Moussa F.

Moussa F.3 décembre 2018

J’aime les gens ouverts d’esprit et tolérants.

Le PSG a brisé ma vocation

Moussa a consacré une grande partie de son adolescence au handball. Il s'imaginait passer professionnel. Mais son club l’a évincé, brisant ses rêves de carrière.

Par Moussa F.3 décembre 2018

J’avais 8 ans quand j’ai commencé à jouer au handball. J’étais gardien. Après avoir progressé dans des petits clubs, j’ai intégré le Paris Saint-Germain. La consécration. J’ai suivi le lycée en section sport-études, pour pouvoir progresser le plus vite possible. Pour la première fois de ma vie, tous les regards étaient braqués sur moi. J’étais un élément majeur du groupe, pas comme au foot où j’étais loin d’être le plus fort. Et après huit ans à ce poste, après des heures d’entraînement dans une salle à Bir-Hakeim (l’une des rares à être chauffée) : une énorme claque.

Entre le lycée, le club et les matchs, je faisais environ neuf heures de sport par semaine. Cela m’a permis de maigrir, j’étais bien dans ma peau. Le handball m’a aussi donné l’occasion de voyager, de côtoyer des personnalités du milieu et d’acquérir des valeurs importantes dans la construction de ma vie d’adulte : le partage et la détermination.

Mais l’arrivée d’un nouveau coach a fragilisé l’équilibre de notre groupe. Une nouvelle ère s’est ouverte : du club sympathique et bon enfant, nous sommes passés à un club en quête de résultats, de chiffres et de talents. Plusieurs de mes amis ont quitté le PSG pour des raisons incompréhensibles. D’autres joueurs qui ne s’étaient jamais entraînés avec nous les ont vite remplacés. On savait qu’ils étaient là pour le nom sur le maillot plus que pour la passion du sport. Nous n’étions plus une équipe unie comme auparavant.

Je suis devenu un joueur vide

Un matin, j’ai reçu un appel de mon coach. Il m’annonçait que la direction ne voulait plus que je joue dans le club, en raison de ma trop petite taille pour le poste de gardien. Des années d’entraînement, d’effort et d’assiduité réduites à néant par mon mètre 75. Énorme claque, on m’annonçait que je ne pourrais plus jouer avec mes camarades, ni même rigoler aux entraînements Tout ce travail pour rien. J’ai sacrifié une partie de ma scolarité et de mes nuits, pour rien. Cette décision me paraissait d’autant plus illogique que l’année précédente, le club m’avait fait bénéficier d’un coach particulier pour que je sois encore plus performant. Je sais que je ne suis pas une pépite, mais j’ai pris cette exclusion comme une excuse bidon. Rien ne servait de me faire croire en ce rêve. Un petit gardien peut se démarquer en étant rapide, piégeur et dynamique, même les scores le disent.

Je n’ai jamais réfléchi à mon orientation, car j’ai toujours imaginé devenir joueur et passer professionnel. Aujourd’hui, je ne regarde plus l’actualité du sport et je n’en ai plus la passion. J’ai intégré un autre club, l’Athletic Club de Boulogne-Billancourt. Mais quand je m’entraîne, je suis un joueur vide. Je cours pour courir, j’arrête la balle pour l’arrêter, rien de plus. J’essaye simplement de me reconstruire dans un club plus humain qui m’a proposé une place pour la saison prochaine. À la fin de l’année, je prendrai la décision de totalement arrêter ou de tenter à nouveau de, peut-être, percer.

 

Moussa F.,  18 ans, étudiant, Paris

Crédit photo Adobe Stock // © Txakel

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5 réactions

  1. Courage! Ce sont “les risques du métier”.

  2. Ton texte est très émouvant.

  3. Moussa continue à croire en tes rêves en les construisant pas à pas ,les difficultés te rendrons plus fort ,la vie nous apprend avec le temps,les épreuves, les difficultés rencontrées sur notre chemin qu’elle est belle et que nous n’avons peur de rien ,je te souhaite force et courage ,ne perd pas tes rêves et trouve le chemin pour avancer ,et ne jamais baisser les bras ,faire des épreuves une force ,ta force ,les crises nous aident à grandir et nous ne pouvons pas en faire l’économie, tu vas avancer Moussa ,se faire confiance à soi même s’est la clé, Bises je te souhaite tout le courage qu’il faut face à l’adversité qui fera de toi une belle personne !

  4. Si tu as eu des déceptions dans la pratique du hand, il y a du talent dans l’écriture: de la précision, de la synthèse, le choix équilibré des mots sans être revanchard . Du talent pour décrire un vécu. Du talent pour donner envi de lire la totalité de ce texte prenant. Ce message démontre que tu ne peux pas abandonner ta pratique. Ce vécu et ces difficultés nourrissent positivement ton expérience, ton savoir faire et ton savoir être qui vont au-delà de la pratique du hand.

  5. Tu sais, ou plutôt tu vas savoir que tu sais que dans la vie, ça ne va pas tout droit. Les déceptions ne sont pas faciles à admettre mais elles sont aussi bonnes pour réfléchir comme tu le fais. Je te dis bravo pour l’écriture claire et précise de ton vécu et pour ta persévérance. Car le sport, c’est comme l’art, il faut être tenace sur ce que l’on veut et je crois bien que tu as toutes les qualités pour. Vas-y, nous sommes tous là pour t’encourager.