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Maëva T.5 octobre 2020

Ma mère, son RSA et moi

Le RSA, avec un enfant, c'est 839 euros. Jusqu'à mes 18 ans, on a vécu juste avec ça ma mère et moi. Alors à ma majorité, fini le lycée, il fallait bosser pour l'aider.

Par Maëva T.5 octobre 2020

Quand j’avais 9 ans, mon père est parti de chez moi en nous laissant, avec ma mère, presque sans revenus. C’est lui qui ramenait l’argent. Il travaillait dans le bâtiment. Il était violent avec ma mère. Il avait des problèmes d’alcool. C’est ma mère qui l’a mis dehors. Elle travaillait pour la mairie de Dunkerque en tant que femme de ménage, mais ça n’a pas duré. Son contrat s’est terminé. Ses demandes de travail n’ont pas été acceptées. Alors elle a fait une demande de RSA et de pension alimentaire pour pouvoir « vivre ».

De mes 9 ans jusqu’à mes 17 ans, nous avons vécu du RSA et je voyais que ma mère ne s’en sortait pas. Elle allait aux Restos du cœur et à la Croix-Rouge. Elle n’avait pas honte. Elle ne s’en cachait pas. Je voulais tout faire pour l’aider. Je ne m’en plaignais pas. Je vivais heureuse.

Je rends ce que l’on me donne

En juin 2019, à la fin de ma première, j’ai décidé de quitter le lycée pour avoir un revenu et pour enfin faire quelque chose pour elle. Je me suis inscrite à la mission locale pour faire une « garantie jeunes ». Au final, ma référente m’a proposé de faire un service civique avec Unis-Cité. Je touche 472,97 euros net. Et 100 euros en plus parce que ma mère touche le RSA.

Ce récit est un extrait de notre livre Vies Majuscules – Autoportrait de la France des périphéries, aux éditions Les Petits Matins. Loin des clichés, c’est la France des invisibilisé.e.s qui se raconte. Disponible en librairie !

Aujourd’hui, elle a trouvé un contrat d’un an dans une salle de sport à Petite-Synthe, en tant que femme de ménage. Je peux aider avec l’argent que je gagne. Je ne fais pas ça pour qu’on me dise que je suis une fille bien, je le fais parce que c’est ma mère. Je dis toujours : « Je rends ce que l’on me donne. » Ce qui compte pour moi, ce n’est pas d’être riche, c’est d’avoir ses proches auprès de soi.

 

Maéva, 17 ans, volontaire en service civique, Grande-Synthe

Crédit photo La ZEP // © Nathalie Hof

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