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Chloé B.9 décembre 2020

Face au harcèlement de rue, je suis une super héroïne du bitume

Les harceleurs de rue, ils font partie de mon quotidien. Alors je les esquive, je les affronte... avec mes techniques de survie dignes de Call of Duty. Un vrai sport de combat ! Je vous apprend ?

Par Chloé B.9 décembre 2020

« Wesh tu suces ? », charmante interjection amicale et chaleureuse que m’adresse un jeune homme en pleine rue, en pleine journée, en pleine décontraction. Alors oui, rien d’original, on sait bien que le harcèlement de rue fait partie du quotidien féminin et urbain. L’impression très agréable d’être une gazelle au milieu de la savane. Mais la gazelle a plus d’un tour dans son sac, et échapper aux relous qui parsèment les rues est devenu un sport en soi.

Comme dans Call of Duty, j’esquive, je me planque, j’essaie de disparaître…

Techniques de sioux, de ninja, d’actrice

J’ai élaboré des trucs et astuces pour minimiser les risques. Des techniques de sioux… Je convoque le ninja, l’actrice et l’agent secret qui sommeillent en moi. Je ferais pâlir les guerriers japonais s’ils me voyaient sauter de la rame de métro à la dernière seconde, lorsque le fameux signal sonore touche à sa fin, pour éviter que quiconque ne me suive. Je n’ai rien à envier à Robert de Niro quand j’essaie d’intimider le mec qui, en face de moi, me déshabille avec ses yeux. Je soutiens son regard, dans un duel acharné qui peut durer plusieurs stations. Parfois il baisse les yeux, parfois non. Je joue la comédie, la fille sûre d’elle, confiante.

Je joue aussi la fille très occupée, en plein milieu d’une trépidante conversation téléphonique, quand je rentre tard le soir. Il n’y a personne au bout du fil, souvent je parle dans le vide. Le nombre de messages sans aucun sens, des « messages de sécurité », qu’on se laisse entre copines. Je me sens James Bond quand je fais de longs détours pour rentrer chez moi, pour éviter les coins où je ne me sens pas bien. Comme si j’évitais le Requin et ses plans machiavéliques.

En France, le harcèlement de rue est reconnu comme un « outrage sexiste » depuis la loi Schiappa de 2018 et pénalisé d’une amende de 750 euros, ou de 1500 euros si la victime est un.e mineur.e de moins de 15 ans. Cette loi va-t-elle assez loin ? Le même problème se pose dans tous les pays européens. Tour d’horizon dans ce décryptage d’Arte :

Mais si toutes ces astuces, que chaque fille élabore, toujours plus nombreuses et originales, fonctionnent de temps en temps, combien de fois se révèlent-elles insuffisantes pour éviter la mauvaise rencontre ? Si j’applique ces techniques pour mon propre bien-être, j’ai toujours voulu pouvoir aider toutes les filles dans ma situation.

La conversation badine peut aider quelqu’un en danger

Alors un jour, j’ai voulu mettre en application toutes mes théories sur la solidarité féminine, ne pas protéger que moi, protéger les autres. J’ai réalisé que tout ça était beaucoup plus difficile. Ça nécessite un courage inouï et un bagout infini, deux qualités qui me manquent parfois.

Pourtant, ce jour-là dans la ligne 6, à 23 h 30, quand j’ai vu cette fille, à peine plus jeune que moi, rouge de gêne, de colère et de frustration face au mec assis en face d’elle, digne représentant de ce qu’on appelle « le harceleur du métro », je me suis lancée. Les mains moites, mon cœur qui battait dans mes tempes, la voix chevrotante, je me suis avancée vers ce duo problématique. L’angoisse me prenait à la gorge alors que, premièrement j’étais dans mon droit, deuxièmement, on allait être en supériorité numérique, et troisièmement, des gens étaient autour de nous. Le poids de la domination masculine, putain.

Camille fait partie du collectif Collages Féminicides Paris. Pour elle, coller, c’est « se réapproprier l’espace public ». Malgré le couvre-feu puis le confinement, Camille a continué à militer et à coller sa colère.

Un simple « salut, comment tu vas, ça fait longtemps dis donc » aura suffi. L’harceleur a pris la fuite, incapable, lâche comme il est, d’affronter deux personnes.

La conversation badine peut aider quelqu’un en danger. Bon à savoir, nouvelle technique ?

 

Chloé, 21 ans, étudiante, Paris

Crédit photo Pexels // CC Apolo Salomao Sal

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1 réaction

  1. Le coup du téléphone, j’y ai pensé sans jamais avoir à l’utiliser. La conversation badine aussi. Je ne suis jamais en situation de l’appliquer (par chance) mais j’entraîne mon cerveau pour quand ça sera le cas… une fille dans ma classe me disait qu’elle n’avait pas peur, qu’elle rentrait souvent tard le soir, etc. Mais dans la même conversation elle m’a aussi dit qu’il lui arrivait de changer de démarche, de marcher de manière bizarre, pour dissuader les mecs de venir la faire chier !