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Léa R.23 septembre 2019

Jongler entre la fac et le bénévolat, ça a été sport !

Déçue par l'université, j'ai démultiplié les actions bénévoles à côté. Ces expériences m'ont bien plus appris que les cours de psycho.

Par Léa R.23 septembre 2019

J’ai commencé ma première année de licence en psycho à la fac de Rennes avec la conviction que j’allais y faire l’essentiel de ma formation intellectuelle. Mais une fois en études supérieures, ça a été la douche froide. Alors pour pallier à la vacuité de mes études, j’ai passé mon temps libre à nourrir ma curiosité ailleurs et à m’engager dans des assos.

Au lycée, lorsqu’il a fallu choisir sa voie, l’idée de devenir psychologue m’était apparue comme un éclair de génie : j’adorais les confidences, j’étais très empathique et surtout, je voulais aider les autres. J’espérais secrètement enlever toute la peine des gens et je me rêvais comme celle qui les sauverait de leurs souffrances. C’était naïf et présomptueux, mais j’attendais de mon travail qu’il ait un impact concret. Et comme je déteste faire les choses à moitié, j’envisageais déjà de m’investir dans des associations pour mettre mes qualités humaines à profit. J’attendais juste le début de l’université pour avoir du temps à y consacrer et en L1, dès que la fac a commencé, j’ai sauté sur la première opportunité.

Avant le début d’un de mes cours, des bénévoles de l’AFEV nous ont présenté la structure. Quelques semaines plus tard, je rencontrais la jeune fille avec qui j’allais mener des activités extrascolaires pendant l’année. M’investir à ses côtés me permettait de canaliser mon besoin d’être hyperactive et en même temps, d’acquérir de nouvelles compétences. Il fallait que je sois créative chaque semaine pour lui proposer des jeux différents, que j’établisse une relation de confiance avec elle, que je m’organise correctement… J’avais la sensation de dépenser mon temps libre intelligemment et c’était important pour moi d’avoir un sentiment d’accomplissement.

J’avais fantasmé les études supérieures

En parallèle, les cours ponctuaient mon quotidien. Les premiers mois, j’ai découvert la vie étudiante et j’étais excitée d’apprendre des notions qui étaient toutes nouvelles pour moi. Et puis le temps s’est écoulé… et tout m’a paru moins rose. J’ai connu une véritable désillusion vis-à-vis de l’université. Avant d’entrer à la fac, j’étais tellement sûre de mon projet pro et je fantasmais tellement les études supérieures, que je suis restée dans le déni un petit moment avant de réaliser que j’étais pas épanouie.

Pourtant très curieuse de nature, le temps passé à recopier bêtement des diapos soporifiques m’a plongée dans un ennui profond. Avec les autres élèves, on se précipitait tellement pour ne pas perdre une seule miette des cours que les pianotements des ordinateurs finissaient par couvrir complètement la voix des professeur.e.s. Ça me paraissait totalement absurde. J’étais venue à la fac pour être stimulée intellectuellement et, au final, je m’abrutissais en apprenant par cœur des cours dont je ne comprenais pas l’utilité pour ma future profession. J’avais également beaucoup de mal à comprendre comment on pouvait apprendre un métier basé sur le contact humain et le rapport à l’autre derrière un bureau dans un amphi bondé.

Toutes mes frustrations se sont accumulées et ça a vite fait de me ramener les pieds sur terre : je n’étais pas à ma place, je ne trouvais pas de sens à mes études. Mais à ce moment-là, j’avais prévu aucun plan B, c’était ça ou rien. Alors j’ai continué à m’engager à côté des études pour respirer un peu et me sentir utile.

L’été séparant ma première et ma deuxième année de licence m’a paru interminable et je m’ennuyais comme un rat mort. Alors presque par automatisme, j’ai décidé de faire du bénévolat. J’ai contacté une association dont j’avais eu écho, D’ici et d’Ailleurs, pour les aider à donner des cours de français à des demandeurs.euses d’asile. J’étais contente d’y aller parce que je savais que le temps qu’on passait ensemble simplifiait leur quotidien et j’adorais nos interactions, même balbutiantes. C’était du concret, enfin. Mais ça restait que quelques heures ici et là, et c’était pas assez pour moi.

J’avais enfin la sensation que ce que je faisais servait à quelque chose !

Au hasard d’une rue, je suis passée devant une affiche pour un festival local, Quartiers d’Été, qui cherchait des bénévoles. Je suis allée à une réunion de briefing et je me suis inscrite au pôle médias pour être présente sur le site pendant le festival. Par curiosité, j’ai participé à l’émission de radio qui couvrait les festivités : Canal B. Après avoir enregistré la première émission en plateau, le directeur de la radio était satisfait de mes interventions et m’a suggéré de passer au local pour qu’on imagine une émission de radio ensemble. La journaliste qui nous encadrait ce jour-là voulait refaire une chronique féministe depuis quelques temps, et moi j’étais en pleine déconstruction du Genre : c’était l’opportunité rêvée.

