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Memphis C.21 septembre 2020

Mon illettrisme n’était pas une fatalité

À l’école, à Mayotte, les profs ne m’ont pas aidé à apprendre à lire et écrire. J’ai beaucoup souffert de cet illettrisme jusqu'à aujourd'hui.

Par Memphis C.21 septembre 2020

Quand j’étais à l’école, je n’arrivais pas à écrire, ni à lire. Même pour un mot, je prenais un temps fou et je galérais. Déjà en primaire, j’allais au fond de la classe. Mes feuilles et mes cahiers étaient toujours blancs. Au collège, j’étais dans une classe spéciale appelée Segpa. C’était tout autant catastrophique : j’attendais que l’heure passe. Puis, j’ai arrêté l’école. 

À 16 ans, ma copine je l’appelais mais je ne lui envoyais pas de textos. Pour les papiers, je me faisais aider par ma famille. Pour le travail, au début je cachais mon handicap mais j’étais perdu. J’allais à des réunions et des entretiens, mais je ne pouvais pas écrire plus que mon nom et mon prénom. Et puis à la fin je disais aux adultes : « Ben voilà, je ne sais ni lire ni écrire. »

Au fond de la classe avec ma feuille blanche

À l’école, je n’étais pas le seul dans ce cas. On était beaucoup, mais moi je n’arrivais vraiment pas. Quand t’es petit, tu n’aimes pas aller à l’école, tu n’aimes pas rester en classe. Surtout que là où j’étais à Mayotte, les profs ne te prennent pas au sérieux. Ils s’en foutent en fait car il y a des élèves qui ne veulent pas apprendre. 

À Mayotte, l’illettrisme concernerait 48,1 % des jeunes contre 3,5% en métropole. France 2 a réalisé le documentaire 21 jours au coeur de l’illettrisme pour mieux comprendre les difficultés et les parcours de celles et ceux qui en souffrent

Moi, je voulais apprendre mais c’était difficile. Et quand tu as des difficultés en lecture et écriture, au lieu de t’encourager les profs te rabaissent. Les élèves qui ont des difficultés, on ne les prend pas trop en charge pour les aider à s’améliorer. 

Tous les jours, j’étais présent et j’essayais de participer mais les profs faisaient comme si je n’étais pas là. Pour moi, l’école était donc une perte de temps. Voilà pourquoi, tous les jours, je suis allé au fond de la classe avec ma feuille blanche.

Ils se moquaient de mon illettrisme

En dehors de l’école, je ne disais rien parce que j’étais timide et j’avais honte de le dire. Des gens ont commencé à se moquer de moi. Je n’arrivais à parler avec personne car, dans ma tête, je pensais à tous mes problèmes. Pour moi, c’était ça qui me bloquait dans ma vie. Ma famille s’en prenait trop à moi parce que je n’arrivais pas à suivre les cours. À chaque fois, on me disait la même chose : il faut faire une remise à niveau. 

Mais c’était aussi une perte de temps car, pour ça, il fallait aller dans un centre de formation et être assis quatre heures de suite sur une chaise pour apprendre. Et à ce moment-là, l’école ne représentait pas grand chose pour moi à part de la discipline. Un élève en difficulté, il faut toujours lui parler doucement pour lui faire comprendre les choses car, si tu lui parles avec violence, il ne va rien comprendre. 

Mon petit frère m’a donné de la force

De là, ma famille est partie en France. Là-bas, je ne faisais rien. J’étais toujours avec mes frères et sœurs et, pour rattraper le temps perdu, je lisais un livre scolaire qui s’appelle J’apprends à lire avec Bao. Je le lisais tous les jours. C’est avec mes frères et sœurs que j’ai appris la lecture. Mon petit frère savait que j’avais des difficultés. Tous les week-ends, il venait me voir pour me donner de la force et m’aider. C’est comme ça que j’ai repris confiance en moi. Mais écrire, je n’y arrivais toujours pas. Ça ne rentrait pas.

Dyslexique, Chloé a connu beaucoup d’obstacles durant sa scolarité. C’est grâce à son expérience Erasmus qu’elle a compris ce qu’elle valait.

En arrivant à Marseille, je me suis inscrit à l’école de la deuxième chance mais ils m’ont dit que je n’avais pas le niveau. De là, je me suis inscrit dans une association pour soigner mes difficultés en lecture et écriture. J’ai été accompagné par deux conseillères, Fanny et Hanitra. Elles venaient me chercher tous les matins pour que je me lève. 

Pendant six mois, j’ai poursuivi une formation là-bas et après ils m’ont intégré à l’école de la deuxième chance pour que je prépare un projet qui me convient. Donc voilà, je l’avoue, il y a encore très peu de temps je ne savais toujours pas écrire. C’est grâce à l’association et à mes frères et soeurs que j’ai réussi, mais pas grâce à l’école. 

 

Memphis, 19 ans, en formation, Marseille

Crédit photo Unsplash // CC Kelli McClintock

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