Micro

Micro1 février 2018

J'ai 17 ans. J’aime bien sortir, faire du sport avec mes amis, jouer aux jeux vidéos et bricoler des trucs chez moi.

J’ai toujours aidé mon père malvoyant

En France, près d'un million de personnes sont considérées comme malvoyantes. Parmi elles, mon père. Pas facile à vivre au quotidien...

Par Micro1 février 2018

Dans la famille, on a tous un problème de vue : mon père est malvoyant, mes tantes aussi, mon grand frère, ma mère et moi, on est myopes.

Petit, j’ai passé beaucoup de temps à aider mon père. Le matin, quand il m’emmenait à l’école, je lui décrivais tous les obstacles potentiels pour éviter qu’il se fasse mal. Sur le trajet, que ce soit un trou, une poubelle ou bien une personne, tout était source de danger pour nous ! Même à la maison, je devais faire attention à ce qu’il n’y ait rien par terre, pour ne pas qu’il glisse ou qu’il se cogne.

Souvent, il avait du mal à réagir parce qu’il ne voyait pas ce qu’il se passait. Un jour, je m’étais ouvert la tête, il y avait du sang partout. Mais mon père n’a jamais vraiment trop su ce qui m’était arrivé. C’est mon grand frère qui a dû m’aider. Un autre jour, il faisait la cuisine et il a fait tomber un torchon sur le feu. Avec mon frère, on l’a vite récupéré et on l’a jeté dans le lavabo pour éteindre les flammes. Sinon, en vacances, on s’amusait à lui faire des blagues quand il avait le dos tourné. On lui mettait du sel dans son verre d’eau, mais on n’allait jamais plus loin parce qu’on ne voulait pas non plus abuser de son handicap.

Quand on marchait tous les deux dans la rue, on ne pouvait pas se douter qu’il était malvoyant. La seule chose que l’on pouvait voir, c’était un enfant qui tient la main de son père. Ça, c’était notre secret à tous les deux. À l’école, je ne voulais pas que mes copains le sachent. Pas par peur des moqueries, tout simplement parce que ça me gênait d’en parler. Encore aujourd’hui, je n’en parle qu’à mes vrais amis.

Ça m’a posé quelques problèmes pour faire mes devoirs quand j’étais petit. Ce n’était pas simple pour moi de lui expliquer, de lui détailler ce que je devais faire sans pouvoir lui montrer. Souvent, j’attendais que ma mère rentre après le travail pour faire mes devoirs avec elle.

Main dans la main

À l’adolescence, comme tous les enfants de mon âge, je ne voulais plus tenir la main de mon père. J’ai pensé que j’étais juste un égoïste, du coup j’ai continué. Plus tard, j’ai compris que s’il me tenait par la main, ce n’était pas juste pour que je l’aide, ni une simple preuve d’affection, mais aussi parce qu’il ne voulait pas accepter son handicap. Il y a peu de temps, il a commencé à utiliser une canne pour ne pas se blesser. Une nouvelle étape dans l’acceptation.

Heureusement, avec mon père, on pouvait jouer aux jeux vidéos. Enfin surtout à Fifa parce qu’il y avait juste la pelouse verte et le ballon blanc, des couleurs que mon père arrive à distinguer. Enfin… «arrivait». Parce qu’aujourd’hui, il ne voit plus assez bien pour jouer avec moi. Sa vue s’est beaucoup dégradée. Je dois attendre qu’il se fasse opérer de la cataracte.

En attendant, je m’amuse à lui dire que je vais le battre à Fifa.

 

Micro, 17 ans, lycéen, Paris

Crédit photo Flickr // © Widisha

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2 réactions

  1. Pour la précision, Micro est un nom de code qu’utilise un personnage dans une de mes series préférées. Ce personnage gardait un secret tout comme moi, d’où ce pseudonyme.

  2. […] Dans ces situations, avoir de l’aide est important. Micro a toujours soutenu son père malvoyant. […]