Pour d’autres au contraire, l’engagement se fait directement sur les campus universitaires. C’est le cas d’Elsa, qui s’est mise à militer à la fac.

Du coup, ma deuxième année de licence, ça a été sport. Je jonglais entre les cours à la fac et la préparation des examens, le bénévolat à D’ici et d’Ailleurs et la coanimation de l’émission de radio. J’ai mis toute mon énergie dans les bénévolats que je faisais et surtout dans le podcast. Il fallait trouver le sujet qu’on allait traiter, chercher les informations, écrire la chronique de A à Z, enregistrer en plateau… C’était un sacré boulot, et ça me tenait beaucoup à cœur. C’était pas toujours évident de tout concilier, mais j’avais enfin la sensation que ce que je faisais servait à quelque chose : on transmettait des savoirs. J’avais des ami.e.s qui écoutaient de temps en temps notre émission et qui apprenaient des choses sur le clitoris, les féminicides, les violences faites aux femmes transgenres, etc. Et ça me motivait. Il s’agissait plus seulement d’améliorer la santé mentale des individus, mais bien de participer à l’amélioration de la société dans son ensemble. Quitte à vouloir se rendre utile, autant voir grand dès le départ, non ?

Malgré le fait que mes engagements associatifs soient considérés comme louables par mes proches (faisant de moi « quelqu’un de bien » à leurs yeux j’imagine), j’ai jamais senti qu’ils les prenaient réellement au sérieux. Pour moi, ce qui était futile, c’était les études. J’ai quand même glané quelques savoirs bien utiles, et j’ai pu vivre un an au Québec, comme je rêvais de le faire, mais j’ai eu l’impression de trimer sans savoir pourquoi je le faisais. J’ai désappris la majeure partie des connaissances que j’ai englouties et même avec une licence de psychologie en poche, je ne suis pas en mesure d’offrir un quelconque soutien psychologique. Pour moi, ce qui a de la valeur en revanche, c’est toute l’énergie que j’ai mise pour défendre des valeurs que je chéris. Et c’est un travail qui mériterait d’être davantage reconnu.

 

Léa, 20 ans, volontaire en service civique, Paris

Crédit photo Unsplash // CC Anna Earl

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1 réaction

  1. Avant de commencer je dois te prévenir que c’est mon avis à moi, je ne dis pas que j’ai raison, je dis juste que c’est ma vision du job.

    Je viens donc de lire ton article, très intéressant et très bien écrit !
    Je n’ai pas grand chose à dire sur le milieu associatif, je pense que c’est très bien que tu aies réussi à trouver une occupation de ton temps libre qui fasse vraiment sens et qui en plus apporte une aide aux autres, vraiment c’est pas donné à tout le monde d’arriver à concilier les deux.

    Je suis psychothérapeute (J’ai fait l’école d’infirmier et ensuite des D.U de Remediation Cognitive et de Therapie Comportementale et Cognitive).
    Je suis tout à fait d’accord avec toi lorsque tu dis qu’un amphi de 300 personnes ne t’aide ABSOLUMENT PAS à développer des compétences relationnelles pour aider des patients.
    Cependant pour arriver à maîtriser la “Relation thérapeutique” il te faut pleeiiiiins d’éléments théoriques qui sont chiants archi chiants à bosser auparavant.
    Tu apprends vraiment dans la pratique quotidienne et même lorsque tu es diplômée psychologue il te faut bien 2 ans pour commencer à faire un travail correct.
    Surtout n’abandonne tes études !!
    Enfin après ça dépend peut-être que le métier de psychologue n’est pas ce qu’il te faut, tu l’as dit toi même, tu es hyperactive et quand on est psy on passe quand même la majeure partie du temps assis sur une chaise à écouter des patients, travailler avec eux et aussi à lire des tonnes d’articles pour actualiser ses connaissances.
    Mais de ce que je lis je ne crois pas qu’il ne soit pas “fait” pour toi. Au contraire, tu peux tout à fait concilier ton job et tes associations ! Alors surtout n’abandonne pas, on a besoin de gens extraordinaires comme toi pour réaliser du travail de qualité ! 😉
    Bonne journée !
    (J’ai écrit un article aussi ici qui s’appelle “À 27ans je me dis déjà que c’était mieux avant” qui parle brièvement de mon activité professionnelle. Peut-être cela fera sens à tes yeux)