déclic : « Mais en fait… moi aussi je subis des violences. » Oui, ce ne sont pas des violences physiques, ni forcément considérées comme choquantes. Ce sont des violences devenues « banales » et auxquelles je ne prêtais plus vraiment attention parce que ça fait presque partie du quotidien.

J’ai pris conscience de la banalisation de certaines violences

Comme beaucoup de femmes, je suis victime de harcèlement de rue et il m’arrive souvent de ne pas me sentir en sécurité face à un homme que je ne connais pas. Suivant ma tenue dans les transports en commun ou même juste en marchant dans la rue, je reçois des remarques, des insultes, des sifflements, des regards déplacés de la part de certains hommes… Je ressentais de la honte et de la peur.

Le 24 novembre 2018, une marche contre les violences sexistes et sexuelles s’est déroulée dans plusieurs villes de France. Un événement qui avait rassemblé beaucoup de monde, mais aussi divisé. Une cinquantaine de collectifs et d’associations féministes avaient en effet fait le choix de ne pas se joindre à #NousToutes, faute de se sentir représenté·e·s par le collectif, et avaient publié une tribune dans Mediapart. À cette occasion, Slate était également revenu sur les fractures au sein de la lutte féministe actuelle.

En osant aller manifester pour la première fois, j’ai aussi pris conscience de la banalisation de certaines violences, que j’étais moi aussi concernée. Un bon nombre de pancartes dénonçaient le harcèlement de rue et le sexisme. Mais aussi le harcèlement sexuel, les agressions sexuelles, les viols…

C’était ma première manifestation. C’était en 2018, à Lyon, et on était plus de 5 000 manifestant·e·s. Depuis ce jour, je me considère comme une alliée légitime, pour les autres et pour moi-même. J’ai participé à d’autres manifestations et je continuerai de le faire. Parce que grâce à des manifestations comme celle-ci, des hommes et des femmes prennent conscience, comme moi, des violences, physiques ou verbales, faites aux femmes.

J’ai autant de légitimité que n’importe qui de parler de sujets qui me touchent

Je partage encore plus sur les réseaux sociaux des publications d’associations, de collectifs, des articles ou des témoignages qui dénoncent ces violences, le sexisme ou la place des femmes dans notre société.

Pour Yasmine aussi, sa première manifestation fut un moment important. En juin 2020, malgré la crise sanitaire, elle avait estimé que descendre dans la rue était son devoir pour faire entendre sa voix contre les violences policières et le racisme.

Je suis encore victime de harcèlement de rue, mais maintenant je n’ai plus honte. Je suis énervée que des hommes se permettent de traiter les femmes comme de simples bouts de viande. Il m’arrive de répondre mais il est vrai que, la plupart du temps, je fais comme si je n’avais rien entendu.

J’ai compris que j’avais autant le droit et la légitimité que n’importe qui de parler de sujets qui me touchent et/ou qui me concernent.

 

Coline, 22 ans, volontaire en service civique, Lyon

Crédit photo Unsplash // CC Delia Giandeini

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