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Marie F.6 novembre 2020

Hypocondriaque, la Covid m’a lessivée

J'étais déjà hypocondriaque avant la pandémie de Covid-19 mais, depuis le premier confinement, je n'arrive plus à gérer mes angoisses. J'espère que les séances avec ma psy vont me permettre d'affronter le second plus sereinement.

Par Marie F.6 novembre 2020

Je me lave 150 fois les mains par jour, ou presque. Je ne regarde aucun film/série qui se passe dans un hôpital parce que j’ai l’impression d’avoir absolument tous les symptômes. Je me sens régulièrement sale ou poisseuse. Mes mains me grattent si je touche la barre de métro, la machine à carte, les boutons de la machine à café de la fac. J’ai toujours du gel hydroalcoolique sur moi. Bref, je suis hypocondriaque.

Avant la pandémie, j’arrivais à gérer ces sources d’angoisses en me disant que tout était dans ma tête. Mais en entendant les informations répétitives sur la Covid et sa transmission, les personnes qui en parlaient et les messages incessants dans le métro – du type « lavez-vous régulièrement les mains, respectez les gestes barrières » j’avais des pics de stress. Mon cœur s’accélérait, j’avais chaud. Mes mains commençaient à être moites. Je repensais à tous les objets que j’avais touchés, tous les microbes potentiels qui auraient pu se glisser dessus et que j’avais sur moi. 

À l’annonce du confinement, mes parents ont voulu que je rentre chez eux, à Nancy. J’hésitais beaucoup parce que j’avais trop peur de les contaminer. Dans mon appartement, j’avais l’impression de mal respirer, persuadée d’avoir la Covid. En fait, j’étais juste en train de contenir une crise d’angoisse qui n’a pas eu le temps d’éclater.

Ma maman me déposait les plats devant ma porte

Le lendemain, j’étais à Nancy. J’avais accepté de revenir à une condition : rester enfermée dans ma chambre pendant trois semaines, sans avoir de contacts avec mes parents. J’utilisais une salle de bain ; mes parents et ma sœur, l’autre. Armée de gants et de masques, ma maman me déposait les plats sur une petite table devant ma porte. 

Quand j’essayais de sortir de ma chambre, je ne pouvais rien toucher sans me laver les mains directement après : poignées de portes, meubles, emballages plastiques. Mes angoisses s’accentuaient. Enfermée dans une bulle, je n’arrivais pas à en sortir. Je me baladais avec ma sœur autour de chez nous pour prendre l’air. C’était le maximum que je pouvais faire. Mes amis me manquaient, même si les réseaux sociaux me permettaient de rester en contact avec eux. 

Le confinement a un impact sur notre santé mentale. Sébastien Bohler, neuroscientifique, explique, dans cette vidéo pour Brut, les effets que peut avoir le confinement sur notre cerveau.

Le confinement fini, ma meilleure amie a organisé un apéro à Nancy. On était une dizaine dehors. J’hésitais à y aller. Masque sur le visage, un max de gel hydroalcoolique dans la poche, je me tenais à un mètre de chacun. Au bout de quelques temps, on est montés dans son appartement. Je n’étais pas à l’aise mais je ne voulais pas être exclue. Assis les uns à côté des autres, les gestes barrières n’étaient pas vraiment respectés. J’avais peur de contaminer mes amis. Et ma famille.

Avant de passer la porte de chez mes parents, j’ai enlevé tous mes habits. Je suis directement allée me laver, des pieds à la tête. Je sentais l’angoisse monter. Les larmes coulaient.

« Bon meuf, là ça va pas du tout. Il faut que tu te fasses aider. » Quand ma sœur a prononcé cette phrase, ça a été un électrochoc. Elle m’a fait réaliser que je devais aller voir un.e psy pour arriver à canaliser tout ce stress qui m’épuisait.

Hypocondriaque, j’étais submergée par mes craintes

De retour à Paris, tout me dégoûtait, y compris moi. Je me disais que si je continuais comme ça, j’allais rester enfermée chez moi, dans mon lit, à faire des allers-retours entre la douche et ma chambre. Alors j’ai rapidement pris rendez-vous avec une psychologue. À la première séance, j’ai balancé toutes mes peurs dans le désordre. Tout était décousu. J’étais submergée par mes craintes. Mais en quittant le cabinet, je me suis sentie un peu plus légère. J’avais enfin mis des mots sur ce que je ressentais.

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Quelques séances plus tard, j’arrive à prendre le métro et à m’asseoir sur les sièges. Je ne fais plus ma lessive dans ma baignoire, (une vraie galère soit dit en passant) mais au lavomatique. Il me reste toujours des petites habitudes que je ne peux pas enlever : prendre le deuxième article dans un rayon, me laver les mains dès que je sors du métro par exemple. Mais tout est vivable et je me sens beaucoup moins épuisée.

De nouveau confinée, j’ai décidé de rester à Paris cette fois-ci. Beaucoup de questions se bousculent dans mon esprit : comment vais-je arriver à gérer tout ce stress encore présent ? Mes angoisses vont-elles ressurgir d’un coup ? Difficile de trouver des réponses pour le moment, même si je me sens plus sereine que pour le premier confinement. J’ai l’impression d’arriver à mieux me raisonner tout en étant consciente de la situation. Ce qui me rassure aussi, c’est que je suis bien entourée et que je peux continuer mes séances avec la psy, même à distance.

 

Marie, 24 ans, étudiante, Paris

Crédit photo Unsplash // CC Kelly Sikkema

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